Emmanuel Macron a empilé les promesses fumeuses (lecanardenchainé.fr-28/07/26)

© Diego Aranega  –  Incendies : Emmanuel Macron a empilé les promesses fumeuses

En 2022, le président de la République avait annoncé le renouvellement complet de la flotte plus que vieillissante de Canadair, mais les commandes de bombardiers d’eau ont été largement différées et les deux premiers n’arriveront pas avant 2028. Un manque d’anticipation payé au prix fort lors des mégafeux du mois de juillet.

Par Odile BENYAHIA-KOUIDER et Christophe LABBE

Pour la seconde fois en douze jours, Emmanuel Macron a enfilé sa tenue de pompier. Le 27 juillet, le chef de l’Etat est venu encourager les soldats du feu aux prises avec le mégabrasier qui a déjà ravagé 42 000 ha en Gironde et provoqué l’exode de 220 000 personnes. Comme à Fontainebleau, où 10 % de la forêt a été réduite en cendres, le Président a tenté d’éteindre un autre incendie : la polémique sur le manque criant de bombardiers d’eau. Avec 1 500 militaires et 2 500 pompiers au sol, ces appareils ne sont certes pas les seuls moyens de combattre l’embrasement, mais ils sont les plus efficaces.

Retour en arrière… Le 28 octobre 2022, tout feu, tout flamme, Emmanuel Macron annonce le renouvellement complet de notre flotte de 12 Canadair d’ici à la fin de son mandat, en 2027, avec, en prime, l’acquisition de quatre nouveaux engins. « Nous faisons le choix, que je confirme ici solennellement, de porter notre flotte à 16 », claironne le Président. Cet été-là, l’embrasement de milliers de pins bicentenaires dans le bassin d’Arcachon a servi de déclencheur. Très provisoire.

Attal le retardant

En 2024, la France profite d’une commande groupée de la Commission européenne pour récupérer deux Canadair sans avoir à piocher dans le budget de l’Etat. Les précieux zincs amphibies, dont la livraison est prévue pour mars et novembre 2028, font partie d’un lot de 12 appareils répartis entre six pays du sud de l’UE. Libre à chacun d’ajouter d’autres avions à sa commande… à condition de les payer sur ses propres deniers. « L’intérêt de la manœuvre, décrypte un membre de la sécurité civile, c’était de négocier un prix plus avantageux mais, surtout, d’être bien placé dans le carnet de livraison. » Avec la multiplication des incendies sur fond de réchauffement climatique, la demande de Canadair explose. Et chacun veut être servi avant le voisin…

Sauf que, surprise ! alors que Macron avait promis, on l’a vu, de remplacer nos 12 vieux coucous datant des années 1990, la France se contente d’avaliser la commande des deux Canadair payés par Bruxelles. Mieux : cette même année 2024, le Premier ministre, Gabriel Attal, s’abstient de confirmer l’option prise sur l’achat de deux avions supplémentaires et en profite, via un décret du 21 février 2024, pour sucrer 52,76 millions d’euros du « programme 161 », dévolu aux moyens aériens de la sécurité civile. Tout cela sans que Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur − donc patron des pompiers du ciel −, grimpe à l’échelle. Aujourd’hui rattrapé par la patrouille, Attal a allumé un étonnant contre-feu. Le patron de Renaissance martèle qu’il n’a jamais décommandé les deux bombardiers d’eau. Evidemment, puisqu’il a omis de les commander !

Incendies : la fameuse commande de canadair
Incendies : la fameuse commande de canadair

Le 4 juin dernier, Laurent Nuñez, l’actuel ministre de l’Intérieur, a dû en urgence programmer l’acquisition des deux fameux Canadair, zappés il y a deux ans, auprès de l’avionneur canadien Havilland. Conséquence de ce retard à l’allumage : la sécurité civile recevra ces deux appareils au mieux en 2033, ce qui portera notre flotte à 16 Canadair. Flambant neufs ?

Bilan : cinq ans de retard par rapport à nos voisins, qui, eux, ont eu la bonne idée de planifier les achats en temps et en heure. Et pas qu’un peu. La Grèce et l’Espagne, notamment, ont commandé sept aéroplanes chacun. En 2033, l’Espagne sera le pays d’Europe le mieux équipé avec 21 Canadair, juste devant la flotte italienne de 20 appareils. Cinq et quatre de plus que la France, respectivement.

Le changement, c’est maintenance

C’est d’autant plus enquiquinant que nos actuels Canadair bringuebalants sont souvent cloués au sol. Les vieux modèles dont dispose la France « n’étant plus commercialisés, les pièces détachées se raréfient, ce qui rallonge les délais de réparation », déplorait déjà, en octobre 2022, un rapport de l’Assemblée nationale sur l’état de la sécurité civile. Et de préciser que nos 12 Canadair, sur une seule année, avaient besoin de 1 694 jours de maintenance. Ce qui oblige la sécurité civile à louer à prix d’or − 30 millions par an − tout un tas d’autres zincs et hélicos.

Au plus fort de l’incendie en Gironde, seuls cinq Canadair étaient disponibles dans l’Hexagone. Or, pour être efficaces, ces avions doivent voler en noria par groupes de quatre. Au premier passage, toute l’eau s’évapore avant de toucher le sol à cause de la chaleur du brasier. Ce n’est qu’au quatrième largage que l’avion, seul capable d’écoper 6 000 litres de flotte en douze secondes sur n’importe quel point d’eau, attaque vraiment le feu.

Dans l’espoir d’éteindre la controverse sur les Canadair, le Premier ministre a sorti du hangar l’A400M, un avion de transport militaire rebricolé pour la lutte anti-incendie. Mais ce show aérien relève surtout du coup de com. Entre le 25 et le 28 juillet, « Le Canard » n’a comptabilisé qu’une petite dizaine de largages. L’avion d’Airbus est, certes, capable de déverser 20 000 litres en une seule fois. Mais, pour accomplir sa mission, il lui faut effectuer deux heures de vol aller-retour depuis la base d’Istres. Sans compter le temps de rechargement.

Manquerait plus que cette piteuse affaire de Canadair crame les ambitions politiques de certains…

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Le maire de Bordeaux a aussi bombardé les Canadair

En février 2024, Gabriel Attal n’était pas seul aux communiquer quand il s’est agi de tronçonner 10 milliards d’euros dans le budget général et d’amputer celui de la sécurité civile de près de 53 millions d’euros. Bruno Le Maire siégeait encore à Bercy et Thomas Cazenave, l’actuel maire de… Bordeaux, était son sous-ministre aux Comptes publics. Tous trois ont signé le décret numéro 2024-124, portant « annulation de crédi. Des coupes que Thomas Cazenave a parfaitement assumées, en mai 2024, lors de son audition devant les parlementaires au sujet des dérapages des comptes publics.

Or, dans un rapport de juillet 2025, deux députés (LFI et PS) ont clairement pointé ces décisions comme ayant joué un rôle dans le cafouillage de l’Etat concernant la lutte contre les incendies. « Ces hésitations entraînent un important retard dans le renouvellement de la flotte», ont écrit les parlementaires. Notamment celle des « Canadair (…) à l’horizon 2030».

Ah, si seulement le maire de Bordeaux, qui se débat aujourd’hui avec une gestion de crise inédite et un mégafeu aux portes de sa ville, avait pu savoir tout ça !

Yann VOLDOIRE

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  • L’ordre du préfet de la Gironde commence à dater ! Le 1er octobre 2004, par arrêté, il avait prescrit l’instauration d’un plan de prévention des risques de feux de forêt dans la commune de Lège-Cap-Ferret. Vingt-deux ans plus tard, nada… Et ce malgré un jugement du tribunal administratif daté de 2023 enjoignant au préfet de lancer la procédure dans « un délai de six mois ». Pourquoi cet immobilisme ? Parce que le plan impliquerait de créer de véritables zones tampons entre les parties boisées et les parties habitées, créant de nouveaux secteurs inconstructibles. Une offense aux promoteurs !
  • Déjà frappé par les mégafeux de 2022, le massif des Landes de Gascogne, avec son million d’hectares, n’est toujours pas préparé à y faire face (« Les Echos », 27/7). En cause, notamment : l’abondance de végétation dans une forêt « privée à plus de 90 % », appartenant à quelque 60 000 propriétaires forestiers. Les pare-feu, « qui permettent d’arrêter le feu ou au moins de réduire sa puissance », se révèlent « insuffisants », l’un d’eux, pas loin d’Arcachon, ayant « même vu naître à sa place un lotissement ». En béton ignifugé, au moins ?
  • Epuisés par une semaine de lutte contre les mégafeux, certains des 2 500 pompiers mobilisés pioncent, entre deux missions, à même le goudron et enchaînent les gardes (« Libération », 26/7). « On est payés 18 heures sur 24, alors qu’on bosse pratiquement sans repos. Après minuit, c’est gratuit ! » ironise un soldat du feu. Avec six heures par garde ni payées ni récupérées, les 1 607 heures de travail annuelles sont donc atteintes… « dès le mois d’août », selon la CGT du service départemental d’incendie et de secours de la Marne. Bronzage garanti !

Source: https://www.lecanardenchaine.fr/politique/54535-emmanuel-macron-a-empile-les-promesses-fumeuses

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