A proximité du Japon, l’armée russe organise des tirs de missiles depuis les îles Kouriles et lance un avertissement à l’Otan (H.fr-21/08/26)

Vladimir Poutine a estimé que « le Japon a identifié la Russie comme l’une des principales sources de menace ».
© Zuma/ABACA

Seulement quelques jours après le déplacement de Vladimir Poutine dans l’archipel contesté entre Moscou et Tokyo, la flotte du Pacifique a confirmé, jeudi 20 août, la tenue d’exercice militaire russe. Ces opérations pourraient se poursuivre jusqu’au 29 août et s’avère un signal clair aux autorités japonaises et à l’Otan, selon plusieurs observateurs.

Par Vadim KAMENKA

Une semaine après la venue de Vladimir Poutine sur l’île de Sakhaline et sa visite à la flotte du Pacifique (TOF), un groupement hétérogène a mené des tirs d’entraînement au large des côtes des îles Kouriles du Sud. C’est le service de presse de la TOF qui a confirmé, jeudi 20 août, cette opération menée depuis Etorofu, la plus grande île de l’archipel avec un croiseur lance-missiles, un sous-marin nucléaire.

Pour réaliser cet exercice de combat contre des navires d’un adversaire fictif et des cibles à 300 km de distance, « la zone de tir avait été préalablement fermée à la navigation civile et au trafic aérien », indique le communiqué de la force navale. Ces opérations qui ont débuté le 4 août devraient se poursuivre jusqu’au 29 août.

Les autorités japonaises ont vivement critiqué ces essais aux alentours des îles contestées. « Nous avons adressé une protestation en réponse à la notification concernant le projet de mener un essai de missile » au large des îles Kouriles, a déclaré à l’AFP un porte-parole du gouvernement japonais.

Un signal clair au Japon

Lors de son déplacement, le premier au cours de ses quatre mandats de président, Vladimir Poutine avait prévenu : « Le Japon a identifié la Russie comme l’une des principales sources de menace. Je tiens à souligner que nous ne menaçons pas le Japon. Au contraire, c’est lui qui a des revendications territoriales contre notre pays. »

Ce nouveau signal ressemble fort à une forme d’avertissement répété de la part de la Russie. Le discours militariste des nouvelles autorités japonaises, la présence accrue des États-Unis et de ses alliés, dans cette région est prise au sérieux par le Kremlin et Pékin, lié par des accords de sécurité et de défense.

Le président russe avait clairement menacé le rôle de l’Alliance atlantique, qui « s’infiltre » progressivement en Asie-Pacifique. Depuis un navire militaire, Vladimir Poutine avait poursuivi: « La région devient malheureusement de plus en plus sujette aux conflits, avec l’Otan qui cherche à y prendre pied et l’émergence de nouveaux blocs militaires et politiques (et) à déployer de nouveaux systèmes d’armement dans cette région, ce qui fait peser des menaces sur notre pays. »

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les deux pays mènent des négociations afin de conclure un traité de paix. Mais le principal obstacle reste le désaccord concernant les droits sur la partie sud des îles Kouriles. En 1945, l’ensemble de l’archipel a été intégré à l’Union soviétique, mais le Japon conteste la souveraineté sur Iturup, Kunashir et Shikotan et sur un groupe de petites îles inhabitées.

En 2022, Tokyo a officiellement annoncé que les îles Kouriles, au nord de l’archipel, étaient « occupées illégalement » par la Russie. « Nous estimons que le renforcement militaire de la Russie dans les Territoires du Nord, y compris ces exercices de missiles, est contraire à la position du Japon concernant les Territoires du Nord et est inacceptable », a condamné le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi.

Une militarisation inquiétante

Les « territoires du Nord », désignent pour le Japon la partie sud des îles Kouriles qui « font partie intégrante du territoire japonais » a encore répété, le 13 août la première ministre belliciste, xénophobe et ultralibérale, Sanae Takaichi. « L’administration Takaichi est le pire gouvernement depuis la fin de la guerre, puisqu’elle menace la paix et la démocratie. Ces déclarations sont impardonnables et piétinent directement l’article 9 de la Constitution, qui acte que nous renonçons à la guerre », avait condamné la présidente du Parti communiste japonais, Tomoko Tamura, en décembre.

Les deux pays ont convoqué cette semaine les ambassadeurs réciproques à ce sujet. Les relations entre Tokyo et Moscou se sont dégradées depuis le début du conflit avec l’Ukraine. Plusieurs organisations pacifistes dont le Parti communiste japonais ont condamné ces tensions et cette escalade militaire.

« Le point de départ à ce changement majeur a été l’acceptation par le gouvernement de Shinzo Abe de l’exercice du droit à l’autodéfense collective, en 2014. En 2022, l’administration de Fumio Kishida a approuvé le droit d’attaquer les bases ennemies, rejetant le principe de “défense exclusive”. Ce changement majeur découle des exigences des États-Unis et de leur stratégie envers la Chine » analysait Tomoko Tamura, dans l’Humanité.

Source: https://www.humanite.fr/monde/japon/a-proximite-du-japon-larmee-russe-organise-des-tirs-de-missiles-depuis-les-iles-kouriles-et-lance-un-avertissement-a-lotan

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