
Les fortes chaleurs entraînent depuis 10 jours une pénurie d’eau potable à Trégarvan, dans le Finistère. Alors que la ville est en partie ravitaillée par camions-citernes et bouteilles d’eau, les élus s’interrogent sur les leviers pour prévenir, à leur échelle, les pénuries.
Par Chloé RICHARD
Trégarvan (Finistère), reportage
C’est en ouvrant son robinet dimanche 9 août qu’Alain, comme ses voisins, a appris la mauvaise nouvelle : « Il n’y a plus d’eau… C’est déjà arrivé autrefois, mais ça n’a jamais duré aussi longtemps », souffle le retraité qui réside à Trégarvan, dans le Finistère.
Depuis une dizaine de jours maintenant, la commune de 134 habitants fait face à un manque d’eau : l’un des trois châteaux d’eau, celui de Toul Ar Gloët, est à sec. Le captage qui alimente ce château n’a plus d’eau. L’entreprise Veolia, chargée de fournir l’eau sur ce territoire, vient alors tous les jours verser dans le réservoir, à l’aide d’un camion-citerne, des dizaines de mètres cubes d’eau potable.
« Comme le château était à sec, quand Veolia a versé de l’eau au début, ça a remué toutes les boues qui tapissaient le fond. Quand on a rouvert notre robinet à la maison, l’eau était marron comme ça ! » raconte Alain, pointant du doigt un emballage en carton posé sur sa terrasse. En plus d’alimenter le château d’eau avec de l’eau venant d’un peu plus loin, de Châteaulin, Veolia livre également tous les matins des packs d’eau aux habitantes et habitants de Trégarvan concernés.

Une sécheresse à durée indéterminée
« On a le droit à quelque chose comme deux packs d’eau par foyer. C’est pour moins pomper dans le château d’eau », précise le retraité. L’été 2026 rime avec une France à sec : partout sur le territoire, l’eau vient à manquer. À l’échelle de la Bretagne, c’est toute la région qui a basculé en crise sécheresse en août.
Sur la presqu’île de Crozon, limitrophe de Trégarvan, le débit d’eau a été réduit pour retarder la pénurie. Des coupures d’eau risquent de se produire dans le Cap Sizun, dans le sud du Finistère. Et ici, à Trégarvan et alentour, les paysages ont déjà adopté les couleurs de l’automne : l’herbe, les talus, les fougères, les arbres sont cramés par les multiples canicules — cinq en Bretagne déjà depuis mai — et le manque d’eau. Il n’a quasiment pas plu depuis juin.

« On ne sait pas combien de temps ça va durer. De la pluie est a priori prévue d’ici fin août, mais est-ce que ça suffira pour remplir les nappes ? s’interroge Alain. Ce manque d’eau à Toul Ar Gloët n’a jamais duré aussi longtemps. »
« Je récupère déjà l’eau de pluie pour le jardin. Je conserve l’eau de rinçage de la vaisselle pour la verser au pied des plantes. On ne se douche pas tous les jours non plus, confie Monique, qui vit dans le bourg et ne voit pas ce qu’elle peut faire de plus à son échelle. On fait déjà très attention de base. » De ce côté de Trégarvan, les habitantes et habitants dépendent d’un autre château d’eau, pas encore à sec, mais la vigilance est de mise.
La mairie en quête de solutions
« Trégarvan fonctionne comme une île, on n’est pas raccordé à d’autres communes pour l’eau, on dépend de nos propres captages », précise Nicolas Riquois, élu à la mairie (sans étiquette) depuis les dernières élections. L’été, la commune voit sa population plus que doubler, entre les résidents secondaires (40 % des logements) et le village vacances qui accueille une centaine de personnes.

« On a aussi quelques exploitations, des élevages. Un seul sur les trois a son propre forage. On va essayer de chiffrer ce qui consomme le plus sur la commune. En été, une vache peut boire jusqu’à 150 litres d’eau par jour, précise l’élu. On savait que la Bretagne était aussi touchée par le changement climatique. Mais d’une telle intensité, surtout dans le Finistère, je ne m’y attendais pas. »
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Pour lui, comme pour Monique Jacob, élue en charge de l’environnement à Trégarvan, cette situation de crise « est peut-être un mal pour un bien ». « C’est sans doute le moment de revoir, pour nous, élus, nos dépenses, de les rééquilibrer et peut-être d’investir dans une meilleure préservation des captages ici », précise Nicolas Riquois.
Les pins qui entourent le captage de Toul Ar Gloët attirent notamment l’attention des élus : ils pompent l’eau et font concurrence à la tourbe, connue pour stocker de l’eau en quantité. « On peut agir déjà un peu à notre échelle », ajoute l’élu. Agir pour limiter la casse en ces temps de chaos climatique. Et en attendant que la pluie finisse, enfin, par revenir.
Source: https://reporterre.net/Il-n-y-a-plus-d-eau-les-penuries-s-enchainent-dans-le-Finistere
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