
Plus de 250 marches et rassemblements sont organisés ce samedi 26 septembre contre l’inaction climatique. Des initiatives organisées localement avec l’ambition de structurer un mouvement social d’ampleur.
Par Stéphane GUERARD
Et si la colère n’était pas vêtue de jaune, mais de vert ? En attendant une hypothétique résurgence des Gilets jaunes le 17 octobre prochain, le mouvement climat reprend du service. Ce samedi, plus de 250 marches et rassemblements sont organisés à travers la France. Avec pour slogan non plus seulement une revendication de justice climatique et sociale, mais quatre mots d’ordre plus globaux « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale ».
Dix-sept ans après les défilés des ONG environnementalistes en marge de la COP 15 à Copenhague, six ans après les vendredis pour le climat d’une jeunesse aiguillonnée par des leaders influenceurs de la justice sociale et climatique, les manifestations de ce week-end partent, elles, en rhizomes, au niveau local, sans organisateurs proclamés. Mais avec pour moteur le sentiment partagé d’urgence à agir tous azimuts afin de vivre le mieux possible dans un monde en dérèglements accélérés.
« On a tous été touchés par les fortes chaleurs, la sécheresse. On a tous été paralysés par ce qui nous est arrivé. On a tous vécu la même peur, la même colère de voir que rien n’avait été fait pour nous préparer, nous adapter. Nous, nous proposons juste de changer la peur en mobilisation », explique Benjamin Ball. Ce salarié de l’association Bio Consom’acteurs fait partie des sept personnes engagées pour une écologie transformatrice, détonateurs de ce branle-bas de combat vert.
47 687 signatures et trois plans d’urgence
L’idée d’une tribune courait entre elles depuis le printemps pour interpeller Emmanuel Macron sur son inaction. « Qui aurait pu prédire la crise climatique ? Personne ne pouvait l’ignorer, parce que tout était écrit », ironise son intitulé. Très vite, 400 personnes la paraphent. Par le biais d’une newsletter, ces « individus connus ou pas connus ont créé les moyens d’amplifier la mobilisation jusqu’à l’organisation de ces 250 points de lutte », reprend Benjamin Ball.
L’appel, qui affichait ce jeudi 47 687 signatures, revendique trois plans d’action pour ne plus vivre de nouveaux étés meurtriers. Un plan d’urgence pour assurer les conditions de vie des personnes les plus fragiles et la protection des travailleurs. Un plan d’adaptation pour rénover les bâtiments et restaurer le vivant.
Et un plan de sortie des énergies fossiles, principaux pourvoyeurs de gaz à effet de serres. Le tout serait financé par une taxe sur les superprofits du secteur pétrolier et gazier, des industries de l’armement et par un impôt climatique sur les grandes fortunes.
L’incitation à battre le pavé ralliera-t-elle plus largement que les convaincus ? Anne Bringault, du Réseau action climat, opine : quand a été lancée mercredi dernier l’interpellation publique des candidats à la présidentielle pour qu’ils répondent aux urgences écologiques et sociales, « nous avons été surpris par la diversité des organisations qui nous ont rejointes. Des associations de locataires, d’infirmiers, de malades, de médecins, des fédérations de retraités, de pompiers, des syndicats d’aide à domicile… Tous ont été si choqués par ce qu’ils ont vécu cet été dans leur vie privée, professionnelle, qu’ils demandent que soient prises des actions fortes. »
Jean François Julliard qui, avec France Nature environnement, a organisé un tour de chauffe revendicatif devant Bercy le 15 septembre dernier, corrobore : « Les personnes qui avaient participé aux marches climat de 2009 et 2019 seront certainement là. Mais on va aussi voir bien d’autres gens. Depuis cet été, on sent un regain, une envie renouvelée de s’engager. »
S’organiser en assemblées locales
Les témoignages de signataires de la pétition, de tous âges mais majoritairement féminins, ne disent pas autre chose. Ainsi, Nora, Drômoise de 15 ans, s’« engage car (elle) veux que les jeunes de (son) âge comprennent ; je veux pouvoir vivre en paix et avoir des enfants. » « Pour nos petites filles, je ne veux pas être restée sans rien faire », renchérit Marie-Agnès, 74 ans, du Lot-et-Garonne.
Samedi soir, ce mouvement qui se veut horizontal devrait commencer à se structurer avec la tenue d’assemblées locales de 1 000 personnes maximum. « Il faut être démocratiques, capables de donner la parole à toutes les personnes qui ont manifesté pour définir ce que ce mouvement veut, avec les organisations en soutien pour permettre aux gens de s’auto-organiser et de créer une mobilisation sociale de masse », explique Benjamin Ball, vétéran des Indignés comme de Nuit debout.
Une rencontre nationale est prévue à Moularès dans le Tarn, les 31 octobre et 1er novembre, prochaine grande mobilisation, avant un nouveau week-end de mobilisations les 14 et 15 novembre.
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