
Invasion des terres autochtones, suppressions d’agences environnementales… Flavio Bolsonaro, candidat arrivé en tête du 1er tour de la présidentielle brésilienne, porte un programme dramatique pour l’écologie. Il s’inscrit dans la lignée de son père, Jair, laissant entrevoir le pire pour ce pays, essentiel à l’équilibre climatique mondial.
Par Raphaël BEDRNARD
Rio de Janeiro (Brésil), correspondance
Perché sur une énorme enceinte, maillot jaune et vert aux couleurs du Brésil, Flávio Bolsonaro s’adresse à la foule venue l’accompagner lors d’un défilé en voiture le 19 octobre à Marabá, dans l’État amazonien du Para. À six jours du second tour de l’élection présidentielle qui opposera Flávio Bolsonaro, arrivé en tête du premier tour du 4 octobre dernier avec 47,03 % des voix contre 45,16 % pour l’actuel président de gauche Lula da Silva, le fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro promet à ses supporters « d’en finir avec [l]es entraves environnementales ». Une déclaration floue, à l’image du reste de son programme, mais qui n’en annonce pas moins la couleur des quatre années à venir, s’il parvenait à s’imposer. Tour d’horizon.
-* Une référence constante à son père, au bilan écologique catastrophique
Dès son intronisation officielle comme candidat à la présidence de la République pour le Parti libéral (PL) en juillet, Flávio Bolsonaro a donné le ton. Devant une foule de plusieurs milliers de soutiens, il a diffusé une vidéo recréant à l’aide de l’intelligence artificielle la figure de son père, Jair Bolsonaro. L’avatar de l’ancien président d’extrême droite au pouvoir de 2019 à 2023, condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’État, et interdit de toute prise de parole en public, demandait alors au public « d’accueillir à bras ouverts la personne qu[’il a] choisie pour [le] remplacer, le sang de [son] sang, [son] fils Flávio ».
Un message clair, bien que le mandat de Jair Bolsonaro ait été catastrophique d’un point de vue environnemental. En quatre ans seulement, l’ex-militaire a permis la destruction de 6,6 millions d’hectares d’arbres dans tout le pays, dont plus de 4,5 millions en Amazonie. Dès les premiers mois de sa fonction, Jair Bolsonaro a laissé 20 000 orpailleurs criminels envahir le territoire autochtone des Yanomami, un des plus grands du pays. Sous son mandat, le nombre de morts de cette ethnie pour cause de malnutrition a augmenté de 331 %. Une véritable explosion, qui a mené la police fédérale à ouvrir une enquête pour génocide dès 2023.
-* Au Sénat, une activité plus que préoccupante
Élu sénateur à l’occasion des élections législatives de 2018, Flávio Bolsonaro occupe un rôle d’avant-garde dans l’offensive contre la nature menée par son père. En 2019, il a présenté, en tant que coauteur, une proposition de loi mettant fin aux réserves légales, qui obligent les producteurs ruraux à maintenir la végétation native sur 20 % de leurs exploitations — 80 %, dans le cas des champs situés en Amazonie. Une loi qui, selon une étude de l’Université de São Paulo (USP), aurait pu provoquer la destruction de 167 millions d’hectares de forêts.

Cinq ans plus tard, le sénateur réélu a été désigné rapporteur d’un projet d’amendement à la Constitution qui a ouvert la voie à la privatisation des territoires du bord de mer, propriété de l’État fédéral. « La protection de l’environnement ne fait pas partie du spectre idéologique des Bolsonaro, qui la voient comme un frein à la croissance économique », commente José Antonio Puppim de Oliveira, professeur en gouvernance climatique à la Fondation Getulio Vargas.
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Les deux projets de loi avaient ensuite été abandonnés, en grande partie du fait de la réaction négative de l’opinion publique. S’il gagne la présidentielle, Flávio Bolsonaro pourrait se retrouver dans un contexte nettement plus favorable. À l’occasion des élections législatives, tenues en même temps que le premier tour de l’élection présidentielle du 4 octobre, le PL de Flávio Bolsonaro a renforcé sa position de première force à la Chambre des députés, obtenant 121 sièges sur 513, ainsi qu’au Sénat, avec 28 élus sur 81.
« La protection de l’environnement ne fait pas partie du spectre idéologique des Bolsonaro, qui la voient comme un frein à la croissance économique »
Plus encore, en cas de victoire, Flávio Bolsonaro pourra nommer lors de son mandat quatre des onze juges du Tribunal suprême fédéral (TSF), ayant entre autres la tâche de statuer sur la constitutionnalité de projets de loi. En son temps, Jair Bolsonaro y avait déjà nommé deux juges. Le bolsonarisme pourrait donc disposer d’une majorité absolue au sein d’un des principaux contre-pouvoirs de la démocratie du pays.
En décembre 2025, le TSF avait par exemple déclaré inconstitutionnelle la loi du repère temporel, selon laquelle les peuples autochtones ne pourraient revendiquer que les territoires qu’ils occupaient au 5 octobre 1988, date de la promulgation de la Constitution — une thèse ignorant les déplacements forcés dont ces populations ont été victimes depuis le début de la colonisation du Brésil, en 1500.
-* Un affaiblissement des organes environnementaux, au service de la destruction
Dans son programme, Flávio Bolsonaro s’engage à « supprimer les superpositions » entre l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles (Ibama), la Fondation nationale des peuples autochtones (Funai) et l’Institut Chico Mendes de conservation de la biodiversité (ICMBio), trois institutions qui possèdent un rôle de police environnementale. Une promesse « difficile à comprendre », mais certainement pas de bon augure, selon Ciro Brito, avocat spécialisé dans le droit environnemental.
Les propositions de Flávio Bolsonaro incluent un « processus d’autorisation environnementale agile et moderne, assorti d’une sécurité juridique ». L’idée est que si l’Ibama ne statue pas dans un certain délai — qu’il ne précise pas —, l’autorisation environnementale sera accordée automatiquement, analyse la Folha de São Paulo. Actuellement, ces autorisations peuvent être révisées, en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain (sécheresses, inondations, etc.). Flávio Bolsonaro, lui, veut des autorisations fixes et irrévocables pour vingt ans, assorties de pénalités pour l’État en cas de retour en arrière, continue le quotidien.
Des décisions aux conséquences dramatiques, puisque « les instruments de contrôle sont nos principaux outils pour préserver l’environnement », dit Ciro Brito. Les différents groupes criminels à l’œuvre en Amazonie, eux, ont bien compris le message : une semaine seulement après le premier tour de l’élection, le nombre de départs de feux a doublé.

-* Une nouvelle offensive sur les terres autochtones pour le plus grand plaisir de l’agronégoce
« Si cela dépend de notre gouvernement, aucune réserve [autochtone] ne sera délimitée car la vocation de l’État est la production. » La déclaration de Flávio Bolsonaro, prononcée le 22 avril dernier à l’occasion d’une foire agricole dans l’État du Mato Grosso, est déjà un programme en soi.
Le candidat d’extrême droite se défend pourtant de tout racisme, affirmant vouloir défendre « l’autonomie » des peuples autochtones… avec des arguments aux relents racistes. « [Les autochtones] ne veulent plus être des animaux de zoo que les touristes paient pour voir danser et faire du feu avec du bois », expliquait par exemple le candidat dans un podcast le 6 août dernier.
« Aucune réserve autochtone ne sera délimitée car la vocation de l’État est la production »
Flávio Bolsonaro érige ainsi en modèle une partie des ethnies Pareci, Manoki et Nambikwara, du Mato Grosso, qui se sont converties à la production intensive de soja. « Les bolsonaristes véhiculent l’idée que ces communautés doivent être productives, contribuer à l’économie. C’est ignorer que ces communautés sont extrêmement productives en matière de conservation : les territoires autochtones ne représentent que 1,7 % de la déforestation », souligne Ciro Brito.

L’absence de nouvelles démarcations, couplée à l’affaiblissement des organes environnementaux, signifierait surtout un blanc-seing à la violence contre les peuples autochtones. Le 12 octobre, la Folha de São Paulo révélait par exemple que des membres de l’ethnie Apyterewa, dans l’État amazonien du Pará, avaient déjà reçu des menaces d’invasion en cas d’élection de Flávio Bolsonaro.
-* Un appétit vorace pour les terres rares et les ressources minérales
Sans donner plus de détails, Flávio Bolsonaro a également manifesté son intention d’encourager l’exploitation du gaz de schiste, avec la technique du fracking (fracturation hydraulique), hautement nocive pour les sous-sols et pour les ressources d’eau potable. Jair Bolsonaro avait également exprimé son enthousiasme, sans que de tels projets ne voient le jour — certains avaient été bloqués par la justice. L’assouplissement promis par Flávio Bolsonaro pourrait bien redistribuer les cartes.

Reste que le candidat d’extrême droite possède un point commun avec Lula, son rival : tous deux comptent développer l’exploitation des terres rares du pays (des métaux utilisés dans la fabrication de technologies récentes ou d’avenir), qui dispose des deuxièmes plus grandes réserves au monde. Là où l’ex-syndicaliste y voit la possibilité de continuer à développer le Brésil, Flávio Bolsonaro, lui, a proposé de devenir le fournisseur de Donald Trump. En mars 2026, au Texas, le candidat présentait les terres rares brésiliennes comme « une solution » pour les États-Unis, largement dépendants de la Chine.
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