
© Ludovic MARIN / AFP
Après avoir creusé la dette avec leurs cadeaux aux plus riches, les macronistes ressortent la vieille rengaine de l’urgence financière pour imposer une nouvelle cure d’austérité. Et regardent déjà du côté du RN pour sauver la copie de Sébastien Lecornu.
Par Emilio MESLET
Voilà venue l’heure du défilé annuel des oiseaux de mauvais augure, qui, chaque mois de septembre, migrent dans les médias pour annoncer l’apocalypse budgétaire. La saison a débuté un peu avant le week-end avec l’entretien au Figaro du premier de la nuée, Sébastien Lecornu, qui « propose » un « effort d’environ 54 milliards d’euros » dans les prochains budgets de l’État et de la Sécurité sociale, présentés sous quinze jours. Autrement dit, une saignée inédite des finances publiques, supérieure de 24 milliards à la somme envisagée il y a quelques semaines.
Après quasiment dix années de macronisme, les chantres de l’austérité ne prennent d’ailleurs plus la peine de changer les éléments de langage pour tenter de nous faire avaler la pilule. Si le premier ministre promet – entre autres – le gel du point d’indice des fonctionnaires, des « efforts sur les arrêts maladie » pour un montant de 2 milliards d’euros ou encore 2,5 milliards d’économies sur le ministère du Travail, c’est parce que, sans ces mesures, « le déficit 2027 tutoierait les 6,5 % du PIB » plutôt que les 4,8 % espérés (sans prise en compte des dépenses militaires).
Et ce « dans la stabilité fiscale ». « Ces efforts aujourd’hui permettent d’éviter des sacrifices demain », dramatise-t-il, agitant dès à présent la menace de l’utilisation de l’article 49.3 pour mettre fin aux débats parlementaires.
L’ensemble de la gauche devrait voter la censure
Pour le ministre des Comptes publics, David Amiel, dans la Tribune dimanche, il faut « protéger les finances publiques pour protéger la présidentielle ». Mais la palme revient à sa prédécesseure, désormais première présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, auprès du Parisien : « Chaque mois d’inaction aggrave l’asphyxie financière qui nourrit elle-même la défiance de nos concitoyens. Nous sommes à l’heure du choix probablement le plus important de la Ve République. »
« Celles et ceux qui ont creusé la dette à coups de cadeaux aux plus riches et aux grandes entreprises viennent maintenant présenter la facture aux Français. Il fallait oser ! » a critiqué Fabien Roussel, candidat communiste à la présidentielle. Et Éric Coquerel, président insoumis de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, d’ajouter : « Avec son dernier budget, le gouvernement répète ses erreurs : il reste marqué par le sceau du déni de la politique de l’offre. » En conséquence, l’ensemble de la gauche devrait voter la censure, comme l’ont affirmé les présidents des groupes à la Fête de l’Humanité, y compris le socialiste Boris Vallaud, pour qui cette option est « vraisemblable ».
Ceci expliquant cela, l’exécutif semble vouloir s’appuyer sur le RN pour doter la France d’un budget. « Il vaut mieux un mauvais budget transformable que pas de budget », justifie déjà Laurent Jacobelli, porte-parole du parti à la flamme.
Mais pour se prémunir d’une volte-face de la formation lepéniste, Sébastien Lecornu donne des gages. Et pas des moindres : la préférence nationale. La mesure phare de l’extrême droite s’appliquerait dès le budget, avec l’instauration d’un délai de carence pour certaines prestations sociales aux étrangers.
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