Aux universités d’été, La France insoumise se présente comme le parti de l’écologie (reporterre.net-22/08/26)

Le 21 août 2026 aux Afmis de LFI. L’enjeu pour le parti est de s’imposer comme pionnier de la lutte écologiste. – © Magali Stora / Reporterre

Dans la Drôme, les universités d’été des insoumis se poursuivent avec une affluence record de 7 000 inscrits et un discours renouvelé autour de la « bifurcation écologique » en vue de l’élection présidentielle.

Par Pauline DE DEUS et Magali STORA (photographies)

Châteauneuf-sur-Isère, reportage

« L’écologie sans sortie du capitalisme, ça n’a pas de sens », résume une militante entre deux conférences. Pour cette femme d’une vingtaine d’années, les préoccupations environnementales tiennent une place essentielle dans son engagement comme dans le mouvement. C’est en tout cas ce que tiennent à montrer les insoumis à l’occasion de leurs Amfis, leurs universités de rentrée, du 20 au 23 août.

Accaparement de l’eau, alimentation et santé, transport sans pétrole, lutte pour le vivant, nouveau projet des écorégions [1]… Pour cette campagne, pas question d’un nouveau rendez-vous manqué avec les préoccupations écologiques. L’enjeu est de s’imposer comme une référence en la matière, quitte à volontairement éclipser le traditionnel parti des Écologistes.

Les universités de rentrée de La France insoumise, les Amfis, près de Valence. © Magali Stora / Reporterre

Au point de remettre en cause les bases marxistes productivistes sur lesquelles s’est construit le Parti de gauche — devenu La France insoumise en 2016 ? « Aujourd’hui, La France insoumise est plus sur un discours autour de l’habitabilité de la planète, remarque François Benoit-Marquié, au stand des Verts populaires, collectif fondé par des dissidents des Écologistes qui se sont alliés aux insoumis. Mais les deux visions ne sont pas antinomiques. »

Pour Ken Iwasaki Garcia, militant écologiste toulousain, l’alliance aux municipales des écologistes et des socialistes, défenseurs de l’autororoute écocidaire A69 et de la LGV Lyon-Turin, a été vécue comme une trahison. © Magali Stora / Reporterre

Comme lui, une centaine de militants écologistes auraient rejoint ce mouvement depuis le début de l’année et affichent leur soutien à Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle de 2027. « On est là pour apporter un trait d’union entre cette vision marxiste de lutte des classes et l’écologie politique », assure encore François.

« On a toujours fait partie de l’aile gauche chez Les Écologistes mais les municipales ont été un déclencheur : une union se dessinait avec le Parti socialiste, sans être vraiment assumée », assure Ken Iwasaki Garcia. Pour ce militant écologiste toulousain, l’alliance avec ce parti, défenseur de l’A69 et de la LGV, a été vécue comme une trahison.

« Ce sont les premiers à parler d’écorégions ! »

Pour Jérôme Gleizes, l’un des porte-parole des Verts populaires, la priorité reste de lutter contre le risque fasciste : « Et le seul de la gauche qui peut gagner face à Le Pen c’est Jean-Luc Mélenchon », assure le frondeur écologiste, entré chez les Verts en 1997. Autour de leurs stands, la présence des faucheurs volontaires, d’Alternatiba et de Stop nucléaire témoigne de la place grandissante des questions environnementales chez les insoumis.

Lire aussi : Jean-Luc Mélenchon : « Une nouvelle gauche d’action a surgi, elle est faite d’insoumis et de verts, tous écologistes »

En toile de fond, l’accélération du dérèglement climatique, les milliers de morts dus à la canicule, les mégafeux poussant des milliers de personnes à quitter leurs maisons… « C’est épouvantable d’en arriver à ce niveau-là, s’indigne la députée insoumise Anne Stambach-Terrenoir. [L’écologie de Macron] est une écologie bourgeoise, qui parle de responsabilité individuelle pour éviter de nommer les vrais responsables de cette situation et continuer de les protéger. »

Pour l’élue de 46 ans, engagée depuis quinze ans auprès de Jean-Luc Mélenchon, il ne fait aucun doute que « nombreux écologistes rejoindront » les insoumis d’ici l’échéance électorale : « On a le projet écologique le plus conséquent et le plus abouti », argue-t-elle. Un argument également défendu par les Verts populaires. « C’est les premiers à parler d’écorégions ! Marine Tondelier ne les intègre pas, alors que ça fait vingt ans que les scientifiques travaillent sur ce sujet », s’insurge le co-porte-parole du mouvement.

Les universités d’été des insoumis ont réuni plus de 6 000 inscrits. © Magali Stora / Reporterre

De là à dire que Les Écologistes sont en retard sur leur propre terrain ? « Ils sont à la remorque ! Il n’y a pas d’effort programmatique intellectuel », tâcle Jérôme Gleizes. Les Écologistes ont pourtant passé l’été sur le pont, en présentant le 13 juillet leur programme à l’élection présidentielle, un document de plus de 200 pages pour défendre « la prospérité écologique ». Et en sillonnant la France métropolitaine dans un van électrique pour aller à la rencontre des citoyens pour la cheffe du parti et candidate, Marine Tondelier.

Celle-ci n’a pas non plus cessé d’appeler à l’union, se disant notamment « prête à rediscuter avec tout le monde à gauche sans exclusive », et proposant à ses homologues des « rencontres bilatérales ». La France insoumise a balayé la suggestion. « Si Les Écologistes […] veulent s’engager en soutien et dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon, ils sont les bienvenus », a simplement répondu Manuel Bompard, le coordinateur national du parti, au micro de BFM-TV. L’union, mais seulement derrière Jean-Luc Mélenchon, donc.

Cyrielle Châtelain, présidente du groupe écologiste et social à l’Assemblée nationale. © Magali Stora / Reporterre

Un rassemblement encore possible

Certains élus présents considèrent toutefois qu’un rassemblement est encore possible. « Il ne s’agit pas de rallier la cause, il s’agit de passer un accord », dit Martine Billard, assise sur une banquette en plastique. Pour cette ancienne écologiste qui a intégré le Parti de gauche à ses prémices, cet accord, s’il a lieu, doit se faire vite et loin de « l’écologie libérale » de Raphaël Glucksmann. « Ce n’est pas un problème de personne, c’est un problème de projet politique », précise-t-elle.

Face à l’urgence de la situation, si un rapprochement avec les sociaux-démocrates est exclu, Martine Billard ne cache pas ses craintes concernant l’enjeu de cette élection. « L’extrême droite, c’est un danger pour les droits humains mais aussi environnementaux… Et en la matière, on n’a plus le temps ! »

Source: https://reporterre.net/Aux-universites-d-ete-La-France-insoumise-se-presente-comme-le-parti-de-l-ecologie

URL de cet article: https://lherminerouge.fr/wp-admin/post.php?post=107258&action=edit

Article suivant :

Article précédent :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *