
© FIFIG – illustration de Loren Capelli
Le département du Morbihan a supprimé sa subvention à deux festivals sans les avertir ni les consulter. Le motif politique est clairement invoqué.
Par Ewen DUBEE
Le 20 juin dernier, les coprésidents du Festival international du film insulaire de l’île de Groix (Morbihan) reçoivent un courrier auquel ils ne s’attendaient pas. Le conseil départemental leur annonce le retrait de la subvention versée depuis la création du festival, il y a 25 ans. Une amputation de 20 000 €, soit 10 % du budget de ce rendez-vous culturel incontournable au large de Lorient.
À l’heure où les restrictions budgétaires n’épargnent plus la culture, le motif économique n’est ici pas invoqué. Ce courrier fait état « d’évolutions observées ces dernières années » contrevenant à la justification d’un financement « qui a vocation à s’exercer prioritairement en faveur des manifestations dont l’objet principal est la diffusion culturelle, la rencontre des publics et le débat artistique dans le respect du contrat d’engagement républicain ».
Pour la majorité au département (divers droite) et son président, David Lappartient, le festival aurait « pris des positions relevant du débat politique », une démarche « participant à de potentielles controverses politiques nationales ou internationales », lit-on dans le courrier.
Des valeurs de gauche qui dérangent
Un virage dialectique récent que le chercheur Arnaud Idelon décrit dans son essai Culture Low Cost (éditions Divergences) : « On est passé de la culture inattaquable, sacrée, même des ministres de droite ne s’y essayaient pas, à une culture attaquée sur des bases budgétaires d’abord et désormais idéologiques. »
Mais que reproche exactement David Lappartient à ces festivals ? Mathieu Martin, co-président du Fifig, s’est fait son idée : « Aux dernières législatives, le festival a appelé publiquement à ne pas voter pour le Rassemblement national. Pas pour un parti en particulier, simplement contre l’extrême droite. Et l’an dernier, nous avons lu un texte pour appeler à la fin du génocide à Gaza. »
Au festival des Galettes du monde, le trou qui a créé la fuite n’est pas à chercher bien loin. Le 30 mai dernier, le festival annonçait que Kery James, ne pouvant assurer son concert, serait remplacé par le rappeur Médine. L’artiste havrais est régulièrement ciblé par l’extrême droite qui l’accuse d’antisémitisme. Il a par ailleurs affiché son soutien aux écologistes et à La France insoumise.
Le festival, qui n’avait pas réagi publiquement à l’annonce de la suppression de subvention, a finalement choisi de déprogrammer Médine. La vague de haine reçue par le festival et ses équipes sur les réseaux sociaux, les a contraints à cette décision.
La droite bretonne mord les plates-bandes de l’extrême droite
Une ingérence politique dans la programmation culturelle que le député vert de Lorient, Damien Girard, dénonce : « Nous ne sommes ni juges ni procureurs. Médine n’a pas été poursuivi pour ses propos, dont il s’est excusé, « affirme-t-il à l’Humanité. » Notre rôle n’est pas d’être derrière les programmateurs, cette suppression est un précédent qui pose une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Elle peut installer une autocensure, or la culture est aussi là pour nous déranger. »
Le député s’inquiète de voir la droite bretonne, historiquement modérée, s’aventurer sur les plates-bandes de l’extrême droite. Il souligne la contradiction entre l’accusation faite aux festivals de contribuer à des « controverses nationales et internationales » et « un président du département qui fustige LFI quand il peut et n’hésite pas à citer Meloni pour dire qu’elle fait du bon boulot en Italie. Alors que le RN monte partout, c’est une stratégie de pyromane. »
En Bourgogne-Franche-Comté, l’élu RN Julien Odoul a appelé la région à suspendre sa subvention de 20 000 € au festival Golden Coast de Dijon, où Médine est invité. Sollicité par l’Humanité, David Lappartient n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.
Pour le festival du film insulaire, la surprise est d’autant plus grande que l’engagement politique ne date pas d’hier. « Nous n’avons pas changé de ligne depuis le début, affirme Mathieu Martin. On met en avant des thématiques comme le réchauffement climatique, la raréfaction des ressources ou encore le surtourisme. Vivre sur une île, c’est politique. » Le festival a lancé un appel à un financement participatif pour se maintenir à flot.
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