À travers Dinorah Figuera, les États-Unis à la manœuvre de la transition politique au Venezuela (H.fr-6/08/26)

Le choix par Washington de Dinorah Figuera marque la mise à l’écart totale des autres opposants en vue : la très droitière Maria Corina Machado, qui avait pourtant fait acte d’allégeance en remettant son prix Nobel à Donald Trump. © Federico PARRA / AFP

Le retour de la présidente de l’Assemblée nationale en exil, Dinorah Figuera, pour mener les négociations avec le pouvoir chaviste a été orchestré par l’administration Trump, sans consultation avec le reste de l’opposition.

Par Lina SANKARI

Sa nomination pour mener le dialogue en vue d’une transition politique a pris tout le monde de court, y compris l’opposition vénézuélienne. En juin, une puissance extérieure, les États-Unis de Donald Trump, a désigné Dinorah Figuera, dirigeante du parti Primero Justicia, présidente en exil de l’Assemblée nationale, un poste qui n’a de légitimité que ce que la « communauté internationale » veut bien lui donner.

Avant même d’avoir fait le moindre pas, elle semble pieds et poings liés : le secrétaire d’État Marco Rubio, que certains comparent à un « vice-roi » du Venezuela, a d’ores et déjà annoncé que Washington s’impliquerait « très activement » dans le processus.

Après le kidnapping du président Nicolas Maduro, le 3 janvier, la Maison-Blanche avait fait savoir qu’elle « (continuerait) à dicter » les décisions des autorités alors que Delcy Rodriguez, vice-présidente du Venezuela, avait été chargée par la Cour suprême d’assurer l’intérim en l’absence du président, dont le procès aux États-Unis a été fixé au 1er juin 2027.

20 ans de dialogue plus ou moins convaincant

Revenue au Venezuela ce 5 août, après un premier déplacement à la mi-juin à l’issue de huit années d’exil en Espagne, Dinorah Figuera souhaite établir une feuille de route avec les autorités chavistes. Ces dernières entendent, elles, donner la priorité « au renforcement des institutions démocratiques », à la réforme du système électoral et au « rétablissement des garanties de participation politique ».

Son retour intervient après deux décennies de dialogue plus ou moins convaincant qui avaient toutefois permis, lors des régionales de 2021, de déboucher sur un retour aux urnes de l’opposition divisée qui présentait alors 80 % des candidats en lice. Un changement de stratégie notable pour la dissidence, qui avait tour à tour misé sur la violence insurrectionnelle ou le boycott des scrutins depuis les législatives contestées de 2015.

Le choix par Washington de Dinorah Figuera marque la mise à l’écart totale des autres opposants en vue : la très droitière Maria Corina Machado, qui avait pourtant fait acte d’allégeance en remettant son prix Nobel à Donald Trump, et Edmundo Gonzalez Urrutia, considéré par l’opposition comme le vainqueur de la présidentielle de 2024. Maria Corina Machado accepte mal d’être mise sur la touche et se considère toujours comme la plus légitime pour conduire ces négociations. Il y a moins d’un mois, la Plateforme unitaire, qui regroupe les principaux partis d’opposition dont Primero Justicia, s’était réunie au Panama et avait chargé Machado de conduire les négociations.

Seulement, Dinorah Figuera leur avait grillé la politesse en rencontrant, en avril, à Washington, le sous-secrétaire d’État chargé des affaires de l’hémisphère occidental, Michael Kozak. Finalement, Machado est même lâchée par les siens. « Aucune des parties – pas même Maria Corina Machado elle-même, avec toute sa légitimité et le respect qu’elle inspire – n’est en mesure d’aller à l’encontre de ce que souhaite le peuple vénézuélien : la conciliation, l’expression démocratique et la résolution du conflit par le biais d’élections », confie à El País Henry Alviarez, dirigeant Vente Venezuela, la formation de Machado.

Source : https://www.humanite.fr/monde/etats-unis/a-travers-dinorah-figuera-les-etats-unis-a-la-manoeuvre-de-la-transition-politique-au-venezuela

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