Colonisation israélienne : un nouveau rapport révèle des violences sexuelles « systématisées » contre les Palestiniens (H.fr-30/06/26)

La prison de Sde Teiman est réputée pour les tortures et les violences sexuelles infligées aux détenus palestiniens.
© Lucien Lung / Riva Press

Dans un rapport rendu public ce mercredi, deux ONG documentent les violences sexuelles dont sont systématiquement victimes Palestiniens et Palestiniennes, dans la logique coloniale et génocidaire du gouvernement israélien.

Par Elisabeth FLEURY

Un travail de recherche de plusieurs mois, conduit entre décembre 2025 et avril 2026, mené conjointement par un collectif de femmes palestiniennes (Palestinian Feminist Collective) et l’ONG Progressive International. À partir de témoignages difficiles à obtenir, de données israéliennes déclassifiées, de vidéos tournées par les soldats eux-mêmes. Mais aussi de travaux d’ONG et de rapports d’experts internationaux.

À la fin, un rapport de 180 pages intitulé « Un État prédateur », qu’on parcourt en apnée, en retenant ses larmes et sa colère. L’illustration, documentée et détaillée, d’une des composantes maîtresses de la colonisation israélienne depuis 1948 : « La systématisation des crimes sexuels dans le but de détruire le peuple palestinien », résume le rapport. En l’attaquant au plus profond de son intimité. Dans son estime de lui-même. En saccageant, par tous les moyens, les fondements même de son fonctionnement communautaire.

« La torture sexuelle » comme « arme de guerre »

Les premiers témoignages de viols remontent à la Nakba, en 1948. Dans un rapport déclassifié daté du 12 août 1949, un certain Moshe raconte avoir tué « un Arabe armé ». « J’ai pris sa femme comme prisonnière. La première nuit, mes hommes l’ont abusée et le jour suivant, j’ai fait ce qu’il fallait pour qu’elle disparaisse du monde. »

Que ce soit pendant la guerre de 1967 ou durant les intifadas qui se succèdent à partir de 1986, les témoignages de viol, de torture et de castration se multiplient, côté palestinien, notamment dans les prisons où ils sont envoyés massivement.

« La torture sexuelle devient une arme de guerre, à la fois contre les prisonniers palestiniens et contre les détenus au cours de leur interrogatoire », dénonce le rapport des ONG. En 1999, sous la pression internationale, la Cour suprême israélienne finit par limiter l’usage de la torture à l’égard des détenus palestiniens, « sauf dans certains cas exceptionnels ». Une façon comme une autre de légaliser les abus.

S’appuyant notamment sur les travaux du Comité public contre la torture en Israël (PCATI), le rapport évoque le cas de plusieurs détenues qui, en 2002, sont placées à l’isolement, forcées de rester dénudées des jours durant, menacées de viol.

Derrière les barreaux, les enfants palestiniens ne sont pas non plus épargnés. Dès 2010, l’association Defense for Children-Palestine saisit le rapporteur spécial de l’ONU de menaces et d’agressions sexuelles perpétrées sur 14 enfants. Onze ans plus tard, la même association décrit les tortures et le viol d’un garçon de 15 ans, au cours d’un interrogatoire. Parfois, c’est au moment de l’arrestation que les soldats se déchaînent.

Sous la menace d’un chien tenu en laisse, une Palestinienne de 25 ans est ainsi forcée par une soldate de se dévêtir devant ses quatre enfants. « Je n’ai pas eu le choix, j’ai tout enlevé en pleurant. La soldate m’a ordonné de défiler ainsi devant mes enfants, incapables d’arrêter de pleurer et tremblants de peur. »

Des abus qui sont tous commis, selon PCATI, par des agents de l’État israélien : police, services secrets, soldats et surveillants de prisons. Parfois filmés, ils sont alors utilisés comme moyen de chantage à l’encontre de leurs victimes.

Dans les prisons, une « vengeance industrialisée »

Dans les prisons israéliennes, « la situation avant la guerre était très mauvaise, mais elle est incomparable avec ce qui se passe depuis le 7-Octobre », indique Yigal Dotan, l’avocat d’un enfant autiste abusé en prison, dont le témoignage est cité dans le rapport des ONG.

Depuis le 7 octobre 2023, les prisons « sont devenues les sites d’une vengeance industrialisée », poursuit-il. La preuve publique en est donnée en août 2024, lorsque fuite une vidéo tournée à la prison militaire de Sde Teiman. On y voit une dizaine de soldats, armés d’un objet pointu et de plusieurs bâtons, s’acharner sur un Palestinien aux yeux bandés – il sera hospitalisé pour une déchirure anale.

Cinq d’entre eux sont d’abord poursuivis – une première en Israël – avant d’être mis hors de cause. « Insérer un bâton dans le rectum d’une personne, est-ce légitime ? » demande à la Knesset le député arabe Ahmad Tibi. « Oui, tout est légitime (si cette personne appartient au Hamas). Tout », lui répond alors un membre du Likoud. C’est finalement Yifat Tomer-Yerushalmi, major général de l’armée ayant fait fuiter la vidéo, qui sera arrêtée et emprisonnée.

Plusieurs membres de la Flottille pour Gaza ont pu en témoigner en mai dernier. Des vidéos l’ont montré. Les humiliations et violences sexuelles, commises par des représentants du gouvernement israélien, continuent aujourd’hui encore à s’étendre. Elles touchent désormais les soutiens à la Palestine. Elles s’accélèrent. « Elles doivent être regardées comme centrales, dans le crime de génocide en cours », indique le rapport des ONG, en listant les conventions et textes internationaux ainsi violés. « L’impunité n’est pas une option. »

Source: https://www.humanite.fr/feminisme/7-octobre-un-an-apres/colonisation-israelienne-un-nouveau-rapport-revele-des-violences-sexuelles-systematisees-contre-les-palestiniens

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