« Aucune guérison n’est possible » : ce Breton, ancien intérimaire, attaque Imerys en justice pour «faute inexcusable » (OF.fr-26/9/26)

Cédric Gouagout souffre de graves difficultés respiratoires depuis qu’il a travaillé comme intérimaire à la mine Imerys de Glomel. Il a porté plainte contre la société, mais aussi l’agence ManPower pour faire reconnaître leur « faute inexcusable ». | ELSA RANCEL / OUEST-FRANCE

Cédric Gouagout attaque en justice Imerys, la mine d’andalousite basée à Glomel, en Centre-Bretagne. Après y avoir travaillé quelques mois en 2021, il souffre depuis de graves difficultés respiratoires. Ce père de trois enfants se bat pour que d’autres salariés ne tombent pas malades, comme lui.

Par Pauline LAUNAY

Je ne me bats pas pour une gloire ou de l’argent, mais parce que c’est une entreprise qui m’a foutu en l’air. Les mots sont posés, implacables. Et la voix qui les prononce est fatiguée, essoufflée.

Durant notre entretien, Cédric Gouagout devra d’ailleurs se servir d’un bronchodilatateur, plus fort que la Ventoline utilisée par les asthmatiques, car quand mes poumons sont sollicités, ils sont fragilisés. Il en a aussi toujours un autre à portée de main, avec de la cortisone, qui va ouvrir mes bronches directement quand je m’étouffe. Une petite partie du traitement que doit désormais suivre à vie celui qui a travaillé chez Imerys durant quelques mois. De quoi le soulager car j’ai bien compris : aucune guérison n’est possible, c’est incurable.

De dangereuses particules

Accompagné par l’association d’aide aux lanceurs d’alerte Climate Whistleblowers, Cédric Gouagout a, le 13 juin 2025, porté plainte contre Imerys, comme le révélait le média d’investigation Splann, et l’agence intérim ManPower pour faire reconnaître leur faute inexcusable.

Il souffre du syndrome de Brooks, un dysfonctionnement des bronches diagnostiqué par un spécialiste de Brest. C’est vraiment lié à la silicose [une maladie pulmonaire provoquée par l’inhalation de poussières de silice cristalline, N.D.L.R.]. Moi, je sais que c’est ce que j’ai inhalé, qui m’a mis dans cet état.

Ce qu’il a respiré ? Ce sont des particules de silice cristalline, une substance classée agent chimique dangereux par le Code du travail car cancérogène, lorsqu’il travaillait chez Imerys à l’automne 2021, en tant qu’intérimaire, porte d’entrée pour celui qui souhaitait d’emblée un contrat en CDD ou en CDI. Il est alors rondier, il nettoie les sols et les machines, et réalise aussi quelques travaux de maintenance. J’étais continuellement dans la poussière.

Lire aussi : Après un incident chimique qui « fait suite à une série », la préfecture met en demeure l’usine Imerys à Glomel

Travailler dans cette carrière d’extraction d’andalousite, minéral utilisé pour ses propriétés réfractaires, était vu comme une chance pour cet habitant de Gouarec, qui travaillait jusqu’alors à Carhaix. Cette opportunité le rapprochait de son domicile, situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest, soit 10 km de moins à faire. Je n’avais, en réalité, que des avantages au final. Je voulais être dans ce métier-là, sans savoir qu’il y avait des risques aussi grands »,explique celui qui a plusieurs bagages pour conduire divers engins.

Un masque « pour faire du bricolage »

Cédric Gouagout estime que les mesures de sécurité et les équipements mis à disposition n’étaient pas adaptés aux risques auxquels il dit avoir été exposé. Notamment le masque FFP3, pour faire du bricolage, qui était normalement censé me protéger mais qui n’a eu aucune efficacité dans mon cas puisque j’étais barbu. Même s’il avait été efficace, les particules que j’ai inhalées sont plus petites que celles que le masque peut retenir.

Selon lui, les mesures nécessaires pour le protéger n’ont pas été appliquées. Jamais Imerys, assure-t-il, ne lui a conseillé de se raser la barbe pour que le masque se colle bien : Je l’aurais coupée, je suis quelqu’un d’obéissant, je me serais plié aux règles, j’aime faire mon travail correctement.

Il se souvient de sa barbe et de ses cheveux secs comme pas possible après la journée de travail, avant de prendre une douche sur le site d’Imerys ou encore de la poussière qu’il retirait de ses dents à chaque brossage, des morceaux noirs dans son nez, après la douche, j’avais encore de la poussière dans tous les pores de ma peau ».

« Ça a été un choc »

« Mon quotidien est touché, j’ai l’impression de ne servir à rien. Je ne peux plus faire de sport, j’ai pris un coup au moral… Je suis malheureux », explique Cédric Gouagout, 44 ans, habitant de Gouarec (Côtes-d’Armor). | ELSA RANCEL / OUEST-FRANCE

Et puis il y a eu ces douleurs qui ont commencé à apparaître, un manque de cardio et des douleurs pulmonaires qui m’ont alerté, c’était le 22 novembre 2021, raconte celui qui, jusqu’alors n’avait jamais eu de problèmes respiratoires. Je ne pouvais plus repartir au travail. Je suis allé voir partout si on pouvait me remettre sur pied. Jusqu’à ce qu’un professeur de médecine de Brest lui annonce : Monsieur, vous êtes invalide. Et là, ça a été un choc. Ce n’est pas une fatalité, mais on me dit que j’ai une maladie mortelle, incurable et évolutive. Mentalement, j’ai mis quasiment deux ans à m’en faire une raison, jusqu’à avoir des idées suicidaires. Vivre au quotidien avec des douleurs, être malade et fatigué, c’est un enfer, poursuit ce quadragénaire, suivi par un pneumologue, son médecin traitant et un psychologue.

Lui qui était jusqu’alors un jeune homme avec beaucoup d’énergie, même trop n’en a plus aujourd’hui. À 44 ans, il porte désormais des chaussures sans lacets pour éviter d’avoir à se baisser, a besoin d’aide pour vider les courses du coffre de la voiture jusqu’à la maison, même pour débarrasser la table… Faire les choses simples est devenu compliqué pour moi.

Il se déplace avec une canne, même dans la maison et peut compter sur le soutien de sa famille, de sa compagne et de ses trois enfants, pour faire que ma vie soit la plus facile possible. Parce qu’aujourd’hui, mon quotidien est touché, j’ai l’impression de ne servir à rien. Je ne peux plus faire de sport, j’ai pris un coup au moral… Je suis malheureux, glisse-t-il, avant de demander une pause, submergé par l’émotion.

Un combat pour lui et les autres

Par cette procédure, il souhaite faire reconnaître la faute inexcusable d’Imerys et soutient que son état de santé résulte de son exposition aux poussières sur le site de Glomel.   C’est inadmissible pour nous, salariés, de subir une maladie mortelle pour nourrir sa famille. Je n’arrive pas, aujourd’hui, à accepter ce qui m’arrive puisque c’est une maladie qui va se transformer en fibrose avec le temps. J’ai bien compris que, pour moi, ça allait être prématuré. Justice doit être faite car d’autres personnes vont tomber malades. Qu’ils fassent des travaux, ce n’est pas possible… La vie que je vis aujourd’hui, je ne la souhaite à personne.

Il sait aussi que son cas n’est pas isolé, ça me rend triste. Cédric Gouagout se dit déterminé : Il suffit de se mettre à ma place, qu’est-ce que vous auriez fait ? Une audience est prévue jeudi 8 octobre 2026 devant le tribunal de Saint-Brieuc. D’après nos informations, son report doit être demandé en raison de nouveaux éléments versés au dossier.

« La santé et la sécurité, une priorité » pour Imerys

Contactée par Ouest-France, la société Imerys indique la santé et la sécurité de nos collaborateurs et travailleurs temporaires, ainsi que la protection de l’environnement, sont des priorités pour Imerys. Et de rappeler que : Les opérations du site de Glomel sont conduites dans le cadre des autorisations préfectorales applicables et sous le contrôle régulier des autorités compétences, notamment la Dreal.

En ce sens, poursuit la société, tout est contrôlé : Le suivi du risque poussières fait l’objet de mesures régulières et s’accompagne, lorsque cela est nécessaire, d’une adaptation des dispositifs de prévention et des protections individuelles mises à disposition des collaborateurs, en fonction des situations de travail et des niveaux d’exposition identifiés. Si la société ne commente pas les situations individuelles, elle précise toutefois réserver la transmission de ses documents […] aux autorités de régulation et aux autorités judiciaires compétentes.

La société ManPower, en revanche, n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Source: https://www.ouest-france.fr/societe/justice/aucune-guerison-nest-possible-ce-breton-ancien-interimaire-attaque-imerys-en-justice-pour-faute-inexcusable-433971f4-b5a1-11f1-8815-214ab2555576

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