
Capuches sur la tête, masque sur le nez, armés de mortiers d’artifice, des groupes de jeunes ont surgi très tôt, jeudi 1er octobre, devant plusieurs lycées de Nantes. Ils ont cassé, incendié, attaqué la police et parfois des élèves. Des interpellations prouvent que des suspects n’avaient rien à voir avec les établissements.
Par Kevin GRETHEN
Ils sont arrivés tôt, en bande. Vêtus de sombre, dans la pénombre du matin, ce jeudi 1er octobre. Certains cagoulés, d’autres masqués. Devant l’établissement de la Colinière, à Nantes-Doulon. Devant De Vinci, à Bottière. Devant Camus, à l’ouest de la ville, aussi. Le temps d’une action éclair, puis la dispersion. Puis un nouveau point de chute. Un jeu du chat et de la souris, qui a fait courir les policiers une bonne partie de la matinée.
C’étaient beaucoup de petits
, décrit un policier de terrain. Dans le jargon, ça signifie des personnes très jeunes, très mobiles. Souvent insaisissables. Ils sont venus clairement foutre le bordel. Rien à voir avec la grande majorité des lycéens avec qui on a pu discuter tranquillement. On sait ce qu’ils vivent, on est passé par là aussi
, expose un officier, plutôt du genre à apaiser la situation. Un membre de la compagnie départementale d’intervention résume ce jeudi en un souffle : C’était chaud.
Policiers et élèves visés par des mortiers d’artifice
Le blocage devait être le moment des lycéens, celui de leurs revendications. Ce jeudi, il s’est transformé en autre chose. Ces groupes ont cassé, incendié. Devant le lycée de la Colinière, ils ont parfois pris à partie les élèves, en tirant dans leur direction au mortier d’artifice, les mêmes projectiles que ceux lancés contre les forces de l’ordre.
Lire aussi : Blocages dans les lycées en Loire-Atlantique : la Préfecture annonce « une absolue fermeté pour les casseurs »
Au lycée Nelson-Mandela, sur l’île de Nantes, une partie du bâtiment est partie en fumée. Les élèves se sont retrouvés spectateurs d’un chaos qu’ils n’avaient pas organisé. Des feux de poubelles seraient à l’origine de l’embrasement du hall de cet établissement récent. Et désormais inutilisable.
« Le même type de débordements que les nuits du Nouvel an »
Alors qui sont ces casseurs ? Ce sont un peu les mêmes que dans les débordements de cités, la nuit du Nouvel an
, observe un policier rompu aux violences urbaines. Même mode opératoire, même outils, même goûts de l’affrontement ». Devant le lycée Carcouet, un véhicule a été détruit par les flammes. « Ce n’est pas un hasard si on a retrouvé les mêmes en train de lancer des pierres sur le commissariat de Rezé, prolonge l’agent. Ces groupes étaient éparpillés partout.
Une partie des interpellations de la journée va dans ce sens. Le procureur de la République Antoine Leroy confirme : Il y a des jeunes de cités qui n’ont rien à voir avec les établissements scolaires.
Vingt-quatre personnes ont été interpellées ce jeudi, trente-six depuis le début des blocages à Nantes. Deux sont majeures.
Après les événements à Nelson-Mandela, des suspects ont été repérés et interpellés. Une enquête spéciale est en cours pour ce fait-là. Nous faisons le tri des éléments
, avance prudemment le procureur.
Les autres personnes interpellées, la majorité
, sont des lycéens. Ils étaient devant leur établissement ou venaient d’ailleurs
, précise-t-il. Une dizaine de mis en cause passeront la nuit en garde à vue. Un a menacé un proviseur, d’autres ont été arrêtés pour leur participation à un attroupement en vue de commettre un délit, ou pour de la casse de mobilier.
Les autres manifestants, eux, avaient préparé pancartes et slogans. Ils avaient des choses à dire, à réclamer. À plusieurs endroits, ils sont repartis déçus, parfois les larmes aux yeux, ne parlant plus que de ce qui venait d’être fracassé ou brûlé.
URL de cet article: https://lherminerouge.fr/wp-admin/post.php?post=109784&action=edit
Article suivant :
Article précédant :
