Éric Coquerel : « Je veux travailler davantage sur l’évasion fiscale » ( mediapart.fr – 30/06/22 )

Éric Coquerel à l’Assemblée nationale, le 28 juin 2022. © Photo Arthur Nicholas Orchard / Hans Lucas via AFP

Élu au terme d’un scrutin à suspense, le nouveau président insoumis de la commission des finances revient sur la manière dont il envisage son mandat. Il promet un changement de pratique profond.

Après ses déconvenues sur la questure, La France insoumise (LFI) a gagné, jeudi 30 juin à midi, la bataille de la présidence de la commission des finances. Au terme de plusieurs heures de suspense où se sont multipliées les suspensions de séance, le député insoumis de Seine-Saint-Denis, Éric Coquerel, a été élu à l’un des postes les plus convoités de la législature.

Attribuée, selon le règlement de l’Assemblée nationale, à « un député appartenant à un groupe s’étant déclaré d’opposition », cette présidence, qui fut naguère occupée par des socialistes (comme Dominique Strauss-Kahn, Henri Emmanuelli et, quelques années plus tard, Jérôme Cahuzac), et durant la dernière législature par l’élu Les Républicains (LR), passé depuis chez Emmanuel Macron, Éric Woerth, offre en effet un pouvoir important d’investigation en matière fiscale et budgétaire.

D’où la panique qui s’est emparée de la droite, ces dernières semaines, le député LR Julien Dive craignant que la commission ne devienne « l’antichambre de Mediapart », Gilles Carrez redoutant que l’Insoumis ne s’apprête à « jeter en pâture les dossiers fiscaux de particuliers, voire d’entreprises ». Éric Coquerel se présentait notamment face au député du Rassemblement national (RN) Jean-Philippe Tanguy, qui a dénoncé une « piraterie » après sa défaite. Marine Le Pen, elle, a parlé de « nouvelle trahison » en s’attaquant à ce qu’elle qualifie d’« extrême gauche sectaire ».

À gauche, l’investiture d’Éric Coquerel comme candidat commun de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) a donné lieu à des jours de négociations dans une ambiance parfois tendue, notamment avec le Parti socialiste (PS), où Valérie Rabault, ancienne rapporteure du budget, faisait figure de personnalité taillée pour le rôle. Si celle-ci obtient comme lot de consolation la vice-présidence de l’Assemblée, Éric Coquerel emporte aujourd’hui une victoire aussi symbolique que politique. Entretien.

Vous sortez victorieux de plusieurs heures d’un scrutin à suspense. Est-ce la gauche qui gagne à travers vous ?

Éric Coquerel Je suis ému parce que c’est une victoire importante. Pour plein de raisons. D’abord, c’est la concrétisation, de fait, du rassemblement de toutes nos formations au sein de la Nupes. Il y a eu un sans-faute et nous avons vraiment travaillé de manière solidaire avec les socialistes, les communistes et les écologistes. Ma deuxième satisfaction, cette fois pour la démocratie, c’est aussi que la majorité a joué le jeu et n’a pas participé au vote, comme c’est l’usage.

Cela aurait en effet pu faire pencher le scrutin en faveur du candidat du Rassemblement national, comme cela a été le cas, hier, pour le vote du bureau de l’Assemblée lors duquel la majorité et la droite ont participé à l’élection de deux vice-présidents du RN…

Oui, il y avait de quoi être inquiet. Le risque était aussi que quelqu’un décide de prendre la tête d’un barrage anti-LFI en espérant fédérer les voix du milieu du Rassemblement national. Mais cela ne s’est pas passé, et il a semblé qu’il y a eu, cette fois-ci, une certaine étanchéité. Par ailleurs, j’ai siégé durant les cinq dernières années au sein de la commission des finances. Peut-être que le concret a, cette fois, primé sur certaines déclarations politiques visant à discréditer ma candidature.

Comment envisagez-vous votre mandat ?

Je pense que mon rôle est d’abord de faire respecter les droits de l’Assemblée. D’autant plus au sein d’une Assemblée où il n’y a pas de majorité absolue. J’ai vu que, ces dernières années, certains calendriers ont été souvent précipités de la part du gouvernement : tout à coup, en plein milieu de la loi de finances, nous, commissaires des finances, voyions tomber un projet de loi de finances rectificative et on ne pouvait rien faire. Cela ne se déroulera plus de la même manière.

Ensuite, je compte bien utiliser ma fonction en lien avec ce que sont les préoccupations de la Nupes. Par exemple, je veux travailler davantage sur l’évasion fiscale que sur la pertinence des baisses d’impôts. Je préfère aussi travailler sur les conséquences des politiques de diminution des dépenses publiques dans les ministères, dans les différents services publics, plutôt que de mettre l’accent sur l’État trop dépensier.

Certains à droite vous ont accusé de vouloir faire sortir les secrets fiscaux…

La commission a en effet des prérogatives propres sur les questions de secret fiscal, même si c’est encore peu utilisé. Mais il est hors de question pour moi, et je vous le dis d’autant plus volontiers qu’on a dit que j’allais fournir je ne sais quelle information à Mediapart [il rit], de créer un cabinet noir. Par contre, s’en servir pour amender, mettre au jour les problématiques d’optimisation fiscale qui sont plutôt de l’évasion fiscale, ça oui. 

Vous devenez, de fait, la principale figure parlementaire de l’opposition à Emmanuel Macron ?

Oui, c’est clairement le poste le plus politique de l’Assemblée, le plus important en réalité. Et cela montre que la gauche est la principale opposition au pouvoir. Par ailleurs, je tiens à ajouter que je suis fier qu’un profil comme le mien – j’ai eu mon bac en candidat libre et j’ai passé la majeure partie de ma vie à travailler et à militer – puisse accéder à un tel poste. 

Auteur : Pauline Graulle

Source : Éric Coquerel : « Je veux travailler davantage sur l’évasion fiscale » | Mediapart

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