
Une jeune manifestante brandit une pancarte dénonçant les économies budgétaires et le mépris envers la jeunesse, à Paris, le 17 octobre 2026.© Sophia Berger
Secrétaire confédéral de la CGT, Thomas Vacheron met en avant le succès de la journée de mobilisation du 17 octobre. Il exige du gouvernement qu’il respecte le droit de manifester et estime que la mobilisation, si elle s’élargit encore, peut permettre de l’emporter.
Par Pierre-Henri LAB
Quel bilan tirez-vous de la mobilisation du samedi 17 octobre ?
Thomas Vacheron
Secrétaire confédéral de la CGT
La mobilisation qui fait suite à la grève du 29 septembre et au mouvement dans la jeunesse est énorme. Quelque 800 000 personnes ont manifesté dans toute la France. Les cortèges rappelaient ceux contre la réforme des retraites en 2023 et leur diversité : des manifestants de tout âge, des lycéens aux retraités, du public et du privé, des manifestations aussi bien dans des centres-villes et des quartiers populaires que dans les campagnes.
De nombreux jeunes ont pris la tête des cortèges, notamment à l’appel de l’intersyndicale jeune en faveur des dix mesures d’urgence pour la jeunesse portées par l’Union étudiante, l’Unef, la Fage (Fédération des associations générales étudiantes) et l’USL (Union syndicale lycéenne). Alors que tout a été fait pour segmenter et séparer, des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées autour de leurs revendications.
L’urgence, aujourd’hui, est d’apporter une réponse aux revendications de la jeunesse sur la rénovation des bâtiments, le recrutement d’enseignants et la suppression de Parcoursup et à celles des travailleurs et des retraités sur les salaires, les pensions et la vie chère.
Des centaines de blessés et d’importants dégâts matériels… Qui porte la responsabilité des violences ?
Ces violences sont l’échec du gouvernement. Il a sous-estimé les colères et leur effet cumulatif – avec le tassement des salaires et des retraites, qui n’ont pas retrouvé au regard de l’inflation leur niveau de 2020 –, ainsi que le nombre de manifestations et de personnes mobilisées.
Le pouvoir en place est plus efficace pour réprimer les manifestants que pour protéger les commerces et les bâtiments publics. La violence est contre-productive et sert le gouvernement. L’efficacité, c’est la massification de la mobilisation.
La stratégie de l’exécutif, c’est de parler des 1 % qui sont violents contre les 99 % qui manifestent dans le calme, la bonne humeur et la détermination. Emmanuel Macron a inauguré ses quinquennats en éborgnant des gilets jaunes, il les termine en mutilant des enfants. Le droit de manifester doit être rétabli et le gouvernement doit laisser les syndicats organiser les cortèges qu’ils ont la capacité de sécuriser, en protégeant les manifestants.
Quel jugement portez-vous sur la gestion par le gouvernement de ce mouvement social ?
La CGT alerte depuis des mois sur la gravité de la situation et la colère qu’elle génère justement parce qu’aucune réponse n’est apportée aux préoccupations, aux besoins et aux revendications de la population. Le gouvernement persiste dans sa politique de l’offre et du prétendu « ruissellement ». Résultat, c’est l’arrosage automatique pour les plus privilégiés et la sécheresse généralisée pour l’ensemble de la population.
Le gouvernement doit répondre aux revendications. Contrairement à ce qui est répété, il existe des marges de manœuvre dans le budget ! Il faut prendre l’argent là où il est, arrêter les cadeaux fiscaux aux plus fortunés et le versement sans contrepartie des aides publiques aux entreprises, qui atteignent plus de 210 milliards d’euros chaque année plutôt que d’imposer l’austérité pour les services publics, les jeunes, les salariés et les retraités. Pour reprendre un slogan entendu en manifestation samedi : il faut prendre l’argent aux milliardaires, pas aux précaires.
Quelles suites aux mobilisations du 17 octobre ?
Une première manifestation aura lieu à Strasbourg mardi 20 octobre contre le « 28ᵉ régime », projet de dumping social de la Commission européenne – qui vient aggraver la directive Bolkestein d’il y a vingt ans (finalement abandonnée à la suite de la contestation sociale) –, qui permettrait à une entreprise de s’immatriculer dans le pays européen de son choix et d’en appliquer la législation. C’est-à-dire ni plus ni moins qu’une remise en question du droit du travail français.
Nous appelons aussi les salariés à se mobiliser dans les entreprises pour la réouverture de négociations salariales, à s’y organiser syndicalement et à y construire collectivement des initiatives pour appuyer leurs revendications.
Enfin, nous appelons à participer massivement dans tout le pays à la grande grève intersyndicale du public et du privé, des jeunes et des retraités du 5 novembre. Cette journée doit être préparée collectivement pour gagner sur nos revendications concernant les salaires, les pensions, la vie chère et les services publics et celles de la jeunesse. Le gouvernement n’a jamais été aussi fragile.
Si on participe en nombre, si on convainc nos collègues de travail, nos amis et notre famille de se mobiliser, alors nous pouvons gagner. La victoire est à notre portée.
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