Élections en Israël : usés par un «apartheid environnemental», les Palestiniens désabusés (reporterre.net-27/10/26)

Jamila Hardal, citoyenne palestinienne d’Israël et directrice de l’association Citoyens pour l’environnement, en Galilée occupée, le 22 mars 2024. – © Philippe Pernot / Reporterre

Déchets non collectés, terres expropriées… Pour les Palestiniens d’Israël, la discrimination environnementale s’apparente à de l’écofascisme. Ils ont peu d’espoir de changement, malgré les élections législatives du 27 octobre.

Par Philippe PERNOT

Beyrouth (Liban), correspondance

Une montagne de déchets dégage une odeur nauséabonde qui empeste les habitants de Sajur, village palestinien au cœur de la Galilée. Les maisons construites à la va-vite s’entassent les unes sur les autres, et une autoroute sépare cette communauté de « citoyens arabes d’Israël » de leurs voisins juifs. De l’autre côté, des parcs, des champs et des forêts entourent des maisons spacieuses aux toitures rouges de la ville israélienne de Karmiel.

« Nous vivons une discrimination environnementale qui est structurelle, affirme Jamila Hardal, avocate et directrice de Citoyens pour l’environnement en Galilée. Les localités arabes peinent toujours à obtenir ne serait-ce que les services environnementaux les plus élémentaires. Les problèmes de gestion des déchets sont devenus si graves que, dans certaines localités, la collecte régulière a été suspendue pendant des périodes plus ou moins longues. Par conséquent, les ordures s’accumulent et sont parfois brûlées. »

Une décharge sauvage près du village palestinien de Sajur, en Galilée occupée, le 22 mars 2024. © Philippe Pernot / Reporterre

Les élections législatives israéliennes, le mardi 27 octobre, pourraient-elles mettre fin aux discriminations, au fort taux de criminalité, à la pauvreté, la pollution, à la répression et à la surveillance accrue que l’État hébreu impose aux « Palestiniens de 1948 » ? Ces derniers, restés en Palestine historique après le nettoyage ethnique de 1948 par les forces israéliennes, ne disposent plus que de 3 % de leur territoire historique.

Jamila Hardal en doute : « Il faudrait que le prochain gouvernement reconnaisse les Palestiniens de 48 comme des citoyens à part entière, mais les chances que cela arrive sont vraiment faibles, alors que nous traversons probablement l’une des pires phases de notre histoire. »

Élections historiques

Coupes budgétaires, restrictions dans les plans d’urbanisme, absence de fonds de rénovation énergétique, terres expropriées : les deux millions de citoyens palestiniens d’Israël subissent ce que certaines associations dénoncent comme un « racisme » ou même un « apartheid » environnemental. « Pire encore : des responsables politiques nous désignent comme des “terroristes environnementaux” ! Plutôt que de s’attaquer aux causes structurelles, nos problèmes sont instrumentalisés au service d’agendas politiques et racistes — une tendance qui, dans une certaine mesure, s’apparente à de l’écofascisme », ajoute Jamila Hardal.

« Nous traversons probablement l’une des pires phases de notre histoire »

Les élections s’annoncent d’ores et déjà historiques, dans un contexte d’une guerre sur plusieurs fronts et d’une crise politique majeure : le premier ministre, Benjamin Netanyahou, et son parti, le Likoud, affrontent une coalition qui s’est jurée de les faire tomber. Menée par Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major, elle rassemble les partis de gauche, du centre, et même des partis arabes palestiniens. Alors que les sondages donnent les deux camps au coude-à-coude, l’atmosphère dans le pays est tendue.

Lire aussi : Depuis le 7 octobre, « l’appétit expansionniste » d’Israël pour les terres de ses voisins ne cesse de grandir

« Netanyahou a tout à perdre : sans son immunité diplomatique, il pourrait être incarcéré aussi bien en Israël, où il est empêtré dans de multiples procès, mais aussi à cause du mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale », explique Mike Schaeffer Omer-Man, directeur Israël-Palestine de l’institut politique DAWN (« démocratie pour le monde arabe maintenant », créé par le journaliste saoudien Jamal Khashoggi).

Consensus martial

Selon le chercheur, une grande partie de l’électorat israélien chercherait à faire chuter cet encombrant dirigeant, qui règne de manière discontinue depuis 1996 et a enfoncé Israël dans la guerre génocidaire de Gaza, l’explosion de la Cisjordanie, les guerres en Iran, au Liban et en Syrie, mais aussi dans des controverses politiques et judiciaires.

« Toutefois, il ne s’agit pour la majorité des Israéliens seulement de redorer le blason d’Israël à l’international et de régler des problèmes domestiques, mais pas de mettre fin au génocide à Gaza ou à l’occupation de la Cisjordanie », nuance-t-il.

Le village palestinien de Sajur, en Galilée occupée, le 22 mars 2024. © Philippe Pernot / Reporterre

C’est que les voix s’élevant contre l’intensification des opérations militaires israéliennes contre les Palestiniens depuis le 7 octobre 2023 sont rares et éparses, « une marge statistique presque insignifiante à l’échelle de la politique israélienne », ajoute-t-il. Alors, un gouvernement plus modéré pourrait réduire l’intensité du conflit, mais pas l’arrêter totalement : « Il existe un consensus dans le paysage politique sioniste, que les Palestiniens sont un problème sécuritaire et démographique qu’il faut éliminer. Ils diffèrent seulement concernant les tactiques pour y arriver », explique Schaeffer Omer-Man.

« Pour la majorité des Israéliens, [il ne s’agit pas] de mettre fin au génocide à Gaza »

Pour les Palestiniens, ces élections ne sont finalement qu’un choix « entre le mauvais et le pire », conclut l’expert. Pour Jamila Hardal, quelle que soit leur issue, le résultat restera le même : « Nous allons devoir continuer la lutte, car nous n’avons pas d’autre choix », dit-elle.

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