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Alors que se profile un conseil de surveillance où le patron du groupe automobile entend plaider pour un doublement des 50 000 suppressions d’emplois déjà annoncés fin 2024, la présidente du syndicat IG Metall dénonce une démarche irresponsable et illégale dont l’AfD tirerait le plus grand bénéfice politique.
Par Bruno ODENT
Après une première « charrette » de 50 000 suppressions d’emplois d’ici 2030, engagée fin 2024, la nécessité affichée désormais par Oliver Blume, le chef du géant aux 12 marques (de Volkswagen à Audi en passant par Skoda et Porsche) d’en ajouter 50 000 autres – soit 100 000 en tout – d’ici le début de la prochaine décennie alimente indignation et angoisse outre-Rhin.
La Présidente du syndicat IG Metall, Christiane Benner, monte au créneau, et dit sa colère à quelques heures de la convocation ce vendredi 4 septembre d’un conseil de surveillance qui doit théoriquement enregistrer les nouveaux projets de casse sociale de la direction de la firme.
Quatre usines allemandes qui emploient chacune autour de 10 000 salariés, sont désormais directement menacées de fermeture à Zwickau (Thuringe), Emden et Hanovre (Basse-Saxe) et Neckarsulm dans le Bade-Wurtemberg. Et cela alors que les premières mesures de réduction drastique des effectifs se devaient d’être « socialement supportables », d’éviter toute suppression de site sur le sol allemand. Le compromis passé avec le syndicat Metall fin 2024 se faisait fort d’éviter tout licenciement sec pour privilégier d’hypothétiques départs volontaires ou recours à du temps partiel pour les salariés les plus âgés.
La cogestion allemande en panne
Aujourd’hui le syndicat se sent profondément trahit par l’attitude patronale au sein du vieux système allemand dit de partenariat social ou de cogestion dont Volkswagen fut longtemps l’un des principaux emblèmes. Christiane Benner qui représente, elle-même, la partie syndicale au sein du conseil de surveillance de la firme, avance, dans une interview accordée à la chaîne publique ZDF, que le patron de la firme agit ainsi dans l’illégalité, en rupture unilatérale du contrat passé, il y a moins de 2 ans avec le syndicat.
La cheffe d’IG Metall s’insurge contre l’attitude du patron de VW dont les annonces ont plongé des dizaines de milliers de salariés dans les pires craintes et joué sur le plan moral contre le plein engagement des salariés dans leur travail. Signe de l’ébranlement du modèle consensuel attaché au capitalisme rhénan, Christiane Benner n’hésite pas à s’en prendre publiquement à l’objectif de rentabilité financière, privilégié par le groupe. Les mesures dites d’économie visent en effet à provoquer, lance-t-elle, « une hausse des dividendes versés aux actionnaires largement au-dessus du seuil de 3,8 % prévu initialement d’ici 2030 pour atteindre 8 à 10 % ».
La syndicaliste évoque les conséquences politiques que pourrait avoir un tel ralliement aux diktats du capital financier. Dans les Länder de l’Est du pays où l’on s’attend à une énorme percée du vote pour l’AfD « 1 emploi sur 4 est tributaire de l’industrie automobile », fait-elle observer, à la veille, ce dimanche 6 septembre, d’une élection en Saxe-Anhalt où l’avènement d’un ministre-président d’extrême droite est pris très au sérieux par la plupart des enquêtes d’opinion.
Un carburant pour l’extrême droite
Les citoyens qui habitent sur le périmètre de l’ex-RDA dans l’Est du pays, sont en effet touchés par une extrême précarité. Moins d’un sur trois d’entre eux est couvert par un accord tarifaire, l’équivalent d’une convention collective de branche de ce côté-ci du Rhin. Ce qui laisse la part belle à un système à l’anglo-saxonne très fortement ubérisé. Cette dictature du capitalisme de plateformes renforce misère et frustrations de toute une population, rendue ainsi plus sensible à la recherche de boucs émissaires et aux discours xénophobes de l’AfD.
Les conséquences politiques des 50 000 emplois que veut rayer de la carte la direction de Volkswagen seraient d’autant plus sensibles en Allemagne orientale que l’une des 4 usines menacées à Zwickau est un véritable poumon industriel pour toute une région.
Christiane Benner plaide, à l’inverse, pour une nouvelle politique industrielle « au niveau de l’Allemagne comme de l’Europe. » Elle pointe ouvertement l’irresponsabilité du patron du groupe, Oliver Blume, laissant ouvertement entendre que son remplacement pourrait changer la donne chez Volkswagen.
Un avis de tempête est ainsi annoncé sur le prochain conseil de surveillance d’un groupe où l’on s’efforce généralement de ne pas heurter l’approche consensuelle chère au système. La syndicaliste d’IG Metall ne devrait pas recevoir de soutien du côté du chancelier Merz. L’ancien représentant en Allemagne du géant états-unien de la finance, BlackRock ne cesse en effet d’affirmer un besoin de dérégulation pour sauver la compétitivité perdue des groupes industriels allemands. Quand le SPD se déchire sur le sujet. Le vice-chancelier, ministre des finances et co-président du parti ayant souscrit à des réformes qui taillent dans les dépenses et les droits sociaux des salariés.
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