
Surfréquentation, attente, stocks insuffisants… Le repas à un euro laisse bon nombre d’étudiants sur leur faim. À Brest et à Rennes, même chez les plus modestes, certains fuient ce dispositif victime de son succès.
Par Hervé CHAMBONNIERE
Des haricots verts et des pommes de terre. C’est tout ce qui restait quand Nathan, 21 ans, étudiant en master 2 de droit à Rennes, a enfin pu accéder à son restaurant universitaire (RU), il y a quelques jours. « Mes cours se terminaient à 12 h 45-13 h. C’était déjà trop tard. » Trop tard aussi pour les sandwichs et paninis du Crous Market, dévalisé.
« Dix minutes pour manger »
Pour Nathan, étudiant boursier de niveau 4 (458 euros par mois), le repas à 1 euro est « évidemment appréciable, et appréciable pour tous les étudiants ». « Mais le prix est le seul avantage », ajoute-t-il aussitôt. L’accès à ces repas à tout petit prix est « incompatible avec une pause d’une heure ». « Dès 11 h 30, il y a une file de 50 m ! », témoigne l’étudiant.
Baptiste, 25 ans, est étudiant et prépare une thèse, à Rennes. « Je n’ai qu’une heure pour déjeuner. S’il y a 40 minutes de queue, cela ne me laisse que dix minutes pour manger. Il faut speeder. Ce n’est agréable pour personne. Et je trouve que les quantités et la qualité ont baissé, et il y a moins de choix, aussi. »
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Nathan évite désormais le RU. « Autant d’attente, pour un résultat aléatoire, c’est dissuasif », juge-t-il. L’étudiant a « la chance » d’avoir son logement « pas très loin ». Alors, il rentre plus souvent chez lui, « même si cela a un coût ».
« Trop idéaliste ? »
Les deux étudiants rennais se rabattent parfois sur les épiceries ou sandwicheries voisines, « prises d’assaut, elles aussi ». « Et ce n’est pas très bon d’un point de vue diététique. C’est très industriel », juge Baptiste. « Un sandwich y coûte 5 à 7 euros. C’est jusqu’à sept fois plus cher… », rappelle Elouan, 22 ans, étudiant rennais qui vient tout juste de déménager à Saint-Denis, en région parisienne, pour poursuivre ses études de droit. Étudiant boursier de niveau 2 (environ 300 euros par mois), lui aussi trouve l’organisation des repas à 1 euro « dissuasive ». Trop d’attente. « Même le soir ! » Pour autant, il estime cet avantage « très positif ».
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« L’alimentation est une grosse charge, avec le logement. Là, je peux théoriquement manger cinq jours par semaine pour 10 euros ! C’est un gros plus. » L’étudiant interroge : « Pourquoi ne pas instaurer un repas à deux euros. Cela garantirait peut-être à tous d’avoir accès à ce repas, avec une meilleure qualité et quantité et plus de personnel ? Là, rien n’était préparé et proportionné. C’était peut-être trop idéaliste ? »
« Un pansement sur une plaie béante »
Comme lui, Pol, 22 ans, étudiant en master 1 gestion du territoire et développement local et vice-président, à Brest, de la première organisation de jeunesse étudiante en Bretagne (la Fédé B), pense que les étudiants en limite de barème pour une bourse et qui ne sont pas aidés par leurs parents sont « beaucoup plus en galère » que lui. « Ils doivent travailler en plus de leurs études. C’est une charge en plus. C’est d’ailleurs la première cause d’échec à l’université », souligne Pol. Lui est également responsable, pour la Fédé B, de l’épicerie sociale et solidaire L’Agorae. Les repas à un euro ont-ils tari le flot d’étudiants bénéficiaires ? « On rouvre le 2 octobre, donc on ne sait pas. Mais on ne s’attend pas à moins de monde, non. La situation est tellement mauvaise pour un paquet d’étudiants », estime-t-il. Pour lui, le repas à un euro est « juste un pansement sur une plaie béante ».
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