Algues vertes en Bretagne : après les plages, la Cour des comptes alerte sur les vasières oubliées (OF.fr-9/07/26)

Les vasières de la rade de Lorient , devant l’ancienne base de sous-marins (BSM) , couvertes d’algues vertes. | THIERRY CREUX/ OUEST-FRANCE

La Cour des comptes publie son rapport de lutte contre la prolifération des algues vertes ce jeudi 9 juillet 2026, que Ouest-France a dévoilé le 16 juin dernier. Les magistrats formulent des recommandations inédites. Objectif, sortir des angles morts de la politique actuelle, notamment sur les secteurs vasiers.

Par Christel MARTINEAU-MARTEEL

La prolifération des algues vertes sur le littoral breton n’est malheureusement pas un mal qui s’efface avec le temps. C’est le constat que dresse la Cour des comptes dans son rapport de suivi, que Ouest-France a dévoilé le 16 juin avant sa publication officielle ce 9 juillet. Bien que la région concentre toujours à elle seule 93 % des surfaces d’échouages observées en France, les magistrats reconnaissent des avancées pour lutter contre ce fléau qui trouve son origine dans l’eutrophisation des eaux littorales, provoquée par des apports excessifs de nitrates issus des cours d’eau. Mais depuis 2010, l’action publique s’est concentrée sur les baies sableuses, autrement dit les plages. L’enquête souligne d’ailleurs que les résultats montrent des signes d’encouragement.

Mais ce nouveau rapport met aussi en avant un phénomène largement ignoré : les vasières. Certes, contrairement aux plages, ces zones ne présentent pas d’enjeu de sécurité publique immédiate. On ne s’y baigne pas et on n’y ramasse pas de coquillages. Mais en mettant la tête dans le sable pour ne pas regarder les vases, les algues vertes ont continué de proliférer au point que 80 % des échouages ont lieu dans ces secteurs. Sur les 13 zones identifiés, cinq semblent prioritaires, à savoir le golfe du Morbihan qui concentre l’essentiel, la Rance, Paimpol et la baie de Morlaix. C’est dans ce contexte que les nouvelles recommandations formulées par les magistrats visent toutes à combler ce déséquilibre.

Des objectifs chiffrés pour les vasières

L’une des nouvelles pistes concerne la révision des Schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE). Cette recommandation s’adresse aux préfectures de départements, aux agences de l’eau et aux collectivités compétentes en la matière. Quand on sait la difficulté de l’exercice, dans une instance qui a parfois bien du mal à trouver un consensus entre des acteurs aux intérêts souvent opposés – les agriculteurs, les collectivités et les associations environnementales – la tâche s’annonce ardue. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle certains SAGE bretons n’ont pas été révisés depuis une dizaine d’années, ce qui les rend incompatibles avec le schéma directeur (SDAGE) validé par l’agence de l’eau. Et empêche, de fait, de répondre efficacement à l’enjeu des vasières. La Cour préconise donc un pilotage plus direct par les préfets, ce qui obligerait, sans le dire, les acteurs les plus réticents à agir.

Autre recommandation inédite : animer et coordonner la politique foncière agricole dans les baies algues vertes et dans les secteurs vasiers les plus touchés, en lien avec les acteurs locaux. Cette mission reviendrait aussi aux préfectures des départements, dès 2026. La cour note que la politique foncière sur les secteurs sensibles demeure inefficace, faute de pilotage unifié.

Pression de l’Europe

Mises bout à bout, ces recommandations consistent à faire en sorte que les vasières ne soient plus traitées comme un problème secondaire. C’est la condition, selon le rapport, d’un « impact décisif » sur la qualité des eaux et le recul des échouages. D’autant que les moyens, souvent jugés insuffisants, existent. L’enveloppe de la PAC (Politique agricole commune) pour les agriculteurs bretons s’élève à 450 millions d’euros par an quand elle s’élève à 128 millions d’euros sur six ans pour la lutte contre les algues vertes. Le véritable enjeu est donc plus celui du ciblage que des moyens en tant que tels. Flécher une part des subventions vers l’évolution des pratiques est d’ailleurs un point essentiel du rapport.

La pression européenne n’est pas neutre sur le sujet. À plusieurs reprises par le passé, la Commission européenne a saisit la Cour européenne de justice en raison de la pollution persistante par les nitrates de captages d’eau en Bretagne. L’Union continue de scruter la situation bretonne et ne manquera pas de regarder si les objectifs de qualité des eaux sont atteints en 2027.

Source: https://www.ouest-france.fr/environnement/algues-vertes/algues-vertes-en-bretagne-apres-les-plages-la-cour-des-comptes-alerte-sur-les-vasieres-oubliees-cb169b5e-7aca-11f1-b6b9-5740d58e7caf

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