
La majeure partie du Morbihan, et un vaste territoire autour de Quimper (Finistère) sont passés en crise sécheresse, le niveau d’alerte le plus élevé. Les restrictions d’eau sont de rigueur. Les agriculteurs sont inquiets. L’industrie agroalimentaire s’adapte. Les particuliers sont priés d’économiser l’eau.
Par Laetitia JACQ-GALDEANO
Des communes du Finistère ravitaillées en bouteilles d’eau. L’île de Groix contrainte en urgence de dessaliniser son eau. Le scénario catastrophe de l’été 2022 face à la pénurie d’eau se reproduira-t-il en 2026 ? Une certitude : la Bretagne en manque de plus en plus et la carte des niveaux d’alerte officiels vire au rouge.
En quelques jours, la majeure partie du Morbihan et un vaste territoire autour de Quimper sont passés en crise sécheresse, le niveau le plus élevé. Le reste du Finistère, du Morbihan, les pays de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) et de Loudéac (Côtes-d’Armor) sont en orange cramoisi (alerte renforcée). Seuls une bonne partie des Côtes-d’Armor et de l’Ille-et-Vilaine restent en alerte sécheresse.



« Il y a une forte inquiétude »
Dans une Bretagne dépourvue de grosses nappes phréatiques, et dépendante de ses rivières et de ses barrages, ces niveaux d’alerte permettent des mesures de restriction tous azimuts pour les particuliers, qui consomment 77 % de l’eau bretonne, les agriculteurs, les collectivités et les entreprises.
Dans les communes placées en crise sécheresse, il est interdit d’arroser les pelouses, de remplir les piscines, d’alimenter les fontaines publiques, de laver les véhicules dans les stations de lavage ou de nettoyer ses façades. L’irrigation agricole, hors grandes cultures, est soumise à l’autorisation du préfet, et les industriels prélevant plus de 10 000 m³ par an doivent réduire leurs prélèvements. Dans les communes qui ne sont pas en crise sécheresse, les restrictions sont allégées.
La situation n’a rien à voir avec 2022 où on avait eu de petits orages, soupire Laurent Kerlir, président de la chambre d’agriculture de Bretagne. Il y a une forte inquiétude. Nos rivières sont extrêmement sensibles. Les niveaux sont ceux d’une fin d’été ou d’une fin septembre. Pour moi, c’est à comparer avec la sécheresse de 1976. Le Finistère atteint par de telles canicules, on n’a jamais vu ça.
Productions de légumes industriels et de grandes cultures catastrophiques
, affouragements très difficiles
, surmortalité dans les élevages en raison de la canicule et grosses inquiétudes sur la production d’herbe de l’automne… Le manque d’eau plombe le moral des troupes agricoles. C’est compliqué
, euphémise Laurent Kerlir. Quelle serait la capacité du réseau d’eau potable pour alimenter les fermes si leur forage se tarissait ? Pour le moment, les agriculteurs ont tellement de motifs d’inquiétude immédiats…
Lire aussi : On va droit dans le mur
, dans le Centre-Bretagne, Benoît Rolland relance le débat sur l’eau et l’irrigation agricole
25 % d’économies d’eau pour l’agroalimentaire
Très gourmandes en eau, les industries agroalimentaires sont contraintes d’adapter leur production et de faire 25 % d’économies d’eau dans les communes placées en crise sécheresse. Sauf si elles ont prélevé 20 % d’eau en moins depuis 2018, si elles ont recyclé plus de 20 % de leur eau ou si ce sont des entreprises de première transformation comme les abattoirs, les laiteries, les conservations de légumes ou de sardines
, précise Clothilde d’Argentré, cheffe de projets Environnement et filière au sein de l’Association bretonne des entreprises agroalimentaires (Abea).
Depuis 2019, ce turbo de l’économie bretonne a pourtant fait beaucoup d’efforts au point de réduire sa consommation d’eau de trois points. Il ne pèse plus que 11 % de la consommation d’eau dans la région. Et elles vont continuer à en faire, note Clothilde d’Argentré. Elles n’ont pas le choix si elles veulent produire.
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