
On ne sait pas clairement pourquoi les États-Unis ont fait une pause après avoir ciblé les zones côtières et les infrastructures iraniennes au cours d’une escalade de près de deux semaines, déclenchée par les tirs iraniens sur des navires tentant de transiter par le détroit d’Ormuz.
Par Pierre BARBANCEY.
L’Iran cessera ses propres attaques tant que les États-Unis en feront autant. C’est ce qu’ont déclaré les officiels iraniens, dimanche 26 juillet, après presque deux semaines de bombardements intensifs. De manière inexpliquée, Washington a, en effet, suspendu ses frappes et Téhéran, qui ripostait chaque nuit aux attaques américaines par ses propres frappes contre les pays voisins abritant des bases US, a également cessé le feu.
Pourquoi ? C’est la question. Certaines sources affirment que les conseillers de Donald Trump ont exprimé leurs inquiétudes quant à l’épuisement de l’arsenal américain, notamment par la diminution des stocks d’intercepteurs pour abattre les missiles iraniens.
Un signe évident de faiblesse qui n’est pas nouveau. La demande pressante de Trump, dès le mois de février, à ses alliés de l’Otan, pour participer à la guerre, était en partie motivée par cette crainte d’un manque de protection antimissiles. Mais l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU, Mike Waltz, s’est efforcé de masquer ce fait en expliquant sur plusieurs chaînes de télévision outre-Atlantique que Trump avait décidé de suspendre les attaques américaines pour laisser davantage de place à la diplomatie.
« Une pause tactique plutôt que sincère »
Sur le plateau de l’émission « Meet the Press » de NBC, Waltz a déclaré que l’armée américaine « dispose de tout ce dont elle a besoin », tout en précisant que lorsque le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a pris ses fonctions sous l’administration Trump, il a « hérité d’une situation de pénurie ».
La décision de Trump de suspendre les frappes a fait suite à une réunion tenue vendredi — selon plusieurs médias — au cours de laquelle le général Dan Caine, patron des chefs d’état-major interarmées, ainsi que d’autres hauts responsables militaires et politiques, ont fait part de leurs inquiétudes. CNN a ainsi rapporté que le vice-président JD Vance avait exprimé des réserves. Pour sa part, le site Axios a indiqué que le commandant en chef des forces américaines au Moyen-Orient, l’amiral Brad Cooper, avait conseillé d’arrêter la campagne de bombardements, celle-ci ayant atteint les limites de son efficacité.
Une source iranienne de haut rang, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré à Reuters que Téhéran ne voyait pas dans la décision de Trump de suspendre les frappes un changement majeur de la position de négociation américaine. « Le scepticisme l’emporte sur l’optimisme concernant l’arrêt des attaques. L’opinion dominante est que cette pause est tactique plutôt que sincère. L’Iran a accumulé une expérience amère face à ce qu’il considère comme de la duplicité américaine », a affirmé la source.
La période de 60 jours qui a débuté lorsque l’accord intérimaire a été signé par les deux pays à la mi-juin est désormais bien avancée dans sa seconde moitié, et les questions majeures qui étaient censées être négociées – notamment le programme nucléaire iranien au cœur des tensions – restent mises de côté, alors que les médiateurs tentent de maintenir les deux parties en discussion. Un responsable régional impliqué dans les efforts de médiation a déclaré que la diplomatie était en cours et qu’une pause dans les frappes américaines et iraniennes était un « signal positif qui aidait leurs efforts de désescalade ».
L’impasse d’Ormuz
Quelles que soient les raisons de cet arrêt provisoire des hostilités, il s’agit d’une bonne nouvelle pour les peuples de la région. Il reste que l’attitude des États-Unis montre qu’ils ne savent toujours pas comment sortir de cette guerre lancée il y a cinq mois conjointement avec Israël, et dans laquelle les a plongés Benyamin Netanyahou.
Alors qu’avant la guerre, les navires pouvaient circuler librement sur la voie navigable du détroit d’Ormuz, c’est maintenant l’impasse. Téhéran, qui fait valoir ses droits sur le contrôle de cette passe stratégique, a depuis bloqué le transit, étranglant les marchés mondiaux de l’énergie. Augmentant ainsi la pression sur Donald Trump qui, au-delà de ses forfanteries habituelles, a du mal à trouver une voie de sortie.
Pis, la semaine dernière, les Houthis alliés de l’Iran, qui contrôlent des parties importantes du Yémen, se sont engagés dans leur plus grande escalade depuis 2022 avec l’Arabie saoudite, partenaire incontournable des États-Unis. Désormais sur une autre voie navigable cruciale dans la région, le détroit de Bab al-Mandeb vers la mer Rouge.
Donald Trump, qui reçoit pour la énième fois Benyamin Netanyahou à la Maison-Blanche ce mardi 28 juillet, n’aura que l’embarras du choix pour les sujets de discussion. Avec une question lancinante : jusqu’à quand les bombardements seront-ils suspendus alors que le premier ministre israélien a absolument besoin du chaos régional pour se maintenir au pouvoir ?
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