
Le 27 septembre, la moitié du Sénat sera renouvelée. Reporterre dresse le portrait de huit candidats investis par le Rassemblement national qui multiplie les sorties critiquant les écologistes, les musulmans, les personnes LGBT ou vantant des régimes autoritaires.
Par Alexandre REZA-KOKABI, Emilie MASSEMIN, Fanny MARLIER, Marie ASTIER & Moran KERINEC
Au moment de la dissolution en 2024, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, reconnaissait « quatre ou cinq brebis galeuses » parmi les candidatures de son parti. Plusieurs enquêtes journalistiques, notamment de Mediapart et Streetpress, avaient identifié des centaines d’aspirants députés aux propos haineux et complotistes.
Assurant avoir en tiré les leçons, le parti d’extrême droite ne cesse assurer depuis être plus vigilant sur les profils de ses candidats. En juillet 2025, France Info indiquait même que le RN avait eu recours à « une entreprise spécialisée dans la réputation numérique » chargée de « traquer la photo, la vidéo, le post compromettant qui pourrait être exhumé du web, […] les propos racistes, homophobes ou antisémites, bien sûr, mais aussi les commentaires sur le conflit israélo-palestinien ou encore la Russie de Vladimir Poutine ».
Lire aussi : Pro-A69, pesticides et mégabassines… Ces sénateurs en pointe contre l’écologie
À l’approche des élections sénatoriales, qui se tiendront le 27 septembre, Reporterre a passé au crible plusieurs candidats du parti lepéniste, et repéré au moins huit candidats cumulant les publications discriminatoires. Certains possèdent déjà des mandats locaux, nationaux ou européens. D’autres concourent pour la première fois à une élection. La plupart ne cessent de laisser parler leur détestation des militants écologistes. Tous ont en commun des écrits climatoceptiques, sexistes, racistes ou antisémites.
Aisne — Paul-Henry Hansen-Catta, un ancien journaliste fan de chasse
Ancien président de la fédération départementale des chasseurs de l’Aisne, Paul-Henry Hansen-Catta mène la liste d’union du Rassemblement national dans l’Aisne. Le parti national mise sur la forte notoriété locale de cet homme de 70 ans pour espérer une surprise dans ce département.
Ancien journaliste à pour le magazine Valeurs actuelles puis au Figaro Magazine, il a dirigé le quotidien L’Union — alors propriété du collaborationniste Robert Hersant — avant de reprendre le magazine de chasse Le Saint-Hubert. Il revendique une correspondance avec Alain de Benoist, théoricien d’extrême droite, et confiait à Libération en 1999 se sentir « plus proche d’un agriculteur ultraproductiviste qui bourre son sol de produits chimiques » qu’un défenseur de la nature qui protège ses terres mais en interdit l’accès aux chasseurs. Il estimait, en 2021, que la chasse à courre ne devait pas être remise en cause, alors que Marine Le Pen qualifiait cette pratique de « cruauté qui n’est pas nécessaire ».
Sur sa liste, il est épaulé en numéro 2 par Claire Geronimi, vice-présidente de l’Union des droites pour la République (UDR) d’Éric Ciotti. Cette proche du collectif fémonationaliste Némesis a fondé l’association Éclats de femme, financée, comme l’a révélé StreetPress, par le fonds Périclès de Pierre-Édouard Stérin.
- Corrèze — Valéry Elophe contre les « prophètes de l’apocalypse climatique »
Sur X (ex-Twitter), à longueur de posts, Valéry Elophe laisse parler sa détestation des « écologauchistes » mais aussi, des homosexuels et des immigrés. Comme ce 30 décembre 2022 lorsque ce délégué du RN dans le département écrit : « Avec les terroristes écologauchistes on ne négocie pas, on les combat. » Valéry Elophe lie régulièrement lutte écologiste et insécurité tout en déversant sa haine des musulmans. « Au lieu de lutter contre les racailles, les écologauchistes se vautrent dans la soumission. Les khmers verts sortent les discours les plus sévères concernant le “climat” et pour l’insécurité, ils manquent de courage par lâcheté et obéissance aux barbus qui tiennent les quartiers », écrit-il par exemple en décembre 2022, comme l’a également repéré le média Les Jours.
Il arrive que cet élu régional de Nouvelle-Aquitaine assume carrément son climatoscepticisme. « Avis aux prophètes des malheurs climatiques, en hiver il fait froid et aujourd’hui il fait froid… », poste-t-il en décembre 2022. Ou qu’il interpelle lors d’un été non-caniculaire : « Que vont dire les prophètes de l’apocalypse climatique avec le retour de l’automne en été ? »
En Corrèze, le candidat du parti lepéniste a récemment fait l’objet d’une condamnation définitive pour injure publique à l’encontre de la CFDT. En novembre 2023 Valéry Elophe avait qualifié les syndicats participants à un rassemblement pour la paix à Tulle organisé après l’attaque du Hamas sur Israël le 7 octobre d’« idiots utiles et collaborateurs du Hamas ». Sans pour autant que cela ne dissuade le RN de l’investir pour les élections sénatoriales.
Le choix d’Amélie Rebière en guise de suppléante de Valéry Elophe n’a donc rien de surprenant : elle est l’ancienne vice-présidente de la Coordination rurale. Ce syndicat agricole aux méthodes outrancières est chantre de la contestation des mesures écologiques et défend une vision identitaire des paysans et un positionnement anti-État. Cette candidature vient renforcer la proximité idéologique de la CR avec l’extrême droite, déjà largement documentée.
- Finistère — Patrick Le Fur multiplie les attaques antimigrants
« Faudra pas venir se plaindre si un terroriste vert se prend un coup de fourche ! » tweetait Patrick Le Fur le 13 juin 2023, visant les militants des Soulèvements de la Terre venus dénoncer l’exploitation de carrières de sable en Loire-Atlantique https://reporterre.net/Muguet-arrache-Les-Soulevements-de-la-Terre-vivement-critiques.
Farouche opposant à l’éolien, le conseiller régional de Bretagne depuis 2015 cultive aussi un net penchant complotiste : après l’incendie de Notre-Dame de Paris, il a évoqué sur Twitter (ancien X) une origine criminelle plutôt qu’accidentelle, avant de relayer, en 2019, une vidéo censée démonter que des naufrages de migrants en Méditerranée étaient mis en scène… Elle était en fait issue du tournage d’un documentaire sur l’exode des Grecs d’Asie Mineure en 1922.
Les sorties racistes de cet ancien fusilier marin ne s’arrêtent pas là : après la mort d’un adolescent à la suite d’un refus d’obtempérer, il tweetait : « Bien triste pour ce jeune de 17 ans, mais quand un policier ou un gendarme vous demande de vous arrêter, vous vous arrêtez ! »
- Hérault — France Jamet, en lutte contre « l’écologie punitive »
L’eurodéputée est la fille de l’un des cofondateurs du Front national, Alain Jamet, et serait une amie d’enfance de Marine Le Pen. Elle a adhéré au parti quasiment depuis sa fondation, et en est une des pièces maîtresses dans l’Hérault et l’Occitanie : elle a été conseillère régionale, candidate aux législatives, conseillère municipale d’opposition à Montpellier et y a plusieurs fois conduit, y compris cette année, la liste RN aux municipales.
L’eurodéputée a un assistant parlementaire, Laurent Latruwe, que Le Monde décrit comme proche d’un groupuscule antisémite dissout en 2013, et auteur d’une histoire des WafenSS albanais. Auparavant, elle a elle-même été assistante parlementaire au Parlement européen et son nom apparaît dans l’affaire des emplois fictifs ayant amenée Marine Le Pen devant les juges.
L’un de ses combats ? L’éolien en mer, qui sacrifierait les pêcheurs « sur l’autel de l’écologie punitive et des lobbies verts »… au même titre que les aires marines protégées. Elle aime doter ses ennemis politiques de petits noms : l’ONG de défense des océans Bloom est qualifiée d’« écohystérique » ; ceux qui votent pour la voiture électrique au Parlement européen sont des « Ayatollah verts ». Elle fustige la décroissance car « s’effacer, ce n’est pas sauver la planète : c’est laisser la place aux autres ! »
Alors qu’en 2021 le Haut Conseil pour le climat saluait une baisse des émissions, elle commentait : « Moins d’émissions de gaz à effet de serre pour toujours un peu plus de chômage en France. »
Troisième sur la liste conduite par la députée Manon Bouquin, pour quatre sièges à pourvoir dans l’Hérault, il est probable que l’élue continue à siéger à Strasbourg.
- Indre — Mylène Wunsch et ses obsessions racistes
Conseillère régionale de la région Centre-Val de Loire, Mylène Wunsch fait partie de ces nombreux élus du parti d’extrême droite dont on ne compte plus les saillies racistes, antisémites, homophobes et climatosceptiques, comme l’ont récemment révélé Les Jours. Celle qui est aussi élue municipale à Châteauroux a été investie par le RN en tant que tête de liste aux élections sénatoriales dans l’Indre où deux sièges sont à pourvoir.
Mylène Wunsch, qui a passé son compte X en privé depuis, regrettait par exemple en janvier 2025 à propos du discours de la présidente de la région Centre-Val de Loire une « cérémonie axée sur et autour de l’écologie, de l’urgence climatique… Il nous semble que l’urgence est ailleurs, non ??? »
Parmi les cibles favorites de cette déléguée départementale du RN, on retrouve régulièrement la députée insoumise noire Danièle Obono pour laquelle elle ne retient pas ses insultes sexistes la qualifiant tantôt d’« hystérique », de « pauvre fille », ou encore de « morue ». En 2020, elle soutient Valeurs actuelles et sa bande dessinée raciste sur cette même députée estimant que le directeur de l’hebdomadaire d’extrême droite « n’avait pas à faire d’excuses ! ». Valeurs actuelles a été condamné deux ans plus tard pour « injures publiques à caractère raciste ».
D’autres publications racistes ont été exhumées par Les Jours et par Mediapart. Malgré tous ces écrits, le parti de Marine Le Pen n’a pas eu de mal à l’investir aux élections municipales de mars dernier et ne voit donc toujours pas d’inconvénients à lui donner sa confiance en vue des sénatoriales.
- Bas-Rhin — Virginie Joron et son affection pour les régimes autoritaires
« On a eu chaud cet été et je suis toujours étonnée quand on me dit que c’est de notre faute s’il pleut, s’il y a des nuages ou s’il fait chaud et que la seule solution c’est le communisme vert », assurait avec conviction Virginie Joron le 31 août 2023 sur ses réseaux sociaux. Candidate aux sénatoriales dans le Bas-Rhin, cette fidèle de Jean-Marie Le Pen est entrée au Parlement européen en 2019, et a vu sa popularité en ligne exploser durant la crise du Covid-19, relève Rue89Strasbourg.
Elle s’est illustrée par son opposition aux vaccins, et a d’ailleurs organisée une série de conférences au sein de l’institution européenne où elle a invité le professeur Christian Péronne, auteur d’affirmations trompeuses sur les vaccins contre la Covid-19, ainsi que la généticienne Alexandra Henrion-Caude, ancienne directrice de recherche à l’Inserm devenue une figure du mouvement antivax.
L’eurodéputée se montre à l’aise avec les régimes autoritaires. Après avoir rencontré le dictateur Bachar el-Assad en Syrie en 2019, elle a voyagé en Crimée occupée en 2020 en tant qu’observatrice du référendum constitutionnel russe. Malgré les irrégularités de ce vote, l’élue d’extrême droite n’a pas relevé d’entorse à ce processus électoral qui a autorisé Vladimir Poutine à rester au pouvoir jusqu’en 2036.
Ces voyages lui ont valu d’être placée sur une « liste noire » du Parlement européen l’empêchant pour six mois d’effectuer des missions d’observation d’élections à l’étranger. L’hémicycle européen lui reproche d’avoir bénéficié de voyages luxueux qui l’aurait conduit à produire des rapports positifs sur ces suffrages.
Au Parlement européen, Virginie Joron s’est notamment opposée au Green Deal, et particulièrement à l’imposition des zones à faibles émissions.
Lire aussi : Comment une machine à idées d’extrême droite s’en prend à l’écologie à Bruxelles
- Saône-et-Loire — Valérie Deloge est pour la gastronomie française et contre les « extrémistes verts »
Pour Valérie Deloge, candidate du Rassemblement national en deuxième position sur la liste de la Saône-et-Loire, les incendies qui ont frappé la Gironde cet été sont la faute des « normes environnementales » et de « l’écologie bureaucratique, punitive et déconnectée du terrain », comme elle l’a déclaré sur ses réseaux sociaux.
Elle affirme tenir ces informations de Bruno Lafon, le médiatique représentant des sylviculteurs de la région. Pourtant, c’est une lecture fausse de la tragédie qui a frappé la région, qui ne sert qu’à écarter la responsabilité de l’industrie du pin dans les incendies pour prendre la porter sur les écologistes comme l’a révélé Reporterre.
Pour l’élue d’extrême droite, qu’importe la réalité, la solution est de « simplifier les procédures », c’est-à-dire couper dans le Code de l’environnement. Éleveuse de mouton en Saône-et-Loire, Valérie Deloge se présente comme le porte-voie du monde agricole. Élue au Parlement européen en 2024, l’élu de 60 ans est membre de la Commission agriculture et développement rural (Agri) et suppléante en Commission de l’environnement, et de la sécurité alimentaire (Envi). Elle s’y est positionné en défenseuse de la gastronomie française qui serait selon elle « menacée par les normes européennes déconnectée et l’idéologie des extrémistes verts ».
Valérie Deloge s’est opposée à ce que l’étiquetage des bouteilles d’alcool signale le risque de cancer lié à sa consommation, contrairement à ce que préconise l’Organisation mondiale de la santé. « Je n’ignore pas les risques liées à l’alcool mais je refuse de stigmatiser le vin qui est synonyme de notre savoir-faire », a-t-elle alors assuré.
Auprès de Reporterre, l’eurodéputée rétropédale : « Je ne suis absolument pas opposée à l’information des consommateurs sur les risques liés à l’alcool. » Elle s’est également positionnée contre la réduction de la consommation de viande au profit de repas végétariens dans les écoles, considérée par l’élue comme un « dogme écologique » et pour l’abattage des loups.
- Seine-Maritime — Patrice Martin a une bête noire : les musulmans
Le député RN de la 6e circonscription de Seine-Maritime depuis 2024 est également candidat aux élections sénatoriales. En septième position sur la liste, « Au service des communes pour défendre la Seine-Maritime » pour seulement six sièges à pourvoir dans le département, sa candidature permet au au parti d’extrême droite de s’appuyer sur un nom connu localement.
L’agriculteur du pays de Bray est un habitué des sorties climatosceptiques et anti-écolos. Comme l’avait déjà raconté Reporterre, il a relayé en 2019 un post Facebook relativisant les deux canicules exceptionnelles de 2019 et qualifiant de « mensonges » leur lien avec le réchauffement climatique et la pollution.
Plus largement, son compte sur ce réseau social, guère plus alimenté de manière publique depuis mars 2020, est un florilège de relais de posts anti-immigration, islamophobes, dont nombre sont des relais de publications de sites d’extrême droite identitaire conspirationnistes très lus dans la fachosphère : Résistance républicaine (proche de Riposte laïque), Boulevard Voltaire, Fdesouche, le site suisse de « réinformation » d’extrême droite LesObservateurs.ch, voire Sputnik News, un média international contrôlé par l’État russe. Parmi elle, un entretien accordé par l’ancien dirigeant polonais Lech Walesa au Jerusalem Post en 2015, réintitulé « Les migrants vont nous décapiter ».
Autre bêtes noires de l’élu, l’islam et les musulmans : « On leur subventionne souvent leurs lieux de culte […] pendant que nos églises brûlent. […] Ils vont jusqu’à égorger nos prêtres dans leurs églises », écrit-il ainsi.
Tous les candidats mentionnés dans l’article ont été contactés par Reporterre en amont de la publication, seule Valérie Deloge a accepté de répondre à nos questions.
URL de cet article: https://lherminerouge.fr/wp-admin/post.php?post=109167&action=edit
Article suivant :
Article précédent :
