Droit de manifester : face aux interdictions en centre-ville, les syndicats saisissent la justice (H.fr-4/11/26)

Manifestation de la CGT et de la FSU à l’occasion de l’acte II de la mobilisation à Toulouse, le 24 octobre dernier.
© Patricia Huchot-Boissier/ABACA

À la veille de la mobilisation du 5 novembre, le tribunal administratif de Paris doit se prononcer sur le recours de l’intersyndicale concernant l’autorisation du parcours Bastille-Nation qu’elle a déposé. D’après les premiers éléments de l’audience en cours, le préfet a interdit ce parcours et impose un tracé alternatif imposé : République – Nation. Les autorités s’appuient sur le spectre du 17 octobre pour éloigner les cortèges des hypercentres, ravivant les tensions autour du maintien de l’ordre et de la garantie constitutionnelle du droit à manifester.

Par Stéphane SAHUC

Le bras de fer entre préfecture et syndicats se poursuit depuis plusieurs semaines à chaque manifestation même scénarios : rejet du parcours déposé par la préfecture. À la veille de la mobilisation du 5 novembre, le tribunal administratif de Paris doit se prononcer sur le recours de l’intersyndicale concernant l’autorisation du parcours déposé Bastille- Nation. D’après les premiers éléments de l’audience en cours, le préfet a interdit ce parcours et impose un tracé alternatif imposé : place de la République – place de la nation. Les autorités s’appuient sur le spectre du 17 octobre pour éloigner les cortèges des hypercentres, ravivant les tensions autour du maintien de l’ordre et de la garantie constitutionnelle du droit à manifester.

Sans réponse pour ce parcours du 5 novembre déposé il y a plus de 10 jours, l’intersyndicale (CFDT, FSU, Solidaires, FO, CGT, UNEF) avait choisi de saisir le tribunal administratif en référé. L’objectif est clair : forcer la préfecture de police de Paris à abattre ses cartes avant mercredi soir concernant le tracé demandé entre Bastille et Concorde. Les organisateurs redoutent un arrêté d’interdiction ou de modification de parcours publié à la toute dernière minute, une manœuvre qui les priverait de la possibilité de contester la décision devant un juge.

Cette initiative parisienne met en lumière une dynamique qui s’installe partout en France : l’éloignement progressif des manifestations hors des cœurs de ville. À Lyon, par exemple, la préfecture a purement et simplement interdit la Presqu’île de 9 heures à 20 heures. Une foule estimée à près de 30 000 personnes doit ainsi se réorganiser hors du centre, avec une difficulté supplémentaire de taille puisque les lignes de métro majeures (B, C et D) sont à l’arrêt toute la journée.

Les manifestants les moins aguerris découragés

Au-delà du simple casse-tête logistique, ces modifications de parcours imposées tardivement et ces entraves à la mobilité ont un effet dissuasif direct : elles découragent les manifestants les moins aguerris, comme les familles ou les personnes âgées, faisant mécaniquement baisser les chiffres de la mobilisation.

À Toulouse, la tension est également montée d’un cran. Le préfet a prévenu qu’il interdirait le rassemblement si les syndicats confirmaient vouloir partir du quartier central de Saint-Cyprien, les poussant à se replier vers le secteur périphérique des Arènes.

Pour les syndicats, compliquer l’accès et imposer des tracés excentrés revient à étouffer le mouvement. Comme l’a résumé Sophie Binet (CGT) : « Une manifestation, ça doit se voir. On ne va pas se cacher en allant manifester sur le périphérique. » Du côté des préfectures, cette fermeté trouve sa justification dans le traumatisme récent du 17 octobre. À Lyon, les autorités justifient leur arrêté en accusant que le service d’ordre des syndicats n’avait pas réussi à isoler les éléments violents ni à sécuriser les commerces. Ce qui n’est en rien le rôle des services d’ordre.

Les nasses favorisées

L’évitement des zones denses et marchandes est donc présenté par l’État, comme une mesure de précaution incontournable. Mais en réalité en refusant les grandes artères au profit de parcours alternatifs souvent plus étroits, les forces de l’ordre choisissent d’abandonner la fluidité d’un encadrement mobile pour privilégier encore un peu plus des logiques de nasse statique.

L’intersyndicale du Rhône fait d’ailleurs remarquer qu’en interdisant l’accès à une vaste esplanade comme la place Bellecour, l’État se prive paradoxalement du seul espace capable d’assurer la dispersion d’une foule immense en toute sécurité. Et donc crée potentiellement les tensions et les affrontements que l’on prétend vouloir éviter. Là est le nœud du problème : la logique à l’œuvre n’est pas d’apaiser les manifestations mais de mettre les policiers et gendarmes dans les situations tactiquement les plus favorables pour des affrontements potentiels.

Au total, c’est l’exercice même du droit de manifester qui est mis à l’épreuve. C’est tout l’enjeu du recours déposé à Paris : empêcher que les problématiques de sécurité publique ne se soient détournées en un outil de relégation administrative pour casser les mouvements sociaux.

Source: https://www.humanite.fr/social-et-economie/manifestations/droit-de-manifester-face-aux-interdictions-en-centre-ville-les-syndicats-saisissent-la-justice

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