
Douze ans de retard, de multiples aléas techniques et maintenant un an d’arrêt forcé pour l’EPR de Flamanville qui doit subir une vaste inspection de contrôle. L’occasion, entre autres, de remplacer le couvercle de la cuve défectueuse.
Par Emile MASSEMIN
Moins de deux ans après sa mise en service, l’EPR de Flamanville va s’éteindre samedi 26 septembre pendant une année presque complète — 350 jours — pour sa première visite de contrôle (VC1). Objectif : inspecter minutieusement chaque recoin de l’installation pour confirmer qu’elle peut fonctionner avec un niveau de sûreté suffisant.
Ce chantier imposé par la règlementation s’annonce hors norme : EDF prévoit 20 000 activités représentant 24 000 heures de travaux menés par quelque 2 500 intervenants et 200 entreprises, pour un coût évalué à plusieurs centaines de millions d’euros. Plusieurs contrôles majeurs doivent avoir lieu : l’examen complet de la paroi de la cuve — équipement majeur de sécurité puisqu’il abrite la réaction atomique — à l’aide d’un robot ; test de résistance avec montée en pression, jusqu’à 206 bars au lieu des 155 habituels, dans le circuit primaire – où circule l’eau radioactive qui transporte la chaleur produite par la fission nucléaire jusqu’aux générateurs de vapeur ; épreuve de l’enceinte de confinement, à 5 bars, pour vérifier son étanchéité…
Cette première visite sera surtout l’occasion de remplacer le couvercle de la cuve défectueuse du réacteur. L’anomalie de cette pièce, une concentration excessive de carbone dans l’acier qui compromet sa capacité à résister à la propagation brutale d’une fissure, avait été découverte dès fin 2014. Ce scandale avait mis en lumière l’étendue des manquements et des falsifications opérées à l’usine Areva du Creusot, où cette pièce avait été forgée, et sur lesquels Reporterre avait longuement enquêté en 2017.
Le fond de la cuve, qui présente le même défaut, ne sera pas changé. « À la différence du couvercle, qui est géométriquement plus compliqué, le fond de la cuve est lisse, ce qui permet de procéder à des contrôles non destructifs au cours de la vie du réacteur », a justifié Julien Collet, directeur adjoint de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), interrogé par Le Monde.
Douze ans de retard
Cet arrêt est l’aboutissement d’une interminable mise en service. Annoncé pour 2012, l’allumage du dernier-né des réacteurs français, d’une puissance de 1 600 mégawatts (MW), n’a eu lieu que le 21 décembre 2024, soit avec près de douze ans de retard. Le coût de construction a lui aussi explosé : d’un devis initial de 3,3 milliards d’euros, il a atteint 23,7 milliards d’euros d’investissements d’après un rapport de la Cour des comptes.
La période qui a suivi a elle aussi été mouvementée. « Depuis la mise en service du réacteur, EDF a déclaré un nombre d’événements significatifs pour la sûreté plus important que ce qui était attendu, même pour le démarrage d’un nouveau réacteur », relevait l’ASNR dans un rapport en mai 2025. L’EPR a ainsi connu plus de six mois cumulés d’arrêt à cause de divers aléas techniques : débit d’eau insuffisant dans le circuit de refroidissement ultime puis fuite de vapeur et d’eau radioactive sur le circuit de refroidissement à l’arrêt, problèmes d’étanchéité sur des soupapes du circuit primaire, défaillances sur le réseau à haute tension lors du passage de la tempête Goretti en janvier, etc.
Avec pour conséquence une production moindre qu’attendue : si l’EPR de Flamanville a bien produit 7 térawattheures (TWh) en 2026, conformément au volume prévu, il n’a injecté que près de 10 TWh depuis son raccordement au réseau, soit 4 TWh de moins qu’escompté.
Lire aussi : Fiasco de Flamanville : EDF blâmée par l’Autorité de sûreté nucléaire
Un contrôle jugé peu ambitieux
Ces précédents inquiètent le Comité de réflexion, d’information et de lutte antinucléaire (Crilan). L’association, implantée dans le Cotentin depuis 1980, n’est qu’à moitié rassurée par cette première visite de contrôle, qu’elle juge peu ambitieuse. « Nous avons demandé lors d’une dernière CLI [commission locale d’information] si les soupapes seraient changées à l’occasion de la VC1. On nous a dit que non », rapporte André Jacques, président du Crilan et membre de CLI de Flamanville, à Reporterre.
L’association a déjà déposé plainte en 2025 à ce sujet auprès du procureur de la République, après le redémarrage du réacteur sans que ces pièces aient été changées. André Jacques s’émeut aussi du maintien en fonctionnement du fond de cuve défectueux, ainsi que d’un design particulier de cette pièce qui peut provoquer des vibrations risquant d’endommager les assemblages de combustible : « Le programme de travaux ne comprend pas le changement de l’instrumentation du fond de cuve, qui a des effets sur la circulation de l’eau au milieu des barres de combustible. On nous a simplement dit qu’il y aurait un renforcement de ces barres. »
Surtout, « nous, ce n’est pas une VC1 que nous demandons », rappelle le président du Crilan. « Depuis cinq ans, c’est tout simplement une expertise indépendante et contradictoire pour savoir si cet EPR est en capacité de fonctionner en toute sûreté et en toute sécurité pour la population. » Contactés, l’ASNR et EDF disent n’avoir pas eu le temps de répondre à Reporterre dans le délai imparti.
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