
Capture d’écran
Rats dans les bâtiments, établissement en décomposition, absence de professeurs, manque de moyens… Ce lundi 28 septembre à Saint-Denis, les élèves du lycée Paul-Éluard manifestent pour leur droit à l’éducation et à la dignité. L’État leur répond en envoyant ses policiers. Reportage.
Par Margot BONNERY
Sitôt arrivés sur le parvis de leur établissement avant le début des cours, les lycéens de Paul-Éluard (Saint-Denis) ont vu un de leurs camarades embarqué par des policiers en civil. L’un d’eux tient fermement l’adolescent par la nuque. « Ils l’ont choisi au hasard pour nous faire peur », souffle un jeune à son ami, ce lundi 28 septembre. Aux alentours de 10h, la police reprend ses interpellations brutales en plaquant un jeune au sol. La foule s’éloigne en hurlant face aux gaz lacrymogènes.
« La seule réponse à nos revendications, c’est la violence policière ? C’est cette image-là que l’État veut nous transmettre, à nous, les adultes de demain ? », scande Ayeb, 16 ans, les larmes aux yeux. Vendredi 25 septembre, alors qu’elle participait au blocus de son lycée afin de dénoncer les conditions d’études déplorables en banlieue parisienne, la jeune fille a assisté à des scènes similaires : des élèves couraient dans tous les sens face à la répression et à l’utilisation des LBD.
Trois élèves ont été arrêtés. L’un d’eux a été relaxé à cause d’une fracture du crâne liée à son arrestation. « Ils oublient que nous sommes des enfants », soulève un élève de seconde à ses côtés qui exige un droit à l’éducation et à la dignité.

Des conditions de travail impossibles dans des lieux insalubres
L’école publique est abandonnée. Présence de rats dans les bâtiments, toilettes cassées, absence de savon et de protections hygiéniques, gymnase en décomposition… Tous décrivent des conditions de travail impossibles dans ces lieux insalubres.
« On passe notre temps à criminaliser les élèves, à dire qu’ils sont responsables des dégradations. Ce n’est pas une justification pour ne pas leur venir en aide, ne pas réaliser de travaux décents », ajoute une enseignante face au manque de moyens.
Depuis plus de six mois, certaines ailes de Paul-Éluard sont en travaux. Les élèves sont entassés dans des préfabriqués. « En été, on étouffe et en hiver, on meurt de froid, raconte un jeune en première année. Et encore, c’est lorsqu’on a de la place : nous sommes une trentaine d’élèves pour vingt chaises, ce n’est pas possible ». Certains professeurs sont contraints de prêter leurs bureaux pour qu’ils puissent suivre les cours.
Autour des élèves, des membres du corps enseignant et des assistants d’éducation se regroupent pour réaliser une chaîne humaine. Irène, professeure de mathématiques au lycée Paul-Éluard, syndiquée à la CGT, soutient ses élèves dans cette manifestation. « Ils n’en peuvent plus et nous non plus, souffle-t-elle. Cela fait plusieurs années que, dans le 93, nous réclamons un plan d’urgence face à la surcharge des classes et à la baisse des effectifs. »
« Le proviseur préfère placer l’argent dans des caméras de surveillance »
Pour les enseignants, la question est beaucoup plus large que leur lycée. « Les conditions d’enseignement sont désastreuses parce que le rectorat nous accorde de moins en moins d’heures pour mettre des dispositifs d’aide et des cours en demi-groupe, raconte Fanny, de la SNES-FSU. On est à l’os. Ce n’est pas avec deux ou trois mesurettes que le tout sera réglé. »
Après la baisse de la dotation horaire qui a conduit à des suppressions d’heures d’enseignement, « nous voici aussi sans assistante sociale et avec une seule infirmière scolaire au lieu de deux », ajoute Irène. Les espaces pour se réunir tels que le foyer ou le CDI manquent aussi.
Cette casse des services publics, Marwa la constate : l’élève de première n’a toujours pas de cours de français et d’allemand depuis la rentrée, faute d’enseignant. « On nous dit d’aller voir le proviseur, mais rien n’est fait. Sauf qu’on doit passer le bac à la fin de l’année », gronde l’adolescente. Son amie, qui souhaite rester anonyme, n’a quant à elle pas de professeur de spécialisation en Sciences économiques et sociales : « Je suis certaine que je vais être pénalisée pour Parcoursup », se désole-t-elle.
« Au lieu de nous aider financièrement, le proviseur préfère nous contrôler en plaçant l’argent dans des caméras de surveillance », sermonne Rokia, 17 ans. La jeune fille a l’impression de vivre une réalité différente de celle de ses amis parisiens. Le maire de la ville, Bally Bagayoko, s’est rendu sur place. Entre les nombreuses accélérations des jeunes, l’Insoumis s’est adressé à la presse : « Pourquoi le message est respecté lorsqu’il vient des beaux quartiers et non quand il provient d’ici ? »
L’Éducation nationale doit pourtant assurer les mêmes conditions d’étude et la même protection à tous les élèves du pays. Au-dessus de la foule, un garçon lève une pancarte marquée de l’inscription : « Étudier est un droit, pas un privilège ».
URL de cet article: https://lherminerouge.fr/wp-admin/post.php?post=109512&action=edit
Article suivant :
Article précédant :
