
De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer l’attaque raciste de Trappes du vendredi 25 octobre. Plusieurs appels au rassemblement ont été lancés pour ce lundi. La garde à vue de l’auteur de l’attaque a été suspendue ce dimanche, pour une période de quarante-huit heures d’« observation psychiatrique ».
Par Nadège DUBESSAY
Après son périple sanglant qui a commencé vers 10 heures vendredi 23 octobre, le tueur raciste affichait un lourd bilan : un mort, cinq blessés, dont une fillette de 12 ans, toujours en réanimation.
Le tireur, qui a sévi à Trappes et dans la commune voisine de La Verrière (Yvelines), interpellé par la BAC de Saint-Quentin-en-Yvelines le jour même, visait exclusivement « des Noirs et des Arabes », parce qu’il en avait « marre d’eux », a-t-il avoué sans l’ombre d’un remords dès les premières auditions.
En menant son attaque terroriste à l’arme automatique, en plein jour, Kévin T., 39 ans, résidant à Plaisir, dans les Yvelines, aurait voulu « venger les commerçants » suite aux dégradations commises le 17 octobre.
« Nommer l’idéologie qui arme les bras »
Dimanche, sa garde à vue a été levée à titre provisoire, ouvrant la voie à une expertise approfondie, tandis que quatre membres de son entourage restaient entendus.
Après avoir vu un expert psychiatrique, Kévin T. a été transféré à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police afin d’y être soumis à une « période d’observation psychiatrique » susceptible de durer quarante-huit heures. Selon une source proche de l’enquête citée par l’AFP, l’homme serait traité pour schizophrénie.
Cette levée de garde à vue n’est néanmoins pas sans interroger Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille de la victime tuée, Pengo Bossio Wangi, qui constate une « récurrence préoccupante » : « Lorsque l’attentat émane de l’extrême droite, la question psychiatrique s’impose très vite – l’auteur serait ”forcément un déséquilibré”. Cette question, en revanche, ne se pose pratiquement jamais avec la même insistance lorsque l’attentat est de motivation islamique », assure l’avocat, qui ne « conteste pas l’expertise psychiatrique ».
Mais celle-ci, dans les crimes racistes et terroristes, ne doit pas devenir « un raccourci commode pour éviter de nommer l’idéologie qui arme les bras ».
Un exemplaire de « Mein Kampf » d’Adolf Hitler
Dans l’appartement de Kévin T., piégé avec des bouteilles de gaz et des fils électriques connectés à un minuteur, les enquêteurs ont découvert un exemplaire du livre d’Adolf Hitler Mein Kampf, ainsi qu’une bible et un coran. Dans sa voiture, il y avait « un pistolet-mitrailleur de type Sten et une bombe lacrymogène », selon le parquet national antiterroriste (Pnat), qui a ouvert une enquête pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste ».
Le parquet spécialisé a retenu la circonstance aggravante d’appartenance vraie ou supposée à une religion, une ethnie ou une nation. L’homme, qui travaille dans le secteur des hydrocarbures, a été testé positif à la cocaïne et au cannabis quand il a été arrêté.
Son casier judiciaire fait mention de « quatre anciennes condamnations », précise le Pnat. D’après les informations du Monde, il est mentionné douze fois au fichier pour des délits de droit commun, parmi lesquels « vol à l’étalage », « usage de stupéfiants », ou « conduite sous état alcoolique ».
Sur le terrain, la colère et le choc sont immenses. Ali Rabeh, maire de Trappes, est immédiatement monté au créneau pour qualifier cet acte de « première tentative de crime de masse à connotation islamophobe et raciste ». Il a directement incriminé les plateaux de télévision et les discours de haine « qui arment idéologiquement ceux qui sont capables de passer à l’acte ».
En réaction, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dès le samedi à Trappes, square Louis-Pergaud, là où les balles du pistolet-mitrailleur ont abattu Pengo Bossio Wangi, 26 ans, espoir français du MMA (arts martiaux mixtes).
« Nous vivons un chaos total, une répression totale, des actes terroristes graves », a dénoncé la militante antiraciste Assa Traoré. Dans une publication sur son compte Facebook, le candidat à l’élection présidentielle LFI, Jean-Luc Mélenchon, a réagi en affirmant que « le racisme tue ».
Dans un communiqué, les Écologistes ont pointé du doigt les responsables politiques qui passent leur temps à « radicaliser les violences et à attiser les peurs ». Le Parti communiste, de son côté, décrit un « climat mortifère », qui « phagocyte le débat public, entretenu aussi bien par des chefs d’État étrangers, comme Donald Trump, que par des responsables politiques de notre pays tels que Jordan Bardella, Éric Zemmour ou Marine Le Pen, qui citent avec une hargne décuplée les » immigrés », les accusant notamment d’être derrière les violences du 17 octobre ».
Les mots de l’extrême droite
Beaucoup fustigent notamment l’impunité de groupuscules néonazis qui défilaient dans tout le pays, installant un climat délétère où la violence physique contre les minorités devient tristement pensable.
Pour la LDH, pas de doute : cette « haine raciste » est le cœur du projet de l’extrême droite, « celui d’une société fondée sur de pseudo-identités qui légitimeraient de rejeter comme fondamentalement différents et dangereux celles et ceux qui sont réduits à leur religion, leur couleur de peau, leur origine ”étrangère”. En désignant en particulier les personnes musulmanes comme des ennemis, les mots de l’extrême droite sont directement liés aux actes meurtriers ».
Dimanche 25 octobre, en début d’après midi, des centaines de personnes se sont rassemblées pour une marche blanche devant l’hôtel de ville d’Aubervilliers, en hommage à Pengo Bossio Wangi. Le jeune homme venait s’entraîner régulièrement à la Atch Academy, le club de MMA réputé d’Aubervilliers. Une cagnotte en ligne a été lancée par le fondateur du club pour aider la famille.
Ce lundi 26 octobre, deux rassemblements sont également annoncés à Paris : à 18 heures, place de la République (coalition antiraciste), et à 19 heures, à Stalingrad (LDH, SOS Racisme, Mrap, CGT, Solidaires, CFDT, FSU, Unef…).
Cet attentat, un acte de terreur exécuté en plein jour à l’arme de guerre au cœur d’un quartier populaire, n’est pas sans rappeler des précédents. Le 31 mai 2025, à Puget-sur-Argens (Var), un coiffeur d’origine tunisienne, Hichem Miraoui, avait été assassiné par son voisin, un militant d’extrême droite.
L’assassin avait diffusé un manifeste vidéo revendiquant son acte au nom de théories xénophobes, marquant la toute première saisine du Pnat pour acte de terrorisme d’extrême droite au XXIe siècle en France. Ce qui s’est passé à Trappes vient de prouver une nouvelle fois que la menace n’est pas diffuse. Elle est immédiate, armée et mortelle.
Source: https://www.humanite.fr/societe/racisme/a-trappes-londe-de-choc-dun-attentat-raciste
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