Ceuta : un afflux massif de migrants en provenance du Maroc fait plus de 30 morts tandis que l’Internationale brune se déchaîne (H.fr-31/07/26)

Le gouvernement espagnol a annoncé la fermeture de la frontière de Melilla et le déploiement des forces armées à Ceuta afin d’« apporter un soutien à la Garde civile ».© JORGE GUERRERO / AFP

Environ 60 000 personnes ont franchi la frontière vers l’enclave ibérique. Un nouvel épisode qui alimente les discours xénophobes de l’extrême droite espagnole.

Par Luis REYGADA

Des rumeurs, faisant état d’une ouverture de la frontière au point de passage de Bab Sebta, pourraient être à l’origine de l’afflux de migrants en provenance du Maroc que connaît depuis dix jours l’enclave espagnole de Ceuta. Ont-elles été orchestrées par le royaume chérifien, souvent accusé par les Européens de recourir au « chantage migratoire » ? Une chose est sûre : avec 60 000 personnes ayant traversé la frontière – majoritairement des jeunes hommes et des adolescents -, il s’agit de l’arrivée de migrants la plus importante depuis 2021 et elle intervient quelques jours seulement après une visite de Pedro Sánchez en Algérie.

Le 20 juillet, le président du gouvernement espagnol s’est en effet rendu chez le voisin du Maroc, après plusieurs années de brouille diplomatique entre Alger et Madrid. Ce vendredi 31 juillet, il s’est rendu à Ceuta et a dénoncé une « attaque » et une « atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne. » Il a également stigmatisé des « mafias de trafiquants d’êtres humains ».


Le précédent de mai 2021

La dernière arrivée massive de migrants en provenance du Maroc – plus de 10 000 personnes avaient atteint Ceuta en deux jours, en mai 2021, « à la faveur d’un relâchement des contrôles par Rabat » dixit l’AFP – avait aussi pour toile de fond des tensions diplomatiques. L’Espagne avait alors accueilli le chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario – soutenus par l’Algérie – sur son territoire, pour y être soigné.

La brouille avait pris fin un an plus tard, quand l’Espagne avait apporté son soutien au plan marocain sur le Sahara occidental. Toutefois, lors de son passage sur place ce vendredi, Pedro Sánchez a accusé les « mafias » de passeurs de profiter d’un vide juridique pour encourager les entrées à Ceuta.

Plus de 30 migrants morts noyés

Le gouvernement espagnol a annoncé la fermeture de la frontière de Melilla et le déploiement des forces armées à Ceuta afin d’« apporter un soutien à la Garde civile ». Selon les autorités espagnoles, plus de 30 personnes ont trouvé la mort alors qu’elles tentaient de rejoindre Ceuta par la mer, ce jeudi.

Une traversée qui peut tarder entre deux et quatre heures et s’étirer sur plusieurs kilomètres, souvent au départ de la ville marocaine de Fnideq, et que beaucoup de migrants entreprennent avec de simples bouées, parfois sans savoir nager.

« La pression migratoire persistera tant que l’Europe maintiendra (ses) portes fermées. Il faudrait plutôt mieux se préparer à gérer une réalité qui se répète chaque année (en prévoyant des voies légales et sûres pour migrer) », a déclaré Virginia Álvarez, membre d’Amnesty International – Espagne, au média espagnol Público. Ce jeudi, le média ElDiario publiait plusieurs témoignages de migrants exprimant leur désir de fuir la misère et de trouver un emploi en Espagne, afin d’aider leurs familles.

Alors que certaines voix accusent la Cour suprême espagnole d’avoir créé un « appel d’air migratoire », avec son récent arrêt – du 8 juillet – interdisant de « refouler à chaud » des personnes entrant à la nage à Ceuta et à Melilla, d’autres rappellent que les tentatives de passages par voies maritimes étaient en augmentation avant même la décision de la Cour suprême. Faut-il y voir une tentative de récupération politique ?

Propos haineux et xénophobes

Sans aucun doute, pour Mauricio Valiente, qui dénonce une instrumentalisation du phénomène migratoire à des fins partisanes. « Les propos que nous entendons vont au-delà de la xénophobie, puisqu’ils visent même à lancer une campagne destinée à influencer les élections en Espagne », assure le président de l’ONG Commission espagnole d’aide aux réfugiés (CEAR).

Qualifiant d’« invasion » l’arrivée massive de migrants enregistrée ces derniers jours, le leader du parti d’extrême droite Vox, Santiago Abascal, n’a pas hésité à exprimer des propos violents et haineux contre les migrants et contre le gouvernement de son pays, coalition de gauche dirigée par les socialistes espagnols. « Pour chaque viol, chaque coup de couteau et chaque coup porté au portefeuille des Espagnols pour subvenir à leurs besoins… il y a un coupable direct : le chef de la mafia qui fait appel désespérément à davantage de tueurs à gages pour se maintenir au pouvoir », a-t-il déclaré en faisant allusion à Pedro Sánchez.

Côté européen, la Première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni a annoncé jeudi vouloir fermer l’espace Schengen à l’Espagne, un projet aussitôt condamné par Madrid mais soutenu ce vendredi par la ministre finlandaise de l’Intérieur, Mari Rantanen (droite populiste).

Pour sa part, le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé qu’il prévoyait un renforcement des contrôles à la frontière, avec l’activation de la « Force Frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur ». À Washington, des hauts responsables de la Maison Blanche se sont saisis du dossier pour défendre la politique répressive de Donald Trump sur l’immigration.

Source: https://www.humanite.fr/monde/emigration/ceuta-un-afflux-massif-de-migrants-en-provenance-du-maroc-fait-au-moins-27-morts-tandis-que-linternationale-brune-se-dechaine

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