
© Huchot-Boissier Patricia/ABACA
Alors que la multiplication des crises cet été a montré le rôle indispensable joué par les fonctionnaires, la CGT appelle à une mobilisation générale pour sortir d’une logique de coupes budgétaires prônée par la droite et le patronat.
Par Hélène MAY
Entre les effets sanitaires de la canicule ou les feux de forêts, l’enchaînement de catastrophes cet été a montré une fois de plus qu’en cas de crise, ce sont les services publics qui font face. « Quand tout brûle, personne ne demande aux agents d’être rentables. On leur demande d’être là, et ils le sont », a rappelé Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, à l’occasion d’un rassemblement, le 8 septembre en fin de journée devant le ministère de l’Économie.
Alors que s’ouvrent les débats sur le budget 2027, la centrale syndicale appelle à se mobiliser pour contraindre le gouvernement à sortir de la seule logique des économies budgétaires prônées depuis des années. « Le budget n’est pas qu’une ligne dans un fichier Excel. C’est notre capacité à protéger la population », a martelé la secrétaire générale en appelant le 29 septembre à une large mobilisation, au-delà des agents directement concernés, pour sauvegarder ce bien commune.
Tous les secteurs sont concernés par les coupes budgétaires
S’il est impératif de changer de logique c’est que, de plans de rigueur en budgets d’austérité, les services publics ne parviennent plus à protéger les citoyens. « Quand on ferme le robinet financier, il se passe ce qu’on a vu cet été avec les feux de forêts, face auxquels nos collègues pompiers n’étaient pas assez nombreux et manquaient d’équipement », a donné en exemple Nataché Pommey, secrétaire générale de la Fédération CGT des Services publics.
Et pas un secteur n’est épargné. Depuis la santé en berne, avec l’apparition d’indicateurs inquiétants comme la hausse de la mortalité infantile, ou celle du renoncement aux soins. Jusqu’à l’enseignement, avec des résultats en chute libre et des inégalités qui s’enkystent, en passant par les logements, en nombre insuffisants et inadaptés aux défis climatiques faute d’investissements, ou l’aide à l’enfance où maltraitance et mauvais placements se multiplient : partout la logique d’économies à tout prix fait des dégâts.
Même les services rentables pour l’État sont à l’os. Carole Douspis, qui fait des contrôles fiscaux dans la Nièvre, et membre du conseil général de la CGT Finances publiques, raconte par exemple comment elle a vu son administration fondre comme neige au soleil. Le service de contrôle des entreprises du département est ainsi passé de plus de 15 fonctionnaires en 2010 à une seule aujourd’hui.
« Il y a cinq ans, ils ont fermé la brigade de vérification, ce qui fait qu’il n’y a plus eu d’agents sur le terrain. Et depuis août, il n’y a plus de service de vérification pour les entreprises », relate la syndicaliste. Résultat : « Il y a de beau discours sur les rentrées fiscales, mais maintenant, quand une entreprise fait une demande de crédit de TVA, si c’est en dessous de 10 000 euros, on lui accorde d’office, sans même faire de contrôle », peste-t-elle.
Les ravages du « fonctionnaires bashing »
En première ligne de ce désengagement, les agents de la fonction publique. Au fils des ans, ils ont vu leurs conditions de travail se dégrader, jusqu’à les mettre dans l’incapacité d’assurer leurs missions. Victimes d’un « fonctionnaires bashing » incessant qui les présente comme des profiteurs inutiles et des fainéants, ils ont aussi vu leur niveau de vie sombrer, depuis que le gouvernement a mis fin à l’indexation de leurs salaires sur l’inflation.
« La dernière réévaluation du point d’indice date de juillet 2023. Depuis notre pouvoir d’achat a baissé de 5,37 % et de 15,62 % depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir », calcule Sylvie Aebischer, co présidente de l’UFSE CGT. « On assiste à un changement de modèle salarial avec la fin du pilotage global via le point d’indice, remplacé par un pilotage par primes individuelles » analyse-t-elle. Tout cela creuse les inégalités entre agents, entraîne une perte d’attractivité dangereuse et met à mal la capacité des services à répondre aux besoins.
Dans un plan en dix points prioritaires, la CGT appelle à sortir de cette logique mortifère pour réaliser les investissements d’avenir dont le pays a besoin : adaptation au changement climatique, éducation, recherche, protection contre les violences faites aux femmes et aux enfants, mais aussi logement, infrastructures… les besoins sont immenses. Pour cela, des moyens existent et peuvent être mobilisés. « Il faut un grand choc de justice fiscale », plaide Sophie Binet, secrétaire générale.
La centrale demande notamment, et cela fait partie de ses dix points, de conditionner les 211 milliards d’euros d’aide publique déversés tous les ans sur les entreprises et la fin des exonérations de cotisations sociales. Au-delà, elle propose aussi une remise à plat des milliards d’euros de cadeaux fiscaux fait aux plus riches depuis 10 ans, qui n’ont fait qu’aggraver une dette publique ensuite brandie pour exiger des économies.
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