À l’approche du sommet de l’OTAN en Turquie, le régime d’Erdogan intensifie la répression (H.fr-2/07/26)

Les pressions exercées par le pouvoir prennent place dans un contexte net d’un recul des libertés sous le régime d’Erdogan : mise sous pression du CHP, principal parti d’opposition, emprisonnement du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, poursuites visant les médias critiques, restrictions de la liberté d’expression… et la liste est encore longue. © Turkish Presidency/APA Images via ZUMA Press Wire

Le sommet de l’OTAN s’ouvrira les 7 et 8 juillet prochains à Ankara dans un climat de répression. Depuis plusieurs jours, les autorités turques multiplient les arrestations et les restrictions aussi bien à l’égard de la presse que des manifestations.

Par Cléo LABEYE

À l’approche du 36e sommet de l’OTAN prévu les 7 et 8 juillet à Ankara, plus de 200 personnes ont été arrêtées en quelques jours, dont 178 placées en détention provisoire pour des accusations liées au « terrorisme », selon l’agence de presse Anadolu et les ONG. Les autorités turques ont lancé une vaste opération d’interpellation visant différents profils : militants, journalistes, membres d’associations écologistes comme Tema Vakfi ou encore des membres du groupe djihadiste EI…

Une répression qui s’étend aussi aux mobilisations sociales et aux espaces numériques avec l’interdiction de manifestations et le blocage de comptes liés aux organisations de défense des droits…

« Faire passer la Turquie pour un pays connu pour le terrorisme »

Le bureau du procureur d’Ankara affirme que les personnes interpellées « pourraient commettre des actes terroristes dans le but de faire passer la Turquie pour un pays connu pour le terrorisme » à l’approche du sommet. Hayriye Kaya, avocate de Yıldız Tar, rédacteur en chef du magazine LGBT + Kaos GL, qui a lui aussi été placé en détention le 23 juin et risque d’être détenue jusqu’à la fin du sommet, dénonce un dossier vide et farfelu : « Mon client a seulement été interrogé sur son activité de journaliste, sur son travail de défense des droits humains et sur l’Année de la famille (campagne homophobe promue par le gouvernement turc – NDLR). On remarque clairement l’absence de tout lien établi avec les accusations de terrorisme ».

Faute de définition commune du terrorisme au niveau de l’ONU, les interprétations varient selon les États. En Turquie, selon Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS spécialiste de la région, cette notion est utilisée de « manière large et floue », et permet d’accuser des opposants politiques ou des défenseurs des droits fondamentaux sans preuves solides.

Avocate et coordinatrice de Media and Law Studies Association (MLSA), Emine Özhasar critique, de son côté, le silence « des acteurs internationaux de l’Alliance qui estime avoir des valeurs démocratiques et un État de droit ». Ils « devraient faire preuve de davantage de cohérence face à ce type de violations des droits fondamentaux », ajoute-t-elle.

Une presse muselée

Plusieurs dizaines de journalistes et de médias indépendants turcs n’ont à ce jour pas obtenu d’accréditation pour couvrir le sommet. Parmi eux figurent l’agence ANKA, les quotidiens Cumhuriyet, Sözcü, Nefes et la plateforme T24. Un choix qui semble dessiner explicitement la volonté d’écarter une large partie de la presse critique à l’égard d’AKP. « Une pression (s’exerce) sur l’ensemble de la profession, et risque de dissuader les médias de couvrir de tels sujets à l’avenir », juge Emine Özhasar.

Ces pressions prennent place dans un contexte net d’un recul des libertés sous le régime d’Erdogan : mise sous pression du CHP, principal parti d’opposition, emprisonnement du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, poursuites visant les médias critiques, restrictions de la liberté d’expression… et la liste est encore longue.

Pour Didier Billion, cette répression n’est pas nouvelle et s’inscrit dans une « logique d’appropriation discrétionnaire du pouvoir » : « À l’approche du sommet de l’OTAN, on pouvait s’attendre à ces mécanismes répressifs, car arrêter des opposants réels ou supposés en les accusant de terrorisme est un prétexte bien connu du pouvoir turc. »

Réprimer l’opposition sociale

Un membre du comité de jeunesse révolutionnaire (Genclik Devrim Komiteleri, qui regroupe tous les mouvements de gauche), placé en garde à vue avant d’être relâché ce mardi 30 juin alors qu’il préparait des manifestations liées au sommet de l’OTAN, décrit un climat d’intimidation généralisé à Istanbul. « Ces opérations ne visent pas à assurer la sécurité. Elles servent surtout de prétexte pour réprimer l’opposition sociale », assure-t-il.

Selon lui, les conditions de détention participent aussi à une tentative d’épuisement du mouvement : « l’État cherche à nous empêcher de manifester avant le sommet de l’OTAN. Cela ne nous arrêtera pas. Nous continuerons à dénoncer une alliance qui défend des intérêts impérialistes plutôt que la sécurité des peuples. »

À l’approche d’un tel rendez-vous diplomatique, une suractivité policière autour des lieux d’opposition est « toujours » observée, « mais en Turquie, cela prend une tournure préoccupante », note Didier Billion. « Malgré leurs discours sur la défense de la démocratie et des libertés, ajoute le chercheur, les États membres de l’OTAN se gardent de critiquer ouvertement Ankara, pour ne pas froisser le président turc. Une retenue fortement liée à la position stratégique de la Turquie au sein de l’Alliance. »

Source: https://www.humanite.fr/monde/arrestations/a-lapproche-du-sommet-de-lotan-en-turquie-le-regime-derdogan-intensifie-la-repression

URL de cet article: https://lherminerouge.fr/wp-admin/post.php?post=103783&action=edit

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *