« Flavio Bolsonaro est un fasciste d’extrême droite, il n’a rien de modéré », explique Aldo Arantes, figure du parti communiste du Brésil (H.fr-29/09/26)

« Si Flavio Bolsonaro accède au pouvoir, il va approfondir les politiques destructrices mises en place par son père », prédit le communiste. © REUTERS/Marx Vasconcelos

À quelques jours du scrutin présidentiel du 4 octobre, Aldo Arantes, figure historique du Parti communiste du Brésil, souligne l’opposition frontale des modèles de société défendus par le président sortant de gauche Lula et le candidat de l’extrême droite Flavio Bolsonaro. Puissance souveraine ou soumission à l’empire états-unien est l’un des enjeux de cette élection.

Par LUIS REYGADA

Les Brésiliens sont appelés aux urnes le 4 octobre pour le premier tour de l’élection présidentielle, marquée par un duel qui s’annonce très serré entre le président sortant de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva, et le sénateur d’extrême droite Flavio Bolsonaro.

Les 158 millions d’électeurs définiront aussi la tendance de leur nouveau Parlement (avec les 513 sièges de la Chambre des députés entièrement renouvelés, ainsi qu’un tiers des 81 sièges du Sénat), avec l’élection de la totalité des gouverneurs et des assemblées législatives des 27 États fédérés. Pour Aldo Arantes, figure historique du Parti communiste du Brésil (PCdoB), si Lula parvient à s’imposer au second tour le 25 octobre, il aura sûrement affaire à un Congrès très conservateur.

Comment comprendre que Flavio Bolsonaro, héritier politique d’un président d’extrême droite qui a laissé tant de blessures au Brésil, puisse séduire un électorat aussi large ?

Aldo Arantes,Membre du comité central du PCdoB, candidat au Sénat

L’extrême droite a réussi à convaincre une partie significative de la population avec sa « guerre culturelle », menée à coups de fake news, la manipulation du sentiment religieux, le tout grâce à une utilisation très efficace des réseaux sociaux.

C’est ce qui explique la continuité du soutien qu’apportent divers secteurs de la population au candidat Flavio Bolsonaro. Mais l’extrême droite est parfois rattrapée par la réalité, avec par exemple les affaires judiciaires qui reviennent à la surface, comme tout récemment avec le détournement de fonds publics « Dark Horse » (le député bolsonariste Mario Frías et la productrice d’un documentaire consacré à l’ancien président Jair Bolsonaro sont soupçonnés d’avoir détourné des fonds parlementaires pour financer le film, NDLR). Je pense que cela va impacter le processus électoral, notamment les électeurs encore indécis.

Flavio Bolsonaro a aussi un discours plus modéré que celui de son père. Est-il le candidat d’une droite classique ou s’agit-il de la même droite radicale ?

Flavio Bolsonaro est un fasciste d’extrême droite, il n’a rien de modéré. S’il accède au pouvoir, il va approfondir les politiques destructrices mises en place par son père. La situation est grave, nous savons que la victoire sera extrêmement disputée.

En tant qu’ancien député fédéral qui connaît bien la composition du Congrès, je m’inquiète énormément car nous n’avons jamais eu un Congrès aussi réactionnaire, aussi conservateur que celui-ci. Quelle sera sa nouvelle composition après le 4 octobre ? Même si Lula parvient à s’imposer au second tour de la présidentielle le 25 octobre, il aura sûrement affaire à un Congrès très conservateur.

Les résultats économiques du gouvernement ne sont pas mauvais, mais la perception des électeurs sur les prix des produits de première nécessité est devenue une arme électorale pour Flavio Bolsonaro. La difficulté de cette campagne n’est-elle pas de devoir répondre à la « politique de la perception », qui écrase les questions structurelles ?

Malgré les obstacles opposés par le Congrès national, Lula est parvenu à obtenir de bons résultats qui se reflètent sur divers indicateurs : lutte contre la pauvreté et la faim, chômage, réforme fiscale. Le 25 septembre, le gouvernement a adopté une mesure très forte et symbolique, avec un décret interdisant les paris sportifs en ligne.

Ces jeux d’argent ont de très graves conséquences pour les familles brésiliennes, et participent à leur endettement (huit familles brésiliennes sur dix font actuellement face à une forme d’endettement, selon des données publiées en août par la Confédération nationale du commerce, NDLR).

Lula intensifie sa campagne sur le soutien aux secteurs les plus précaires avec des mesures concrètes, comme un programme d’allègement de dette pour les familles, une revalorisation de 15 % des prestations sociales du programme « Bolsa Familia » (Bourse famille, dont bénéficient plus de 50 millions de personnes en situation de pauvreté, NDLR). Voilà la stratégie : face aux mensonges, du concret.

Comment décrivez-vous les deux modèles de société qui s’affrontent dans ce scrutin ?

Le modèle de société que défend la gauche est tourné vers le développement et l’industrialisation du pays. Il repose également sur la défense d’une meilleure distribution des revenus, une attention soutenue à l’éducation, à la recherche scientifique et technologique.

Tout cela en prenant en compte la préservation de l’environnement. Les résultats obtenus sur le plan de la préservation de l’Amazonie sont très positifs et encourageants. Les deux piliers fondamentaux de ce projet sont le respect de la démocratie et l’affirmation du Brésil comme puissance : la défense de notre souveraineté est au cœur de notre combat.

Flavio Bolsonaro défend exactement le contraire, avec une politique de soumission à l’empire états-unien, qui vise à brader nos richesses, tout particulièrement nos terres rares. Il annonce qu’en cas de victoire il va amnistier son père, comme si tout ce qui s’est passé au Brésil n’avait pas la moindre importance : le rôle de Jair Bolsonaro dans l’articulation de la tentative de coup d’État (de janvier 2023), les institutions et l’État démocratique attaqués, etc. Son projet est mortifère pour les questions environnementales ou encore sécuritaires. Il est l’extrême contre-pied des politiques de Lula.

Source: https://www.humanite.fr/monde/amerique-latine/flavio-bolsonaro-est-un-fasciste-dextreme-droite-il-na-rien-de-modere-explique-aldo-arantes-figure-du-parti-communiste-du-bresil

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