
Le RN sort d’un mois émaillé de polémiques qui restituent sa véritable identité violente, libérale et antisémite. Résumé en dix dates.
Par Florent LE DU
Un mois entamé par une islamophobie décomplexée et achevée par un antisémitisme non assumé. De l’interdiction du port du voile aux écrits de Jordan Bardella révélés par Mediapart, en passant par le racisme crasse du policier municipal de Carcassonne, septembre aura rappelé l’ADN profond du parti à la flamme.
Des polémiques nombreuses qui ont éclipsé d’autres faits éclairants, comme un ancien membre de mouvements néonazis investi aux sénatoriales ou le soutien à un député RN accusé d’escroquerie et de harcèlement. Le parti, divisé en interne et dont l’arnaque sociale devient de plus en plus saillante, vacille à six mois de la présidentielle. Et la campagne ne fait que commencer.
1er septembre : les pieds dans le voile
Rien de tel, pour démarrer la campagne, qu’une bonne vieille proposition identitaire. Après un été discret, l’extrême droite veut réoccuper l’espace médiatique en annonçant vouloir interdire le port du voile islamique dans l’espace public. Sur les plateaux, les cadres du RN explosent. Pour eux, le vêtement représenterait « une idéologie contraire à ce que la France a porté depuis des années ». Et ils proposent donc d’aller contre la loi de 1905, la laïcité, la Constitution, les droits de l’homme…
Sur sa mise en œuvre, ils sont incapables d’expliquer comment une loi aussi stigmatisante pourra être adoptée et appliquée. Déjà, ce lancement de campagne présidentielle implique deux constats. Sur le fond, le RN reste un parti raciste. Sur la forme, il n’est pas prêt à gouverner et à mettre en œuvre des mesures pourtant portées depuis une dizaine d’années.
4 septembre : cacophonies internes
Autre preuve de l’impréparation du RN : début septembre, les désaccords publics et les incohérences se multiplient. Sur le voile, certains plaident pour une amende, d’autres contre l’interdiction, Marine Le Pen finit par évoquer un référendum. Sur les retraites, Jordan Bardella entend supprimer l’âge légal, sa patronne le refuse mais ouvre la voie à la capitalisation. Sur les aides à l’Ukraine, Louis Aliot annonce sa volonté de « couper le robinet », contredit le lendemain par le président du parti.
Le torchon brûle particulièrement entre le dauphin, destitué de son statut de candidat à la présidentielle, et la matriarche, qui embauche son beau-frère et l’une de ses nièces dans son équipe de campagne, tout en souhaitant redonner de la place à Marion Maréchal. Ce sujet est évoqué lors d’une réunion relatée par Libération. En lâchant « c’est elle ou moi », Jordan Bardella claque la porte.
9 septembre : le révélateur Carcassonne
Des racistes dans un parti raciste, rien d’étonnant. Mais les six heures de vidéos du policier municipal de Carcassonne César R., révélées par Midi libre, restent d’une violence rare. L’homme, également membre du service d’ordre du RN, y multiplie les pires horreurs xénophobes, misogynes, homophobes, lors d’une banale journée filmée par sa propre caméra.
Au RN, Jordan Bardella et le maire de Carcassonne, Christophe Barthès, jouent les vierges effarouchées. Ce dernier dit « condamner sans aucune réserve » les propos de César R. et annonce sa suspension.
Or, deux semaines plus tard, l’Indépendant révèle que l’édile avait été mis au courant, dès avril dernier, de l’existence de cette vidéo, du racisme ambiant dans la police municipale et de sa violence – en témoigne l’agression d’un jeune homme, Youssef, en juin, mort treize jours plus tard. Mais Christophe Barthès n’a rien fait, préférant protéger l’agent, dont il est proche. Un aperçu de l’exercice du pouvoir par l’extrême droite.
13 septembre : le social dans le viseur
Très discrète depuis l’été, Marine Le Pen donne son premier discours de campagne, avec le logement comme thème principal. Elle l’assure : « Nous nous devons plus que jamais de mener la bataille sociale. » La solution de Marine Le Pen : supprimer la loi SRU, imposant aux communes de se doter de 20 à 25 % de HLM.
Avec le RN au pouvoir, ceux-ci ne seront d’ailleurs plus accessibles aux étrangers, préférence nationale oblige. En parallèle, elle suggère d’en finir avec le dispositif « zéro artificialisation nette ». En clair, Marine Le Pen veut réduire l’offre de HLM et permettre aux promoteurs de bétonner.
Une arnaque sociale bien rodée. Comme lorsque fin août, devant le Medef, elle prétend vouloir « œuvrer pour les Français » tout en promettant une cure d’austérité record de 125 milliards d’euros, pour mieux compenser une baisse de 25 milliards d’impôts de production promis aux grandes entreprises.
17 septembre : le député escroc
Député de l’Aisne, José Beaurain est accusé d’escroquerie, de harcèlement sexuel et de détournements de fonds publics par au moins trois de ses anciens collaborateurs parlementaires. Entre autres magouilles, le parlementaire demandait à ses assistants de lui redonner en liquide la moitié des primes qu’il leur versait, a payé son frère de manière détournée, aurait cherché à corrompre un ex-assistant…
Renaud Labaye, secrétaire général du groupe des députés RN, et Marine Le Pen sont mis au courant, le reçoivent… mais lui renouvellent leur confiance, affirme Radio France. José Beaurain a été réinvesti aux législatives de 2024 puis aux municipales de 2026.
18 septembre : les dépenses européennes de Le Pen
Quel rapport le RN entretient-il avec l’argent public ? Passionnel, selon le Parlement européen, qui en plus d’accuser le parti d’avoir détourné au moins 3 millions d’euros dans l’affaire des assistants parlementaires, réclame désormais 168 997,99 euros à Marine Le Pen, affirme Mediapart, pour dépenses irrégulières. Des objets promotionnels dont l’institution ne trouve trace, des achats ne rentrant pas dans le cadre légal, des contrats pris en faussant les appels d’offres…
En juillet, la cour d’appel de Paris a reconnu l’ex-eurodéputée coupable d’avoir mis en place un « système de détournement de fonds publics ». Celui-ci pourrait concerner davantage que les contrats de collaborateurs.
19 septembre : des antirépublicains aux sénatoriales
Une lobbyiste anti-IVG, des employeurs de militants néofascistes, des auteurs de propos ouvertement islamophobes et racistes… Une fois n’est pas coutume, les listes du parti d’extrême droite aux élections sénatoriales regorgent de candidats problématiques, comme l’ont révélé l’Humanité, le Canard enchaîné et les Jours.
La palme revient à Éric Miné, candidat des Français établis à l’étranger. Ancien de la Fane, mouvement néonazi dans les années 1980, puis de l’Œuvre française, groupuscule antisémite, il a également géré une librairie négationniste. Il cultive toujours une grande nostalgie des colonies françaises et nie l’existence du massacre du 17 octobre 1961. L’histoire du FN/RN résumé en un candidat !
23 septembre : le policier violent est un RN
Un quartier de Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire) est le théâtre le 19 septembre d’une nuit de violences, déclenchée par la collision d’un motard, Adjel B., par une voiture de police cherchant à interrompre un rodéo urbain en mettant en danger la vie du jeune homme – pourtant en train de s’arrêter, assure son avocat. Quatre jours plus tard, la Nouvelle République révèle que le policier impliqué est un membre du Rassemblement national. On ne peut pas lui reprocher d’être en décalage avec la ligne de son parti. Peu après les faits, l’eurodéputé Matthieu Valet avait exprimé son soutien aux « policiers courageux qui font leur boulot ».
27 septembre : un groupe historique au Sénat
Rare satisfaction pour l’extrême droite dans ce mois de polémiques, le mouvement lepéniste arrache neuf nouveaux sénateurs, auxquels s’ajoutent ses trois sortants, deux élus UDR et une LR dissidente décidée à les rejoindre. Ils seront donc 15 à former le premier groupe parlementaire d’extrême droite de la Chambre haute sous la Ve République.
Ils comptent peser sur la majorité de droite, déjà alignée sur de nombreuses propositions de Marine Le Pen, qui espère compter sur elle en cas de victoire à la présidentielle. Au lendemain des élections, le RN vante le récit d’une marche inéluctable vers le pouvoir et jubile. Une joie de courte durée.
28 septembre : Bardella l’antisémite
Une « dinguerie ». La panique enrobe le visage de Marine Le Pen lorsqu’elle apprend la parution de l’enquête de Mediapart sur les écrits antisémites de Jordan Bardella, entre 2013 et 2015, qui dénonce la « mainmise de la communauté juive-sioniste sur le pays » et assure que « les banques sont toutes détenues par des juifs ». « Vous ne ferez croire ça à personne », réagit la patronne.
C’est vrai, comment un jeune homme s’engageant dans un parti fondé par un Waffen-SS et dirigé par un négationniste notoire, pris sous son aile par l’antisémite Frédéric Châtillon avant de rejoindre le révisionniste Jean-François Jalkh, aurait pu produire de tels écrits ? Plutôt que d’assumer une jeunesse semble-t-il fortement influencée par Alain Soral, Bardella et son parti ont choisi de s’attaquer violemment à Mediapart. Ce 28 septembre restera une date clé de la campagne présidentielle. Reste à savoir si l’antisémitisme de ce parti par ailleurs raciste, violent et malhonnête, va rebuter les électeurs.
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