À l’Onu, les États-Unis échouent à faire taire la dénonciation du blocus imposé à Cuba (H.fr-7/07/26)

« Le gouvernement des États-Unis mène contre Cuba une guerre multidimensionnelle, non conventionnelle, qui dure depuis près de sept décennies et qui est devenue encore plus cruelle ces sept derniers mois », a lancé le ministre cubain des affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla. (ici en octobre 2025, au siège de l’ONU à New York)
© Bianca Otero/ZUMA-REA

Pour la première fois et malgré l’opposition du Département d’État, La Havane a demandé et obtenu que le débat sur le blocus imposé par Washington fasse l’objet d’un « débat d’urgence » au sein de l’Assemblée générale des Nations unies.

Par Luis REYGADA

Il s’agit d’une offensive diplomatique sans précédent, visant à alerter l’opinion publique internationale sur l’aggravation dramatique de sa situation sur l’île caribéenne. Pour la première fois, La Havane a demandé que « le point 38 » – nom de code officiel désignant à l’Onu le dossier intitulé « Nécessité de mettre fin au blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis d’Amérique contre Cuba » – fasse l’objet d’un débat d’urgence au sein de l’Assemblée générale (AG-Onu), à New York. C’est-à-dire sans attendre la date traditionnellement fixée, depuis 1992, au mois d’octobre, en fin de session ordinaire de l’instance suprême de la diplomatie multilatérale.

Une première dans l’histoire de l’affrontement qui oppose les deux pays, et qui s’est soldé par une victoire pour la diplomatie cubaine : sa demande a été validée par l’AG-Onu, 136 voix pour, 9 contre (Argentine, Costa Rica, États-Unis, Israël, Maroc, Macédoine du Nord, Paraguay, République tchèque, Ukraine) et 30 abstentions (Albanie, Australie, Bahrein, Bolivie, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Canada, Chili, Croatie, Equateur, Égypte, Estonie, Géorgie, Allemagne, Grenade, Hongrie, Jordanie, Italie, Lettonie, Lituanie, Micronésie, Pays-Bas, Palaos, Pologne, Corée du Sud, Moldavie, Roumanie, Slovénie, Trinité-et-Tobago, Émirats arabes unis).

Manœuvres états-uniennes pour empêcher la tenue du vote

« Chaque vote (en faveur de Cuba) témoigne d’un sens de la justice et d’un courage certain, car il a su résister aux fortes pressions exercées depuis plusieurs jours et aux mensonges éhontés du représentant diplomatique états-unien visant à le saboter », a publié sur X le président de l’île, Miguel Díaz-Canel.

Les manœuvres états-uniennes auront donc été vaines, et depuis quelques heures les voix s’alternent à la tribune onusienne pour dénoncer la politique d’asphyxie économique mise en place depuis plusieurs décennies et intensifiées avec un niveau de brutalité jamais atteint auparavant depuis ces derniers mois par l’administration trumpiste. 

Au cœur des débats, que les États-Unis ont tenté d’empêcher (la presse nord-américaine révélait la semaine dernière une stratégie de pression diplomatique exercée au niveau international, virant jusqu’aux menaces à peine voilées, pour qu’une majorité de pays s’opposent à la tenue du débat), la nouvelle stratégie de Donald Trump.

Avec lui, Washington ne se contente plus de maintenir le blocus économique hérité de la guerre froide mais exerce de plus de fortes pressions sur les pays et les entreprises qui approvisionnent Cuba en hydrocarbures, instaurant un véritable siège énergétique.

Un blocus naval qui constitue « un acte de guerre »

« Depuis le début de 2026, Cuba traverse la plus grave crise énergétique de son histoire récente. Les coupures de courant s’étendent parfois sur plusieurs jours, paralysant les transports, interrompant l’approvisionnement en eau potable, désorganisant les hôpitaux et aggravant les pénuries alimentaires. Lundi encore, l’ensemble du réseau électrique national s’est effondré, plongeant une nouvelle fois près de dix millions d’habitants dans le noir », rappelle le site d’informations de l’Onu.

« Le gouvernement des États-Unis mène contre Cuba une guerre multidimensionnelle, non conventionnelle, qui dure depuis près de sept décennies et qui est devenue encore plus cruelle ces sept derniers mois », a lancé le ministre cubain des affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla. « S’y ajoute désormais un siège énergétique équivalant à un blocus naval, qui constitue un acte de guerre ». La Havane estime les pertes économiques imputables au blocus entre mars 2025 et février 2026 à un niveau record de 8 milliards de dollars, sans même prendre en compte les effets des nouvelles mesures instaurées cette année.

Contraire aux principes et aux normes du droit international, la politique menée par les États-Unis – qui présente Cuba comme étant « une menace pour sa sécurité » – est qualifiée par cette dernière d’ « acte de génocide » et de « punition collective » pour le peuple cubain, et « constitue une menace pour tout État souverain susceptible d’être soumis à des mesures de nature tout aussi agressives et extraterritoriales ».

Source: https://www.humanite.fr/monde/amerique-latine/a-lonu-pour-la-premiere-fois-les-etats-unis-echouent-a-faire-taire-la-denonciation-du-blocus-impose-a-cuba

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