
Les inondations qui ont dévasté, mercredi 26 août, la frontière sino-népalaise ont fait au moins 362 morts et 1 300 disparus. Ce désastre est voué à se reproduire, dans un Népal en proie aux changements climatique et géopolitique.
Axel NODINOT
Les Népalais auraient préféré rester en marge de la couverture médiatique mondiale. Mais les images apocalyptiques disent tout de la force des inondations et des glissements de terrain qui ont dévasté le district de Rasuwa, dans le nord du pays et le sud du Tibet chinois, ce mercredi 26 août.
Après une avalanche de glace dans le massif himalayen, les crues de plusieurs cours d’eau qui s’écoulent vers le nord ont recouvert d’eau, de boue et de débris de nombreux villages népalais et tibétains. Le dernier bilan de la police népalaise fait état d’au moins 362 morts et 1 300 disparus, majoritairement au Népal. Difficile d’imaginer la détresse des survivants, dans un paysage désolé, comme des proches restés sans nouvelles.
Une solidarité mondiale mais au compte-gouttes
« Nous essayons toujours de joindre nos membres, ce qui est difficile avec la mauvaise connexion », s’inquiète, auprès de l’Humanité, Smritee Lama, secrétaire nationale de la Fédération des syndicats népalais (Gefont). « Nous nous attendons à un grand nombre de victimes, notamment chez les travailleurs de l’hydroélectricité et des transports. »
Gefont a demandé à toutes les institutions et entreprises népalaises de « mobiliser immédiatement toutes leurs ressources » et, déjà, d’allouer des fonds à « la reconstruction et au relogement pour les communautés affectées ». Le premier ministre libéral Balendra Shah a promis mercredi soir la poursuite des « vols de sauvetage » et la mise en place d’un « camp temporaire, avec de la nourriture et de l’eau ».
Pékin a de son côté déploré « de nombreuses victimes et disparus en Chine et au Népal », assurant maintenir « une communication et une coordination étroites avec le Népal ». Xi Jinping a demandé aux secours du Tibet et à l’armée de déployer leurs efforts « pour évacuer les résidents à risque et fournir rapidement des soins médicaux aux blessés afin de minimiser le nombre de victimes ».
Le premier ministre Li Qiang s’est rendu sur place, jeudi 27 août, axant les efforts sur la « vérification rapide du nombre de personnes disparues et sinistrées, la mobilisation de tous les moyens disponibles pour les opérations de sauvetage et le relogement rapide et ordonné des personnes en danger ». L’Inde a envoyé 10 tonnes de matériel.
Exprimant sa solidarité avec les deux pays, Paris est « sans nouvelles de plusieurs Français et est en contact avec leurs familles. Les efforts se poursuivent pour les localiser ». L’ONU a débloqué 2 millions de dollars d’aide, et ses agences, comme l’OMS et le PAM envoient du matériel sur place. En France, le Secours populaire français a lancé une collecte d’urgence.
Géopolitique de l’énergie
Traditionnellement lié à l’Inde et dépendant des ports indiens, Katmandou avait subi en 2015 et 2016 un blocus de New Delhi. Déjà au pouvoir, Narendra Modi remettait en question la nouvelle Constitution népalaise. Cette attaque économique avait provoqué d’importants manques en matière de carburant, d’alimentation et de santé.
Sous le gouvernement marxiste-léniniste de KP Sharma Oli, renversé en septembre 2025 par les manifestations menées par la jeunesse, Katmandou a adopté une approche politique moins alignée sur New Delhi. Et s’est donc progressivement rapproché de Pékin. Cela a permis au petit pays d’être intégré à l’initiative « La ceinture et de la route » (ICR), surnommée « Nouvelles routes de la soie », et de bénéficier des investissements chinois dans le secteur énergétique, pour des barrages notamment, salutaires pour l’État enclavé.
D’où le développement, ces dernières années, de voies de passage entre le Népal et le Tibet. Sur les six postes-frontières sino-népalais, cinq sont situés dans la région de Rasuwa, où ont eu lieu les inondations. Celui de Gyirong a été le plus touché, des vidéos amateurs montrant les flots boueux recouvrir le grand bâtiment et les gens qui tentaient de s’en échapper. À la suite des échanges commerciaux, la fréquentation de la région a elle aussi augmenté, avec autant de travailleurs et de touristes qui ont été victimes des crues ce mercredi.
Un désastre voué à se reproduire
En plus de l’augmentation de la population, le Népal fait face à de nombreuses catastrophes. En janvier 2025, un séisme tuait plus d’une centaine de personnes. En septembre 2024, des inondations ravageaient la vallée de Katmandou, faisant plus de 200 victimes, notamment dans les quartiers sud de la capitale, les plus pauvres.
Le pire événement du genre advenait en 2015, quelques jours après le blocus indigne de l’Inde, avec plus de 9 000 personnes tuées à la suite de séismes. Et la tendance pourrait encore aller en s’aggravant. La fonte des glaces himalayennes – et leur effondrement – s’accroît à mesure que la température terrestre augmente.
« La fréquence croissante des risques cryosphériques (les zones de glace) est plus visible que jamais, explique Mohammad Farooq Azam, chercheur au Centre international pour le développement intégré des montagnes (Icimod). Le rythme des changements est si rapide que les efforts actuels peinent à suivre. »
L’organisation, qui note que certaines rivières ont vu leur niveau d’eau augmenter de neuf mètres en 30 minutes, craint que les débris, qui bloquent désormais les cours d’eau, ne provoquent d’autres crues. Avec le bassin méditerranéen et d’autres régions du globe, le sous-continent indien est l’une des régions qui, si rien n’est fait, souffrira le plus du changement climatique.
Les sécheresses et la hausse constante des précipitations mettent déjà en danger les paysans népalais et indiens. Dans l’un des plus grands greniers du monde, le cycle des moussons se dérègle à grande vitesse, ce qui fait brûler les cultures et moisir les stocks de grain.
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