Budget 2027 : tout comprendre au nouveau tour de vis budgétaire toujours plus inégalitaire (H.fr-19/08/26)

Retraites, aides aux familles, collectivités… On fait le point sur les coupes poussées par le gouvernement.
© NICOLAS MESSYASZ/SIPA/2607071840

Le ministère de l’Économie a consacré l’été à identifier, avec l’inspection générale des finances, des pistes d’économies pour réduire le déficit budgétaire. Dans la continuité de la politique macroniste, elles fragilisent toute des aides aux catégories populaires et moyennes. Ni les grandes entreprises ni les grosses fortunes ne sont mises à contribution.

Par Hélène MAY

Avec la fin de l’été, c’est le grand retour de la bataille budgétaire. Malgré le coût encore non évalué des catastrophes de l’été (canicule, sécheresse et incendies), le gouvernement Lecornu est déjà en quête d’économies pour donner des gages à l’Union européenne, campée sur son dogme d’un déficit maximal à 3 % du PIB. Mi-juillet, des économistes missionnés par l’inspection générale des finances (IGF) avaient déjà mis la barre très haut.

Dans leur rapport, ils estimaient que sans action spécifique, « le déficit augmenterait fortement dès 2027, pour atteindre 5,9 % du PIB », et recommandaient 125 milliards d’économies d’ici à 2032. Le gouvernement a revu à la baisse l’objectif, tablant désormais sur un déficit inférieur à 5 % du PIB au lieu des 4,3 % préalablement annoncés, mais la facture risque d’être salée.

Les super-riches peuvent dormir tranquilles

D’autant que pour y parvenir, le cabinet Lecornu, dans la droite ligne de la politique menée depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, n’envisage pas d’aller chercher des recettes supplémentaires. Tout au plus le premier ministre a-t-il envisagé dans Paris Match « d’interroger l’efficacité de certaines niches fiscales et de lutter contre la fraude et l’optimisation ».

Une façon polie de fermer la porte à une remise en cause, même partielle, d’une politique fiscale de moins en moins redistributive, notamment en matière de patrimoine. « Dès qu’on parle de stabilité fiscale, on comprend qu’il n’y aura pas de taxe Zucman, pas de retour de l’impôt sur la fortune, pas de taxe sur les superprofits », résume Vincent Gath-Drezet, secrétaire général d’Attac.

Une posture plus conciliante

Mais pour le dernier budget de l’ère Macron, le gouvernement voudrait s’épargner d’interminables débats parlementaires à l’approche de la campagne pour l’élection présidentielle de 2027. « Politiquement, l’enjeu est d’obtenir un budget pour atteindre les élections sans censure et sans trop de remous. Mais aussi d’afficher une baisse même modeste des déficits publics, sous la barre symbolique de 5 %, pour rassurer les marchés financiers et se conformer vaguement aux orientations européennes, analyse Vincent Gath-Drezet. Il va donc falloir jouer sur les dépenses mais avec un discours qui consiste à dire : on ne fait pas de coupes sombres mais tout le monde doit faire des efforts, l’État, les collectivités locales, la Sécurité sociale, et on va essayer de rassurer les classes moyennes et populaires en leur expliquant qu’elles ne vont pas être mises à contribution. »

D’autant que, comme l’année dernière, le gouvernement risque d’avoir besoin du soutien du PS pour faire passer son budget. Résultat, exit les discours agressifs sur les assistés, mais des pistes d’économies présentées comme réparties et même parfois comme des instruments pour réintroduire plus d’égalité.

Faire payer les retraités

Mais le désengagement de l’État est toujours au rendez-vous. L’inspection des finances et le gouvernement ont commencé cet été à passer en revue une série de pistes d’économies. Pensions de retraite, politique familiale, logement social et aides aux collectivités sont dans le viseur, sans parler des fonctionnaires et des chômeurs, avec, à la clé, une nouvelle dégradation des services publics et des coupes dans les aides aux ménages.

« Une logique mortifère, alors qu’il faudrait investir et développer le pays », déplore Jean-Marc Durand, responsable de la commission économique du PCF, en rappelant que « l’enjeu essentiel est au contraire d’investir pour créer des emplois de qualité, décarboner l’industrie et créer les richesses qui permettront d’alimenter les comptes sociaux ».

Parmi ces pistes d’économies présentées comme des instruments de justice sociale, la désindexation des retraites sur l’inflation. Plus question d’un gel de l’ensemble des pensions, comme l’avaient proposé les gouvernements Bayrou et Barnier avant d’y renoncer face aux levées de boucliers. Au contraire.

Dans un entretien à Libération le 13 août, le ministre de l’Économie Roland Lescure a indiqué que « la question de la contribution des retraités aisés à l’effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, mérite d’être posée » à condition de « préserver les retraités les plus modestes ».

Si les modalités de cette mise à contribution ne sont pas encore arrêtées, elle pourrait prendre la forme d’une décorrélation totale ou partielle des retraites supérieures à 2 000 ou 3 000 euros de l’inflation. Mais le gouvernement ouvre en réalité une boîte de Pandore. « Ces baisses préfigurent un basculement. Elles permettent de rendre les pensions insuffisantes pour pouvoir dire ensuite que le système actuel ne fonctionne pas », prédit Jean-Marc Durand.

Le logement toujours à la diète

Autre secteur mis à contribution, le logement, pourtant premier poste de dépense des Français, au point de devenir inaccessible pour un nombre croissant d’entre eux. Dans la continuation du désengagement prôné par le président Macron dès son arrivée au pouvoir, l’IGF a élaboré plusieurs scénarios allant de 1 à 3 milliards d’euros d’économies.

Outre la suppression des APL pour les étudiants extracommunautaires et pour ceux rattachés aux foyers les plus aisés – une mesure là encore présentée comme propre à « accroître la contribution des ménages aux revenus moyens à élevés » –, les bailleurs sociaux pourraient de nouveau être mis à contribution. Dans son scénario le plus radical, l’IGF évoque « la suppression de l’exonération d’impôt sur les sociétés, le développement de la vente de logements, la hausse de la TVA sur la production de logements sociaux et intermédiaires, associée à une compensation via les taux de prêts ».

Autant de coupes qui s’ajouteraient au plus de 1 milliard d’euros déjà prélevés tous les ans sur le budget des organismes HLM, alors que le nombre de demandeurs de logement social s’approche de la barre des 3 millions.

Haro sur les aides aux familles

Les aides aux familles sont aussi dans le viseur. Au nom de la « cohérence » et de « l’égalité de traitement entre familles », toute une série de mesures est envisagée par l’IGF pour réaliser 4,2 milliards d’euros d’économies, dont 2,5 milliards à court terme.

La plus « rentable » est la transformation en forfait de la majoration de pension de retraite accordée aux parents de trois enfants. Présentée comme un gage d’égalité homme/femme – l’évaluation du montant de cette aide se faisant actuellement en pourcentage du salaire, ce qui désavantage les femmes –, elle permettrait 1,1 milliard d’économies en nivelant tout le monde par le bas.

D’autres mesures pourraient être encore plus pénalisantes pour les familles modestes, ou moyennes, comme la suppression de la demi-part fiscale spécifique accordée aux contribuables ayant élevé seuls un enfant par le passé ou encore celle de la réduction d’impôts pour frais de scolarité. À l’œuvre, une logique de grignotage dangereuse. « Commencer à jouer avec les prestations, c’est potentiellement mettre un pied dans la porte pour ensuite descendre le curseur en supprimant des aides », met en garde Vincent Gath-Drezet.

Les collectivités locales et les fonctionnaires encore essorés

Même les collectivités locales, pourtant exsangues depuis la suppression de la taxe d’habitation et confrontées à la hausse continue de leurs dépenses sociales, ne seraient pas épargnées. L’IGF suggère, via différents mécanismes, de réduire le montant des fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA), un système par lequel l’État leur rembourse la TVA payée sur leurs dépenses d’investissement.

L’ajustement peut paraître marginal, mais il s’inscrit dans un contexte financier dégradé, l’État ne compensant déjà pas le coût des compétences qu’il a transmises aux collectivités.

Au-delà de ces pistes, la poursuite du démantèlement de la Sécurité sociale via l’affaiblissement de sa capacité à répondre aux besoins est aussi dans les cartons. Des décrets publiés cet été entérinent ainsi la baisse de remboursement des soins dentaires et du transport sanitaire. Les fonctionnaires, cible obsessionnelle de la droite, ne sont pas non plus épargnés.

Le gouvernement a déjà prévu le gel du point d’indice, qui avec une inflation supérieure à 2 % équivaut à une baisse de salaire. L’IGF propose aussi des économies sur leurs primes, qui pourtant permettent de compenser la faiblesse de salaires parfois inférieurs au Smic. Une logique globale d’austérité aux dépens des catégories moyennes et populaires qui passe à côté du besoin vital d’investir dans la transition et de relancer l’économie.

Source : https://www.humanite.fr/social-et-economie/aide-au-logement/budget-2027-tout-comprendre-au-nouveau-tour-de-vis-budgetaire-toujours-plus-inegalitaire

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