
L’été 2026 est l’un des plus secs jamais observés en France, avec déjà des conséquences catastrophiques pour l’agriculture, l’énergie ou encore l’eau potable. Et la politique du gouvernement ne fera qu’aggraver le problème.
Par Nicolas CELNIK
Poissons morts ballottés par les vagues, ruisseaux disparus dont il ne reste que des pierres humides, voies navigables fermées et production énergétique à l’arrêt : la France est touchée par une sécheresse historique. Le mois de juillet a été le plus chaud jamais enregistré dans le pays, avec une température moyenne de 24,9 °C, d’après Météo-France. C’est aussi le troisième mois de juillet le plus sec des annales de l’organisme.
Avec un déficit pluviométrique de plus de 70 % en moyenne, les sols atteignent les niveaux de sécheresse parmi les plus importants jamais enregistrés. Dans plusieurs villes, comme Le Luc (Var), Cannes (Alpes-Maritimes), Ajaccio (Corse-du-Sud), Amiens (Somme) et Perpignan (Pyrénées-Orientales), il est tombé moins de 1 millimètre de pluie en un mois. À travers le pays, la situation est la même : hydrologues, écologues et agriculteurs guettent avec un espoir qui s’amenuise une amélioration pour sortir de cette sécheresse interminable, que certains décrivent déjà, avec un peu d’emphase, comme « la pire année du siècle ».
« Cette sécheresse donne immédiatement tort aux artisans de la loi d’urgence agricole, votée il y a quelques semaines, observe Sylvain Barone, directeur de recherche à l’Inrae et spécialiste de la gestion de l’eau. Cette loi propose une série de maladaptations au changement climatique — comme le doublement des capacités de stockage d’ici à 2035 — qui vont diminuer la capacité des milieux à faire face à ces épisodes. »
Face à cette évolution brutale du climat et de l’humidité au niveau national, le politiste préfère replacer cet épisode dans un contexte politique : « S’il y a un effet de sidération, c’est sur la vitesse à laquelle les lois qui préservent la ressource en eau ont été détricotées. » Tour d’horizon des conséquences déjà bien palpables de cette sécheresse historique.
- Des centaines de cours d’eau à sec
Fleuves et rivières sont les victimes les plus évidentes de la situation : d’après l’Office français de la biodiversité (OFB), le 1er août, 1 373 cours d’eau étaient touchés par des ruptures d’écoulement ou des assecs — un assèchement total du cours d’eau. Des ruptures d’écoulement ou assecs ont été enregistrées sur plus de 43 % des stations de mesure du réseau de l’institution.
Ces chiffres, deux fois plus élevés que ceux de 2025 et pires que ceux de la sécheresse historique de 2022 (+112 cours d’eau asséchés), révèlent la sécheresse « la plus critique jamais enregistrée à cette période », souligne l’OFB. Du côté des nappes phréatiques, 60 % des points de suivi du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) affichent des niveaux inférieurs à la normale. Cette tendance devrait être accentuée lors du point de situation au 1er août, dont les résultats seront présentés lundi 10 août, nous précise le BRGM.
- Tensions sur l’eau potable
En matière d’alimentation en eau potable, 67 départements ont été placés en situation de « crise » ou d’« alerte renforcée », d’après la classification du site VigiEau. Mayotte et la Guyane sont les deux seuls départements à ne pas être touchés par des restrictions d’eau. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, signalait le 27 juillet que 80 % du territoire était soumis à des mesures de restrictions d’eau potable.
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Ce chiffre a de quoi donner le vertige : l’an dernier, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan avait essayé de simuler la part du territoire qui serait en situation de tension hydrique l’été en 2050, et avait évalué que cela concernerait 90 % du territoire. Nous y sommes déjà presque.
- Des écosystèmes au bord de la rupture
Cette crise qui dure a aussi des effets sur les écosystèmes. Le Parisien raconte l’épouvante au lac d’Enghien (Val-d’Oise), dont la surface est maculée de cadavres de poissons : « C’est comme si une bombe avait explosé et que tous les poissons étaient morts », décrit une passante.
« Ce n’est que la face visible. Tout le reste de la chaîne est menacé »
Les gestionnaires du bassin redoutent une année similaire à 2020, avec plus de 12 tonnes de poissons morts : l’augmentation de la température, l’ensoleillement important et le faible apport d’eau extérieure ont favorisé le développement de cyanobactéries. Invisibles à l’œil nu, elles entraînent une désoxygénation de l’eau, qui peut expliquer la mortalité de la faune aquatique.
« Mais ça, ce n’est que la face visible, avertit Pierre-Édouard Guillain, directeur général délégué de l’OFB, sur RFI. Tout le reste de la chaîne est menacé par ces assecs : les végétaux de fond de cours d’eau, toute la microfaune et la microflore essentielles à la qualité de l’eau. » Claire Magand, chargée de mission recherche en hydrologie à l’OFB, explique sur France Info que des effets similaires se font ressentir sur les grandes rivières et les fleuves : « Une eau plus chaude a tendance à être moins oxygénée, donc à avoir une qualité moins importante. »
- Les rendements agricoles en chute libre
Les agriculteurs redoutent de leur côté un été désastreux pour les récoltes. La FNSEA, le syndicat agricole majoritaire et productiviste, anticipe une baisse de rendement nationale de 40 % pour le maïs, allant jusqu’à 70 % pour certains départements comme les Landes. La fédération Légumes de France alerte, elle, sur une « catastrophe » et des pertes qui pourraient atteindre 50 % sur les tonnages annuels : même les légumes irrigués n’ont pas survécu, en raison de la température des sols.
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La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé le 5 août un « plan global d’accompagnement canicule-sécheresse-incendies » pour les agriculteurs, avec des aides financières d’urgence et « des ajustements concernant l’accès à l’eau ». Cette annonce peut faire craindre une hausse des prélèvements au détriment de la préservation des milieux, car le ministère ne précise pas la manière de trouver les volumes nécessaires lorsqu’ils manquent déjà partout.
Monique Barbut, de son côté, a déjà estimé que la sécheresse aura un impact économique supérieur à celle de 2022, qui avait été chiffré à 5,6 milliards d’euros, dont 1,1 milliard pour les pertes de production agricole.
- Des réacteurs nucléaires à l’arrêt
La production énergétique n’est pas épargnée : les deux unités de la centrale de Chooz (Ardennes) sont à l’arrêt, l’une depuis le 11 juillet et l’autre depuis le 1er août, et le réacteur n° 2 de la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne) a été mis en pause du 9 au 26 juillet pour ne pas réchauffer le fleuve au-dessus de 28 °C. Le Monde signale que 3 des 57 réacteurs français ont été stoppés, et que 9 ont réduit leur puissance, lors des canicules de juin et juillet.
Les capacités des barrages hydroélectriques sont également affectées par cette crise. Quelque 30 millions de m3 ont par exemple dû être déstockés depuis début juillet, notamment depuis les barrages des Pyrénées, pour éviter que la Garonne ne se tarisse. C’est « plus que le record de 2022 », indique l’Établissement public Garonne Gascogne et affluents pyrénéens, chargé de ce soutien, dans son bulletin du 4 août.
Source: https://reporterre.net/La-grande-soif-les-chiffres-d-une-secheresse-historique
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