Entretien-Sanctions américaines contre l’Iran : « Sur le plan macroéconomique, la situation est très grave » (H.fr-26/08/26)

L’économie iranienne est durement touchée par les sanctions américaines. © AFP

La récession va s’aggraver en Iran, prédit Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Le gouvernement s’est cependant préparé à ces nouvelles attaques économiques visant son premier partenaire commercial.

Par Pierre BARBANCEY

Chercheur à l’Iris et spécialiste de l’Iran, Thierry Coville revient sur le renforcement des sanctions états-uniennes contre l’Iran. Leur élargissement aux pays qui maintiennent des relations commerciales avec Téhéran s’inscrit dans la stratégie des États-Unis visant à asphyxier l’économie du pays.

Après tous ces mois de guerre contre l’Iran, que peut-on dire de l’économie iranienne aujourd’hui ?

Thierry Coville

chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques

Sur le plan macroéconomique, la situation est très grave. Le FMI prévoyait, pour 2026, une récession de 6 à 7 %. Un seuil qui va certainement être franchi. On a parlé de la perte de 2 millions d’emplois du fait de la guerre, avec des secteurs comme la pétrochimie et la sidérurgie qui ont été détruits par des bombardements notamment israéliens – ce qui s’apparente à des crimes de guerre.

Toutes les activités liées à ces secteurs ont subi d’énormes pertes. La situation, sur le plan du marché du travail, est extrêmement compliquée. L’inflation, qui était de 40 % avant la guerre, atteindrait maintenant les 90 %. Par ailleurs, 50 % de la population iranienne serait en situation de pauvreté. Tout cela conduit à une montée des incertitudes, doublée par l’annonce récente du renforcement des sanctions américaines.

Comment cet état de guerre quasi permanent touche particulièrement l’économie du pays ?

L’économie iranienne est dépendante du revenu pétrolier. Si les sanctions existantes depuis des années étaient plus légères, le pétrole pourrait représenter entre 20 et 30 % des revenus de l’État et au moins 40 à 50 % des recettes en devises, en exportations. Il existe néanmoins un secteur industriel en Iran, une agriculture, des services.

L’économie du pays possède un énorme potentiel parce que le niveau d’éducation est relativement élevé. Il existe des réserves de pétrole, des réserves de gaz, des minerais. De plus, l’Iran se trouve au carrefour des relations économiques et commerciales entre l’Asie et l’Europe, et pourrait jouer un rôle de « cluster », attirer énormément d’investissements étrangers.

Mais son économie est indissociable des sanctions à laquelle elle est soumise quasiment depuis la révolution. Ce qui n’empêche pas une capacité de développement. Jusqu’au début des années 2000, on a enregistré une baisse de la pauvreté, des politiques visant notamment la création d’un système de sécurité sociale, des investissements dans les régions, permettant de diminuer les écarts de développement entre les villes et les campagnes, qui étaient criants au temps du shah.

En quoi les annonces du secrétaire d’État au Trésor états-unien vont changer quelque chose ?

Leur idée est de créer une asphyxie qui détruise l’économie iranienne. C’est une attaque contre le droit international. Lors du dernier forum économique mondial à Davos, le secrétaire d’État au Trésor, Scott Bessent, s’était réjoui en disant que les manifestations de décembre-janvier en Iran avaient été provoquées par leurs sanctions.

C’est une stratégie qui pose problème. Les États-Unis affirment qu’ils vont sanctionner tous les pays qui maintiennent des relations commerciales avec l’Iran. La grande question réside donc dans l’attitude de la Chine, seul pays à acheter du pétrole à l’Iran.

Le secrétaire d’État au Trésor affirme qu’il va mettre en place un embargo sur le dollar pour les pays commerçant avec l’Iran, en oubliant que le système qu’a instauré la Chine avec Téhéran, les transactions sur le pétrole iranien se font en yuans, ce qui oblige les Iraniens à importer des produits chinois en yuans. D’autres pays commercent avec l’Iran, mais le principal partenaire commercial est vraiment la Chine. Pékin va-t-il céder aux sanctions de Washington ?

Comment l’Iran peut répondre à cette nouvelle attaque des États-Unis ?

Il semblerait que près de 80 millions de barils de pétrole iranien soient déjà sortis du golfe Persique, stockés en Asie, avec pour destination la Chine. Ce qui permettrait à l’Iran de tenir quelques mois. Par ailleurs, l’Iran se préparait à ça. Des réserves en devises auraient été faites. À quel point est-il possible d’empêcher le commerce avec l’Iran, frontalier avec sept pays ? Le commerce informel est très difficile à limiter.

Enfin, le gouvernement doit prendre des mesures pour prévenir les pénuries et éviter qu’il y ait des révoltes. Mais l’idée selon laquelle, tout d’un coup, il va y avoir une crise économique telle que le gouvernement iranien va hisser le drapeau blanc et céder à toutes les exigences américaines n’est pas, au vu du passé, un scénario à privilégier.

Comment l’Iran peut-il utiliser la question du détroit d’Ormuz ?

Les prises de décisions politiques en Iran dépendent fortement des radicaux et des gardiens de la révolution. Leur priorité est de garder le contrôle du détroit d’Ormuz parce qu’ils pensent que les États-Unis ne cherchent qu’un prétexte pour les réattaquer. C’est un instrument de pression.

Je ne vois vraiment pas les Iraniens céder sur ce point. Ils en acceptent le coût. Le gouverneur de la banque centrale d’Iran a d’ailleurs concédé que les exportations de pétrole de son pays sont carrément arrêtées à cause du blocus américain.

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Source: https://www.humanite.fr/monde/chine/sanctions-americaines-contre-liran-sur-le-plan-macroeconomique-la-situation-est-tres-grave

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