
L’heure n’est pas (encore) à restreindre la pression au robinet des particuliers dans le Trégor (Côtes-d’Armor). Mais l’état de crise incite les élus en charge de la production et de la distribution d’eau à envisager « des décisions » si la situation des cours d’eau ne s’améliore pas. Entre gestion de crise et préparation de l’avenir, ils ont mis en commun leurs problématiques, ce mardi 18 août 2026, à l’occasion d’une réunion « historique ».
Par Céline MARTIN
Paradoxalement, c’est sous un fin crachin que la discussion autour de la sécheresse se termine entre les élus trégorrois impliqués dans la filière de production et de distribution d’eau. Mais il faudra bien plus que ces quelques gouttes pour résorber la situation inédite
, qui les mobilise tous, ce mardi 18 août 2026, à l’occasion d’une cellule de crise tout aussi historique
. À l’ordre du jour : la gestion de la crise immédiate mais aussi préparer l’avenir
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Dans les rivières, un débit au plus bas
Confronté à un déficit hydrique exceptionnel
, l’ensemble du département des Côtes-d’Armor a basculé en état de crise sécheresse depuis vendredi 14 août 2026. Soit le niveau d’alerte le plus élevé du dispositif préfectoral. Le Trégor ne fait pas exception : Les cours d’eau sont au plus bas, notamment le Léguer, pose Cédric Seureau. On ne lui a jamais connu un débit aussi faible.
L’élu à la Ville de Lannion et à Lannion-Trégor communauté (LTC) en veut pour preuve le débit enregistré la veille : Son seuil de crise sécheresse est fixé à 600 litres par seconde or lundi, on se situait bien en deçà avec 500 litres/seconde…
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Lire aussi : Sécheresse dans le Trégor : une réunion de crise
à l’Agglo face à des cours d’eau qui n’ont jamais été aussi bas
Les rivières à la peine
Le sort du Jaudy n’est guère plus enviable : Sa production quotidienne de 2 000 m³ ne couvre plus les besoins, qui s’élèvent à 3 500 m³
, détaille le maire de Prat, Michel Even, à la tête du syndicat du Jaudy. Lequel peut heureusement compter sur le forage de son syndicat voisin de Kerjaulez pour venir à sa rescousse. La possibilité qu’on ne puisse plus l’exploiter d’ici quelques jours ou semaines n’est pas à exclure.
Le constat est dressé aux côtés de Cédric Seureau, en charge de l’eau à l’Agglo, de Jean-Yves Le Corre, élu de Plufur et président du syndicat de Goas Koll et Traou Long, Gilbert Le Briand, de celui de Kerjaulez et d’Alain Luco, à la tête du syndicat de Kerloazec (La Roche-Jaudy et alentours). Interconnectés, on partage la même problématique.
Agriculteurs à sec et tourisme au plus fort
La situation de crise se retrouve aggravée par deux facteurs. Nous avons basculé en situation de crise au moment où la fréquentation touristique bat son plein dans le secteur. Et leurs forages étant désormais à sec, des agriculteurs se sont reportés sur notre réseau d’eau potable pour abreuver leur bétail, sans nous prévenir !
Autre facteur aggravant : L’impressionnante évaporation observée sous l’effet des canicules. Sur le barrage du Gouët (Pays de Saint-Brieuc), la perte s’est révélée de l’ordre de 11 000 m³ par jour
, illustre Cédric Seureau, également premier vice-président du syndicat départemental d’alimentation en eau potable.
Couper l’eau du robinet ne coule pas de source
Les yeux rivés sur les courbes graphiques des débits de leurs cours d’eau, ces élus scrutent surtout les prévisions météo. Les précipitations seront déterminantes d’après ces responsables trégorrois que les circonstances réunissent pour la première fois en cellule de crise intersyndicale
. Une nécessité pour ceux qui ne cachent pas se préparer à prendre collectivement des décisions
si la crise persiste. Comme des coupures d’eau ? Ça nous ferait mal en tant qu’élus et puis techniquement, ce n’est pas bon pour le réseau.
Une baisse ponctuelle de la pression au robinet, alors ? Pas pour le moment. Ce n’est pas simple mais pas exclu non plus. Il y a des lieux sensibles comme les secteurs hospitaliers, ou qui ne s’y prêtent pas comme les immeubles de plusieurs étages… Nous les répertorions.
Outre les industriels, qui se voient désormais imposer une baisse de 25 % de leurs prélèvements en eau, les particuliers sont invités plus que jamais à réduire leurs usages. Les petits ruisseaux font les grandes rivières… Ou en l’occurrence, chaque goutte compte.
Gérer la crise et préparer l’avenir
La gestion de crise s’impose de façon implacable aux syndicats de production et de distribution d’eau potable, actuellement. Mais au-delà de l’immédiat, la situation les contraint également à envisager l’avenir. Celui qui attend le Trégor, à l’épreuve du réchauffement climatique.
D’ores et déjà, des mesures s’imposent aux présidents de syndicats d’eau. Parmi elles : Boiser les bords des cours d’eau s’avère très efficace contre l’évaporation, si importante en cas de canicule
, a retenu Cédric Seureau, vice-président de LTC en charge de l’eau.
Le Trégor va également étudier les moyens de stocker l’eau de pluie à l’échelle de chacune de ses communes, notamment pour celle qui se destine à l’entretien.
Le territoire étant dépourvu de barrages, on va identifier les carrières étanches, non polluées et susceptibles de constituer à l’avenir des stocks d’eau
. Enfin, les syndicats vont étudier la possibilité de rouvrir d’anciens forages (captages d’eau souterraine et prises d’eau superficielle), fermés pour cause de taux de nitrates trop importants.
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