Entretien-« Les fonctionnaires ont perdu 450 euros par mois depuis le début des années 2000 » : le gouvernement poursuit ses économies sur le dos de ses agents (H.fr-24/08/26)

Près de 20 % des agents de la fonction publique sont aujourd’hui au Smic, alors que le gouvernement suggère de réduire encore les primes qui leur sont octroyées. © Bruno Levesque / IP3/MAXPPP

Depuis des années, les agents de la fonction publique font l’objet de procès réguliers et voient leurs rémunérations et leurs conditions de travail se dégrader. Retour sur les tours de vis en préparation et sur la paupérisation généralisée avec Natacha Pommet, secrétaire générale de la fédération services publics de la CGT.

Par Hélène MAY

Alors que le gouvernement prévoit de nouvelles coupes dans le budget 2027, Natacha Pommet, secrétaire générale de la fédération services publics de la CGT, revient sur la paupérisation des agents des services publics.

Un rapport de l’inspection des finances publié cet été suggère de réduire les primes octroyées aux fonctionnaires. Comment réagissez-vous à cette nouvelle attaque ?

Natacha Pommet, Secrétaire générale de la fédération services publics de la CGT

Ce rapport n’est encore qu’un ballon d’essai. Mais si le gouvernement persiste sur cette voie, ça sera désastreux pour la fonction publique et pour le pouvoir d’achat de ses agents. Déjà, en raison du gel du point d’indice depuis 2010, les salaires sont dramatiquement bas. Les primes servent à les compenser. Au point qu’elles peuvent représenter 15 %, voire 30 % du salaire des fonctionnaires.

Nous attendons de voir ce qui sera fait avec les suggestions de l’inspection des finances, mais compte tenu du contexte de coupes à tous les niveaux, nous sommes inquiets.

Un autre rapport appelle à désindexer totalement les salaires des fonctionnaires. Selon vous, s’agit-il aussi d’un ballon d’essai ?

Pas forcément, parce que cette indexation sur l’inflation était déjà menacée. Les différents gouvernements qui se sont succédé depuis Sarkozy ont tous estimé que le salaire indiciaire, basé sur le point d’indice, ne devait plus être la norme, afin de pouvoir disposer d’une variable d’ajustement budgétaire simple à utiliser.

Du coup, ils cherchent à réduire le salaire fixe au maximum, pour disposer à côté d’un système de prime qui permet de fidéliser, ou de punir, les agents et qui les rend corvéables. Cette logique a aussi introduit une forte inégalité dans la fonction publique avec des personnes ayant des salaires différents sur des tâches similaires.

Peut-on dire qu’on assiste à une paupérisation globale des salariés de la fonction publique ?

C’est ce que montrent les chiffres. Depuis la décision en 1983 de mettre fin à l’indexation totale du salaire sur le point d’indice, un fonctionnaire en début de grille a perdu plus de 600 euros par mois. Pour un agent de catégorie C qui rentre dans la fonction publique, cette perte s’élève à 450 euros par mois depuis le début des années 2000 et à 350 euros depuis le gel du point d’indice en 2010.

Autre signe de cette paupérisation, de plus en plus d’agents doivent recevoir une allocation différentielle, parce que leurs salaires de base sont en dessous du Smic. Lors de la dernière revalorisation du Smic en juin, le nombre d’agents payés au salaire minimum est passé d’à peu près 450 000 à plus de 860 000. Sur 5 millions d’agents, près de 20 % sont au Smic, essentiellement les catégories C.

Et il y a un tel tassement des grilles qu’en vingt-cinq ans de carrière, l’évolution salariale peut n’être que de 100 euros brut. Ça n’ouvre aucune perspective de carrière. Les personnes sans qualification peuvent rentrer dans la fonction publique, mais quand elles voient que le déroulement de carrière est nul, elles en repartent très vite. Celles qui sont qualifiées hésitent de leur côté à y entrer pour les mêmes raisons : en milieu de carrière, les agents de catégorie B, qui sont des cadres intermédiaires, ont des évolutions très, très lentes.

Quant aux agents de catégorie A, que ce soit les enseignants, les médecins, les cadres, on les embauche désormais à peine au-dessus du Smic. Cette paupérisation est dramatique parce qu’elle est en train de détruire un bel outil.

La question des moyens d’action se pose-t-elle aussi ?

Bien sûr. La grande enquête que nous avons réalisée depuis deux ans pour mesurer l’état d’esprit des fonctionnaires montre que ce qui les affecte le plus est la perte de sens dans l’exercice de leurs missions. Quand on ne leur donne plus les moyens de remplir leurs fonctions convenablement, qu’ils sont mal payés et, qu’en plus, ils ont l’impression de mal faire leur travail, et de ne pas bien répondre aux besoins des populations, c’est très démotivant.

Le manque d’effectifs est un facteur très important de ce découragement, en raison du non-remplacement d’une partie des personnels partis en retraite, mais aussi parce que les postes créés pour répondre à une crise sont précaires, sans statut, ou sont prélevés sur d’autres services, pour que les effectifs globaux n’augmentent pas.

On recrute donc de moins en moins de fonctionnaires à statut, et de plus en plus de contractuels, qui sont une variable d’ajustement. La plupart du temps, ils sont embauchés en CDD pour faire une mission de deux, trois, six ans, et n’ont pas de vocation à rester. Il y a un vrai ras-le-bol. C’est pour ça que la mobilisation du 29 septembre s’annonce énorme.

Source: https://www.humanite.fr/social-et-economie/cgt/les-fonctionnaires-ont-perdu-450-euros-par-mois-depuis-le-debut-des-annees-2000-le-gouvernement-poursuit-ses-economies-sur-le-dos-de-ses-agents

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