
Auteur de L’Industrie du football – #1. Fifa, criminalité, politique (éditions Exuvie), le journaliste d’investigation Romain Molina enquête depuis des années sur les dérives du football mondial. Il dénonce un système qu’il juge gangrené par la corruption et les ingérences politiques.
Par Pierre COUDURIER
Comment Donald Trump a-t-il pu faire suffisamment pression pour faire annuler le carton rouge adressé au joueur étasunien Balogun en 16e de finale face à la Bosnie ?
Les États-Unis en ont fait une quasi-affaire d’État. Donald Trump a appelé en personne le patron de la Fifa, Gianni Infantino, afin de savoir comment faire pour supprimer cette sanction, estimant qu’il n’y avait pas faute. Des avocats, des diplomates et même la CIA ont été mobilisés. Les services américains ont commencé à fouiller le passé de l’arbitre pour le discréditer. Au final, la Fifa est revenue sur le carton rouge uniquement parce qu’un chef d’État considérait qu’il n’y avait pas faute. Pourtant, dix jours plus tôt, elle suspendait le Népal pour ingérence politique. C’est un deux poids deux mesures, flagrant.
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Le patron de la Fifa est d’après vous le symbole de la corruption de l’institution…
Gianni Infantino est très proche de Donald Trump. La Fifa est devenue un prolongement de la politique américaine. D’un point de vue géopolitique, c’est l’organisation non étatique la plus puissante au monde. C’est l’une des raisons pour lesquelles Israël n’a jamais été suspendu. Infantino était présent lors des accords d’Abraham entre l’État hébreu et les pays arabes, en Égypte, et aux discussions sur un cessez-le-feu à Gaza. L’an dernier, il est même arrivé en retard au congrès de la Fifa au Paraguay car il voyageait dans l’avion personnel de Donald Trump. Depuis le Fifa Gate en 2015, l’influence américaine s’est renforcée. Les dirigeants ont changé, mais pas le système. Les États-Unis ont ainsi récupéré le bureau régional de la Fifa, tandis que le département juridique a été transféré de Zurich à Miami. Ils ont aussi obtenu l’organisation de la Coupe du monde des clubs, des Coupes du monde masculine et féminine, et la Fifa loue désormais des bureaux dans la Trump Tower.
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N’y a-t-il pas de garde-fous ?
Tous les opposants à Infantino ont été écartés via la commission d’éthique. Il y a deux ans, la Fifa a banni un entraîneur à la suite de mes enquêtes révélant des attouchements sur mineurs. Pourtant, il continue d’exercer. Nous avons publié les vidéos il y a deux semaines. Cela montre toute l’hypocrisie du système, qui fonctionne comme une véritable Stasi. La Fifa est juge et partie : elle se contrôle elle-même pour s’affranchir des lois. Les dirigeants sont tenus par des dossiers ou des postes, et personne n’ose l’attaquer frontalement.
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