Accusations contre la Chine, complot vénézuélien… Les mensonges de Trump sur la fraude électorale démentis par les documents qu’il a lui-même déclassifiés (H.fr-17/07/26)

Donald Trump déclare à nouveau que des puissances étrangères auraient influencé l’élection présidentielle américaine de 2020. Des accusations démenties par les enquêtes. © Saul Loeb/ZUMA-REA

Au cours d’un discours prononcé le jeudi 16 juillet, le locataire de la Maison Blanche a une nouvelle fois dénoncé des fraudes électorales massives issues de l’étranger pendant le scrutin présidentiel de 2020. Comme à son habitude, Donald Trump ne s’est pas embarrassé avec la vérité puisqu’il a déclassifié au passage des documents qui contredisent ses affirmations. Une stratégie destinée à consolider sa base à l’approche des élections de mi-mandat qui s’annoncent difficiles pour les Républicains.

Par Arthur DUMAS

On commence à connaître le refrain. Jeudi 16 juillet, Donald Trump a remis sur la table des accusations de fraude lors de l’élection présidentielle de 2020. Le locataire de la Maison Blanche a affirmé que la Chine avait dérobé des fichiers d’électeurs et a même suggéré que le Venezuela serait en capacité de manipuler les machines de vote.

Pour rappel, ce sont les mêmes types de propos qui avaient poussé, le 6 janvier 2021, les partisans du milliardaire d’extrême droite à prendre d’assaut le Capitole à Washington. Plus de 60 actions en justice ont été menées après le supposé « vol » de Joe Biden, sans mettre au jour de fraude susceptible de modifier le résultat du scrutin.

Donald Trump relance ses accusations contre la Chine

Chahuté jusque dans son propre camp à cause de sa guerre contre l’Iran, Donald Trump tente désespérément d’éviter une défaite cuisante aux midterms qui le contraindrait à finir son mandat sans majorité. Pour ce faire, son administration a déclassifié, jeudi 16 juillet, des documents des services de renseignement présentés comme des preuves irréfutables de ses allégations.

Problème, les documents – dont une bonne partie est largement caviardée – ne vont pas du tout dans le sens des affirmations du président états-unien. Selon Donald Trump, Pékin serait à l’origine du « plus grand piratage de données électorales de l’histoire, aboutissant à l’acquisition illicite par la Chine de 220 millions de fichiers d’électeurs ». Il a également accusé le pays d’avoir tenté de « fabriquer des bulletins de vote illégaux pour Joe Biden ».

À noter qu’aux États-Unis, les fichiers d’électeurs sont très largement accessibles publiquement. Les États fédéraux sont chargés de leur gestion et ils sont fréquemment vendus. Parmi les documents déclassifiés jeudi, on retrouve un rapport de mars 2021, émanant des principales agences de renseignement, qui indique n’avoir relevé « aucune indication que le moindre acteur étranger ait tenté de modifier un quelconque aspect technique du processus de vote ».

Selon ce rapport, les agences ont conclu avec un « haut degré de certitude », que Pékin « n’avait pas mené d’actions d’ingérence et avait envisagé, sans les mettre en œuvre, des actions d’influence visant à modifier le résultat ». Autrement dit, la Chine a certainement tenté d’influencer l’élection, mais elle n’a pas massivement manipulé son résultat. Et si Pékin est parvenu à mettre la main sur ce type de fichiers, c’est tout simplement parce qu’ils sont téléchargeables sur des sites commerciaux.

Le vieux fantasme des machines à voter truquées

Et quand bien même elle disposerait de telles données, elles ne seraient pas suffisantes pour mener à bien un complot électoral. Comme l’a écrit l’ancien greffier du comté de Maricopa (Arizona) dans un message publie sur X, la Chine aurait besoin de fabriquer des numéros de Sécurité sociale, des adresses et des pièces d’identité en masse afin de créer des milliers de faux électeurs. Le tout sans laisser aucune trace, ce qui paraît peu probable.

Enfin, Donald Trump insinue volontiers que les vols de données électorales ont été dissimulés par les agents du renseignement, et évoque même des membres de « l’État profond » (un terme courant dans les thèses complotistes) sur le site web de la Maison Blanche. Un argument grotesque puisqu’un des documents qu’il a lui-même déclassifiés jeudi atteste que le sujet a bien été discuté au FBI. Dans cet email, l’agence fédérale assure n’avoir « aucune preuve » à ce propos, et parle d’une affirmation « extrêmement trompeuse ».

L’autre pays ciblé par les dernières saillies de Donald Trump est le Venezuela. Puisqu’il affirme que le régime de Maduro a truqué plusieurs des dernières élections vénézuéliennes, le locataire de la Maison Blanche laisse entendre que les machines à voter aux États-Unis sont susceptibles d’avoir été manipulées de la même manière. Rien de nouveau sous le soleil : dès 2020, certains de ses partisans prétendaient qu’un complot vénézuélien visait à fausser les résultats des logiciels électoraux Smartmatic.

Une théorie du complot sans preuves

Le hic, c’est que les produits de cette entreprise n’ont été utilisés que dans le comté de Los Angeles (Californie) et que les résultats de ce territoire, qui comptabilisait 5 813 167 électeurs à l’époque, n’ont pas été contestés. La firme a d’ailleurs obtenu des accords à l’amiable et a remporté plusieurs procès en diffamation depuis la diffusion de cette fausse information.

Les documents déclassifiés établissent que les responsables vénézuéliens « ont développé un intérêt soutenu et probablement une certaine capacité à manipuler les systèmes de vote électronique », mais que les renseignements « n’ont pas confirmé de manière certaine qu’une fraude électronique à grande échelle ait été menée lors d’élections vénézuéliennes spécifiques ». « Ni Smartmatic ni le gouvernement vénézuélien n’étaient capables » de « manipuler le résultat d’une élection hors du Venezuela », précisent-ils.

« Rien de ce qui a été publié ne comporte des preuves d’une quelconque manipulation du vote », a déclaré à l’AFP Charles Stewart, expert en élections au Massachusetts Institute of Technology (MIT). À l’approche d’un scrutin qui s’annonce compliqué, le président états-unien cherche en réalité à mobiliser sa base en criant au complot, comme il a l’habitude de le faire depuis sa première campagne présidentielle.

Source: https://www.humanite.fr/monde/chine/accusations-contre-la-chine-complot-venezuelien-les-mensonges-de-trump-sur-la-fraude-electorale-dementis-par-les-documents-quil-a-lui-meme-decl

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