
La COP 17 de lutte contre la désertification, qui se clôture ce vendredi 28 juillet à Oulan-Bator (Mongolie), pourrait ne pas permettre de réelles avancées sur cet enjeu majeur, la faute aux négociateurs états-uniens et occidentaux. D’autres pays, comme le Brésil, ou la Côte d’Ivoire, prennent les devants.
Par Antoine PORTOLES
Ainsi pourrait s’achever la COP 17 de lutte contre la désertification à Oulan-Bator (Mongolie) : sur un naufrage. Non pas que les observateurs internationaux s’attendaient à un miracle, mais force est de constater que les négociations, qui devaient s’achever ce vendredi 28 août, n’ont pour l’instant pas permis de réelles avancées, dans un contexte marqué par des incendies ravageurs, des canicules inédites et des sécheresses interminables.
Le principal obstacle porte un nom : les États-Unis. Les négociateurs de Donald Trump n’avaient qu’un seul but en venant à la seule Convention des Nations unies à laquelle ils daignent faire acte de présence, à savoir parasiter les discussions.
Des moyens insuffisants pour tenir les engagements climatiques
Ils ont ainsi bloqué des décisions en matière d’égalité homme-femme, de migrations et de participation de la société civile et des peuples autochtones, bien que cela eût été entériné au sortir des réunions préparatoires à la COP. Pour eux, hors de question de voir apparaître les mots « réchauffement climatique » ou « genre » dans un texte final.
Alors que 40 % des terres émergées de la planète sont désormais dégradées et que cet enjeu appelle à des mesures urgentes et contraignantes, les 197 États réunis autour de la table doivent subir le blocage des États-Unis, mais plus largement des Occidentaux. Cela vaut notamment pour une revendication phare des pays Africains : la mise en place d’un cadre mondial juridiquement contraignant consacré à la sécheresse, ouvrant la voie à l’obtention de fonds pour permettre aux nations les plus exposées à s’adapter.
En dépit d’une situation déjà chaotique, amplifiée cette année par le phénomène climatique El Niño – d’une puissance inédite selon les projections scientifiques, les États du continent africain devront donc élaborer leur propre plan national de lutte contre la sécheresse. Et si 131 pays se sont déjà engagés antérieurement à enrayer la dégradation des terres d’environ 1 milliard d’hectares et de les restaurer d’ici à 2030, cette COP 17 n’est pour l’heure pas parvenue à rehausser l’ambition.
À Oulan-Bator, l’enjeu n’était pourtant pas tant de pondre un énième texte ou instrument international destiné à répondre à la problématique de la désertification, mais bien de se pencher sur les engagements accumulés ces trois décennies passées pour les concrétiser en résultats.
Au Brésil, des mesures pour restaurer les terres dégradées
En définitive, le défi est le même que pour les COP climat ou biodiversité : le multilatéralisme environnemental doit repenser son mode de fonctionnement et traduire les mesures conquises par le passé en financements majeurs et disponibles pour les pays les plus vulnérables. Il y a urgence, d’autant que selon l’ONU, le coût de la désertification, de la dégradation des terres et de la sécheresse s’élève chaque année à 750 milliards d’euros.
Des négociations onusiennes en Mongolie, on retiendra au moins quelques avancées au niveau local ou régional. Le Brésil a par exemple présenté son objectif volontaire de neutralité en matière de dégradation des terres pour 2030, en vue de récupérer et de restaurer plus de 163 000 km² de zones dégradées, mais aussi d’appliquer des mesures de prévention et de conservation sur 3,51 millions de km² supplémentaires.
Cette initiative comprend la restauration de la végétation autochtone, la mise en place de systèmes agroforestiers et des actions menées dans les unités de conservation, les territoires autochtones, les zones de préservation permanente et les bassins-versants.
L’Afrique veut reprendre le contrôle de ses ressources
D’après le ministère brésilien de l’Environnement et du Changement climatique, 28 % du territoire national présente un certain niveau de dégradation. Son représentant, João Paulo Capobianco, rappelle que « ce programme est fondamental, car des sols sains sont essentiels à la production agricole, à la sécurité alimentaire, à la biodiversité et à la disponibilité de l’eau. »
Au niveau africain, une coalition de pays portée par la Côte d’Ivoire a été créée jeudi afin de lutter contre l’exploitation minière illégale, fléau pour les écosystèmes et la santé humaine et source de financement certains groupes armés djihadistes. Celle-ci se donne pour objectifs de « renforcer la coopération transfrontalière et le partage de renseignements, harmoniser les politiques, les réglementations » et « mobiliser des financements en faveur de la restauration des terres et des écosystèmes dégradés ».
Une bonne nouvelle car, comme l’a rappelé auprès de l’AFP le ministère ivoirien de l’Environnement, Abou Bamba, « aucun État ne peut, à lui seul, endiguer un phénomène qui traverse les frontières, les bassins hydrographiques et les massifs forestiers ». Comme quoi, la diplomatie climatique n’est pas encore morte.
URL de cet article: https://lherminerouge.fr/wp-admin/post.php?post=107831&action=edit
Article suivant :
Article précédent :
