
La végétalisation des cours d’écoles initiée par les Écologistes à Strasbourg est remise en question par la nouvelle mairie socialiste. Une décision « irresponsable » après un été de canicules, dit la maire sortante.
Par Paciane ROUCHON
Six mois après sa victoire aux élections municipales, la maire de Strasbourg, Catherine Trautmann (Parti socialiste), souhaite repenser la végétalisation des cours d’écoles, initiée par son ancienne rivale, Jeanne Barseghian (Les Écologistes). « L’idée n’est pas d’interrompre la végétalisation », promet Céline Geissmann, qui fait sa première rentrée en tant qu’adjointe socialiste chargée de l’éducation.
C’était l’un des projets phares de Jeanne Barseghian pour adapter la ville au changement climatique. En déminéralisant les larges surfaces bitumées des 136 cours d’écoles de la capitale alsacienne, les Écologistes espéraient lutter contre les îlots de chaleur urbains et favoriser le drainage des eaux de pluie vers la nappe phréatique.
Au cours du mandat, 70 % des écoles maternelles et élémentaires ont bénéficié d’une végétalisation de leur cour. Un résultat qui aurait pu atteindre les 100 % « d’ici deux à trois ans », d’après Jeanne Barseghian, si les travaux s’étaient poursuivis à rythme constant.
Des finances « très contraintes »
« Nous souhaitons dresser un bilan de ce qui a fonctionné ou pas », indique Céline Geissmann, qui explique avoir reçu des retours négatifs de certains établissements. « Parfois, on nous dit que tel jeu ne convient pas, qu’il faudrait le retirer, relate-t-elle. On aimerait comprendre pourquoi on se retrouve dans cette situation, qui représente une perte d’argent pour la collectivité. »
L’adjointe questionne également l’efficacité des « îlots de fraîcheur » promis par les Écologistes. « Les arbres plantés dans les cours sont souvent trop jeunes pour apporter de l’ombre, observe-t-elle. Les directeurs d’écoles me disent que pendant la canicule de juin, les cours végétalisées ne suffisaient pas pour que les enfants puissent jouer dehors. »
En guise d’alternative, la Ville envisage de développer une « école du dehors » dans la forêt. Une solution qui permettrait d’offrir des refuges climatiques à certains enfants pendant les canicules, mais ne contribuerait pas à la lutte contre les îlots de chaleurs urbains.
« Si on développe l’école du dehors, peut-être qu’on ne végétalisera pas 100 % des cours, car le budget n’est pas extensible et on récupère des finances très contraintes », indique l’élue socialiste, dont le camp accuse régulièrement les Écologistes d’avoir fait exploser la dette.
« Pour la sobriété, on repassera »
La maire sortante, Jeanne Barseghian, fustige la décision de ses rivaux socialistes. « C’est irresponsable et complètement anachronique au lendemain d’un été de canicules dont les gens ont particulièrement souffert », commence-t-elle, avant de s’interroger : « Qu’est-ce qu’on fait des concertations qui ont déjà eu lieu ? On va les reprendre en 2028 ? »
Quatorze écoles étaient engagées dans un processus de concertation au cours de l’année scolaire 2025-2026. Pendant plusieurs mois, enseignants, équipes périscolaires et techniques, parents et élèves ont participé à des ateliers pour construire ensemble le projet de transformation de leurs cours. Questionnée à ce sujet, Céline Geissmann confirme son intention de reprendre les concertations inachevées, sans donner de date à ce stade.
Au-delà de la végétalisation, celle qui siège désormais dans l’opposition a le sentiment de voir les acquis de son mandat détricotés par la nouvelle maire socialiste. Parmi eux, le rallumage de l’éclairage public, éteint par les Écologistes entre 1 heure et 5 heures du matin dans certains quartiers afin d’économiser l’électricité et de créer une « trame noire » pour relier des refuges de biodiversité entre eux. « Pour le message de sobriété, on repassera », ironise Jeanne Barseghian.
À la liste de ces « acquis détricotés », l’élue écologiste mentionne également la diminution des tarifs de stationnement. Ces derniers avaient subi une forte hausse au cours de son mandat, avec une volonté assumée de chasser les voitures du centre-ville, en proposant notamment des parkings relais en périphérie. Cette mesure avait suscité un fort mécontentement parmi les Strasbourgeois. « Il s’agit d’un gros manque à gagner pour la Ville », estime-t-elle en réponse aux accusations de mauvaise gestion budgétaire.
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