Entretien-Élections du 4 octobre au Brésil : « L’espoir d’une victoire de Lula au premier tour est revenu en force » (H.fr-3/10/26)

Avec 80 ans, le président de gauche brigue un quatrième mandat non consécutif. ©Paulo Lopes/XINHUA-REA

À la veille des mega-élections de ce dimanche, alors que les sondages tendent à favoriser le président-candidat Lula, la possibilité d’une victoire sans deuxième tour devient envisageable dans le camp progressiste. « Personne ne peut nier que notre campagne a pris de l’ampleur », explique Valter Pomar, responsable de la coopération internationale à la Fondation Perseu Abramo.

Entretien réalisé par Luis REYGADA

J-1 pour l’affrontement dans les urnes entre Luiz Inacio Lula da Silva et Flavio Bolsonaro. 158 millions de Brésiliens iront voter ce dimanche 4 octobre pour les départager dans la course présidentielle, mais aussi pour renouveler les Congrès locaux et fédéraux, ainsi que les postes des 27 gouverneurs des États.

Avec 80 ans, le président de gauche brigue un quatrième mandat non consécutif, en disposant d’une légère avance dans les sondages, mais les deux favoris apparaissent dans un mouchoir de poche en cas d’éventuel second tour le 25 octobre. « Je pense sincèrement que je vais gagner les élections au premier tour, que les élections seront définies dès dimanche », a exprimé Lula en plusieurs occasions ces derniers jours. « Statistiquement, la possibilité est réelle » assure Valter Pomar, responsable de la coopération internationale à la Fondation Perseu Abramo (le centre de réflexion du Parti des travailleurs). Entretien.

On sent ces derniers jours un regain d’optimisme dans le camp progressiste. Lula a lui-même fait plusieurs déclarations évoquant une possible victoire dès le premier tour. Est-ce réaliste ?

Valter POMAR responsable de la coopération internationale à la Fondation Perseu Abramo, le centre de réflexion du Parti des travailleurs 

L’espoir d’une victoire au premier tour est revenu en force. Statistiquement, la possibilité est réelle — même si on sait que statistiquement, presque tout est possible. Au final, la statistique n’est-elle pas l’art de torturer les chiffres jusqu’à ce qu’ils avouent ce que vous voulez démontrer ? Plus sérieusement, il faut aussi reconnaître que nos adversaires ont d’autres chiffres : les leurs les place en position avantageuse face à nous !

Au-delà des chiffres, quel est votre ressenti à partir du terrain ?

Personne ne peut nier que notre campagne a pris de l’ampleur, cette montée en puissance est très clairement visible. Mais il faut être lucide : une part de cette visibilité relève de l’effet de « bulle » dans lequel nous évoluons. De plus, notre camp a tendance à assumer et afficher ouvertement sa préférence électorale. C’est particulièrement vrai dans le Nordeste, où la croyance en une victoire de Lula au premier tour repose sur un fait tangible : si cela ne dépendait que de cette région, la victoire serait acquise.

Mais ce n’est pas le cas : le sud est plus favorable aux bolsonarisme. Dans des villes comme ici, à Sao Paulo, ses électeurs s’affichent moins ; ils sont plus timides ?

Oui, ses soutiens tendent à cacher leur jeu. C’est ce qui explique pourquoi l’extrême droite obtient souvent, dans les urnes, plus de voix que ce que les sondages annonçaient. Il y a ce que l’on appelle « le vote honteux » : le fait de ne pas assumer pour le candidat d’extrême droite. Mais aussi d’autres raisons : il existe toujours, dans certaines régions, des pratiques illégales telles que l’achat de voix, le clientélisme, et d’autres formes de mobilisation criminelle des appareils électoraux.

Il faut aussi prendre en compte d’autres facteurs internes puissants comme le grand capital financier brésilien, certains réseaux criminels, l’influence des grands médias dans la formation de l’opinion publique… Tout cela sans parler des facteurs externes : les États-Unis, Israël…

L’issue reste tout de même incertaine, tout semble se jouer dans un mouchoir de poche…

Et il suffit que les onze autres candidatures présidentielles totalisent quelques points de pourcentage pour nous empêcher de l’emporter dès le premier tour. C’est d’ailleurs pourquoi la position des quatre candidatures autoproclamées de gauche n’est pas anodine : dans le contexte d’affrontement avec l’extrême droite et l’impérialisme, elles servent objectivement les intérêts de l’autre camp.1

Que reste-t-il à faire dans les prochaines 24 heures pour l’emporter ?

Augmenter la pression au maximum. Si le résultat tant espéré se produit, ce serait la première victoire présidentielle du PT au premier tour de notre histoire. Mais si, comme c’est le plus probable, la dispute se poursuit au second tour — comme cela a été le cas dans toutes les élections que nous avons gagnées —, l’essentiel sera de repartir sur le terrain dès le lendemain, le lundi 5 octobre, avec un objectif clair : conquérir le vote des travailleurs aux salaires les plus bas, des femmes, des Noirs et des Noires, et de la jeunesse des périphéries qui aurait voté blanc ou nul, ou qui se serait abstenue. Il faudra aussi convaincre les électeurs populaires qui se seraient laissés tromper par le vote d’extrême droite.

Quel que soit le scénario – premier ou second tour – nous avons confiance en la victoire de Lula.

  1. Les quatre partis de gauche qui se présentent en dehors de la coalition dirigée par le Parti des Travailleurs sont le Parti Socialiste des Travailleurs Unifié, l’Unité Populaire, le Parti de la Cause Ouvrière et le Parti Communiste Brésilien. Le Parti Communiste du Brésil (PCdoB) fait lui bien partie de la coalition de sept partis « Brasil Pronto pra Mais » (« Le Brésil prêt pour plus ») soutenant la candidature de Luiz Inácio Lula da Silva. ↩︎

Source: https://www.humanite.fr/monde/amerique-latine/elections-du-4-octobre-au-bresil-lespoir-dune-victoire-de-lula-au-premier-tour-est-revenu-en-force

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