
Dans la ville de Saint-Denis (93), les lycées et l’université sont en mouvement depuis plusieurs jours. C’est au tour des collégiens de 3e de descendre dans la rue. Avec maturité, ils pointent la situation délétère du bâti de l’établissement Pierre-de-Geyter, le manque d’enseignants et de moyens. Une protestation encadrée par les parents.
Par Caroline CONSTANT
Une journée après leurs professeurs et les personnels de leur établissement, les élèves de 3e du collège Pierre-de-Geyter, à Saint-Denis, ont entamé un blocus. Ils se sont donné rendez-vous, via Snapchat, et sous la surveillance aiguë des personnels, devant le portail du collège, avec quelques pancartes très colorées et pas mal d’énergie à revendre. Le personnel de l’établissement et des parents d’élèves sont venus en nombre pour encadrer les élèves, éviter les débordements et la confrontation avec la police. Un professeur sourit : « tout à l’heure, ils nous ont dit que c’était une « baby manifestation », et que ça ne les intéressait donc pas ».
En basket et sweat, trois adolescents, Yasser, Julian et Ilan, égrènent leurs griefs : « d’abord, on a un problème de professeurs non remplacés. Depuis la rentrée, il manque un professeur de technologie, un autre en maths », balance Julian. Qui proteste aussi contre le mobilier, chaises et tables, en mauvais état, les emplois du temps calamiteux de 8 heures à 18 heures tous les jours, les cafards dans les couloirs, les murs qui suintent…
Le toit de la cantine écroulé depuis dix ans
« Nous, à la fin de l’année, on part. Mais pour les petits, c’est abusé », continue-t-il, sans rien perdre de son sérieux. Karim, qui vient de les rejoindre, donne l’exemple du toit de la cantine, écroulé voici dix ans, réparé avec des moyens de fortune, et dont le rafistolage lui donne le tournis.
Laurelia, porte-parole de ce groupe d’élèves, explique la démarche collective : « On a tous parlé de la lutte des lycéens. Hier soir, nous avons réalisé un groupe d’élèves sur Snapchat pour nous organiser dès 8 heures, raconte la jeune fille. Dans un sourire, derrière ses cheveux bouclés et son air soucieux et sage à la fois, elle explique qu’elle a « rajouté le plus de gens possibles. Si les plus grands ne se font pas entendre, les plus petits vont pousser à leur tour ».
Une de leur professeure, Noémie, syndiquée au SNES, abonde dans leur sens : « la ventilation ne fonctionne pas depuis des lustres, nous ne pouvons pas non plus ouvrir les fenêtres, qui menacent de tomber sur les élèves tant le bâti est mal entretenu, et un ascenseur est en panne depuis des mois, empêchant la bonne tenue du ménage ».
Les parents forment une barrière de sécurité
Dans leur communiqué, les personnels, en grève depuis mardi, font état d’une « professeure d’arabe entravée dans son enseignement », d’un nombre insuffisant d’AESH pour accompagner les élèves en situation de handicap, d’un pôle médico-social incomplet », soit « pas d’assistante sociale et une infirmière scolaire présente deux jours par semaine seulement ».
Les parents forment une barrière de sécurité auprès des enfants. La plupart sont étonnés et fiers que leurs enfants battent le pavé dionysien. Une ancienne professeure du collège, maman d’un collégien scolarisé à Saint-Denis, Anaïs, arbore fièrement un pull rose, sur lequel est écrit en petites lettres attachées « banlieusarde ». « J’ai à la fois envie de protéger mon enfant des violences répressives, et de le laisser faire, parce que j’ai confiance en lui, et qu’on ne pourra pas toujours leur éviter les malheurs du monde », dit-elle, aux aguets. Autonomes, donc, mais avec un filet de sécurité, quand même, matérialisé par la présence de parents.
Collégiens et professeurs assurent d’une seule voix leur soutien aux lycéens. Et Laurelia prévient que, sans bougé des autorités sur la situation du collège, ils recommenceront leur blocus lundi et mardi prochains.
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