
À la veille des législatives du 27 octobre, l’ONG israélienne replace l’augmentation des crimes de colons depuis le 7-Octobre dans le cadre d’un projet sioniste largement partagé sur la scène politique israélienne. L’étude est précisément publiée au moment où Netanyahou tente d’exclure la gauche et les partis arabes des élections.
Par Lina SANKARI
Crimes quotidiens des colons couverts par l’armée israélienne, annexions de territoires, arrestations arbitraires et détentions administratives y compris pour les mineurs palestiniens, extension de la peine de mort pour les Palestiniens, déplacements forcés, étranglement économique, murs et routes d’apartheid, maintien en prison des dirigeants politiques comme Marwan Barghouti, destruction des récoltes, vol de bétail, restrictions d’accès à l’eau…
« Combinés, ces mécanismes font partie d’un projet de colonisation de peuplement ayant pour but d’étendre et d’institutionnaliser une présence juive permanente sur le territoire, tout en évinçant et en effaçant la présence palestinienne de cet espace », analyse l’ONG israélienne B’Tselem, dans un nouveau rapport rendu public ce 14 septembre.
À la veille des législatives du 27 octobre en Israël, l’association porte ainsi une lourde charge contre le projet sioniste largement partagé de l’extrême droite au centre gauche à l’exception de la Liste unie.
Cette dernière regroupe les formations Hadash (Front pour la paix et l’égalité qui comprend le Parti communiste israélien), Taal et Balad, et la Liste arabe unie (Ra’am) contre lesquelles le Likoud de Benyamin Netanyahou souhaite déposer des requêtes pour les empêcher de se présenter aux prochaines élections au prétexte qu’elles soutiendraient le terrorisme et le porteraient atteinte aux soldats israéliens.
Dans une élection où chaque siège compte, toutes les méthodes sont bonnes.
Un projet sioniste largement partagé
C’est donc « un système politique » que B’Tselem met en cause dans son étude. « Le génocide à Gaza et le projet d’effacement en Cisjordanie constituent deux expressions d’un même projet politique mené par le régime, qui vise à détruire la capacité du peuple palestinien à exister », pointe l’ONG qui avait consacré son précédent rapport intitulé « Notre génocide » à la guerre menée dans l’enclave.
Dans un contexte pré-électoral extrêmement tendu, l’organisation relève : « La Cisjordanie est à feu et à sang, et aucune force politique susceptible de stopper cette détérioration ne se profile à l’horizon ».
Manière de dire que l’opposition dont se revendique l’ancien général Gadi Eizenkot, le favori des sondages largement soutenu par les Européens, n’en est pas vraiment une et ne peut être considérée comme une réelle alternative autre que de forme et de méthode.
« Israël démantèle l’existence palestinienne tout en réorganisant simultanément l’espace, afin d’étendre et d’institutionnaliser la souveraineté et le contrôle juifs. Les terres et les ressources sont transférées sous contrôle juif. Les colonies, avant-postes et fermes s’étendent. Et les systèmes juridiques, d’aménagement du territoire, d’infrastructures et de budgets établissent une présence juive continue et permanente », indique le rapport.
Une spoliation des terres qui s’aggrave
Selon une autre étude publiée en juillet 2026 par les ONG israéliennes Peace Now et Kerem Navot, les terres contrôlées par les colons en Cisjordanie occupée représente 18 % du territoire (contre 7 % avant la guerre génocidaire à Gaza). Les massacres du 7 octobre 2023 ont ainsi été vus comme une opportunité par la coalition de droite et d’extrême droite emmenée par Benyamin Netanyahou afin de parfaire un projet historique.
Il y a un an, le ministre des Finances, le suprémaciste Bezalel Smotrich, présentait un projet d’annexion de 82 % des territoires occupés. Et les annonces, la semaine dernière, de démantèlement d’avant-postes israéliens en Cisjordanie occupée n’est que poudre aux yeux destinés à calmer ses partenaires occidentaux.
Il en va de même concernant la demande de traduction en justice des colons dits « violents » qui ont assiégé le village palestinien de Qusra en août. « Israël annexe la Cisjordanie par la colonisation, la violence et la fragmentation de l’espace palestinien, en refoulant la population palestinienne dans de petites enclaves isolées », écrit de son côté l’organisation Yesh Din, une ONG israélienne dédiée à la protection des droits des Palestiniens, dans un rapport publié le 9 septembre.
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