Israël : pressions de la rue, conditions d’intégration des listes mixtes et arabes… Où en est la coalition d’Eisenkot pour renverser Netanyahou ? (H.fr-1/11/26)

Ce samedi 31 octobre, des manifestations en faveur de la formation d’un « gouvernement fondé sur un partenariat judéo-arabe » ont eu lieu à Tel-Aviv, Jérusalem, Haïfa et Beer-Sheva. © REUTERS/ Jamal Awad

Des manifestations se sont tenues en Israël ce samedi 31 octobre pour réclamer l’intégration des listes progressistes mixtes et arabes dans la coalition sioniste de Gadi Eisenkot pour renverser le premier ministre sortant Benyamin Netanyahou. L’ancien chef d’État-major pose des conditions quasi inacceptables pour ces formations.

Par Lina SANKARI

La pression s’accentue pour que les partis qui composent le bloc sioniste – emmené par Gadi Eisenkot (Yashar)- entendent le message des urnes et prennent en compte le score historique obtenu par la Liste arabe unie et la Liste unifiée, qui comprend le mouvement judéo-arabe Hadash, à forte composante communiste.

À elles deux, ces alliances ont obtenu 19 sièges lors des législatives du 27 octobre et sont à même d’apporter la majorité nécessaire de 61 sièges à l’ancien général Gadi Eisenkot (48 sièges) pour renverser le premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou (53 sièges).

Ce samedi 31 octobre, des manifestations en faveur de la formation d’un « gouvernement fondé sur un partenariat judéo-arabe » ont eu lieu à Tel-Aviv, Jérusalem, Haïfa et Beer-Sheva, notamment. Organisés par le collectif Standing Together, ces rassemblements portaient d’abord une exigence démocratique : « Une voix arabe vaut exactement autant qu’une voix juive, et le public arabe doit être pleinement associé à la construction de l’avenir du pays », pouvait-on lire dans l’appel.

Ce rappel à l’égalité démocratique ne vient pas de nulle part. Au sein du bloc de l’ancien chef d’État-major, Gadi Eisenkot, tous les dirigeants – à l’exception du social-démocrate Yaïr Lapid – font du partenariat politique avec les Palestiniens de 1948 une ligne rouge. « Je ne m’allierai à aucun parti arabe », répète à l’envi Gadi Eisenkot, et les leaders racistes tels qu’Avigdor Liebermann ne sont pas en reste.

Pas de gouvernement d’union nationale

La rue n’est pas la seule à faire pression. Le député palestinien Ahmad Tibi, fondateur et dirigeant du parti Ta’al (Mouvement arabe pour le renouveau), une composante de la Liste unifiée, a exhorté Gadi Eisenkot, à faire preuve du « courage de Yitzhak Rabin (ancien premier ministre, NDLR) », qui avait porté les Accords d’Oslo avant d’être assassiné en 1995 par un ultra-nationaliste juif dans un contexte hautement inflammable, attisé par le Likoud de Benyamin Netanyahou. En 1993, le gouvernement minoritaire de Yitzhak Rabin s’était appuyé sur les formations dirigées par des Palestiniens pour obtenir un soutien parlementaire.

Ahmad Tibi défend la formation d’un cabinet, même minoritaire, et rejette l’option d’un gouvernement d’union nationale qui pourrait comprendre le Likoud. À ses yeux, un tel exécutif reviendrait à poursuivre la politique génocidaire et coloniale, tout en confiant à Gadi Eisenkot la tâche de la présenter sous un jour favorable aux pays occidentaux. « D’un côté, l’un poursuivra sa politique brutale et, de l’autre, l’autre l’aidera à faire accepter cette politique », prédit-il.

Le député communiste Ofer Cassif invite quant à lui à mesurer l’importance du moment politique que traverse Israël : « nous vivons dans un pays mauvais, un pays où des millions ont choisi la guerre, le racisme, la destruction et la haine. Mais ce n’est pas un décret du destin : cette réalité terrifiante, il est possible et nécessaire de la réparer », écrit-il sur X.

C’est d’ailleurs le sens de la participation historique (80%) des Palestiniens de 1948 au scrutin. Longtemps tentés par la logique du boycott, dans un pays qui repose sur les politiques discriminatoires à leur égard, beaucoup ont cette fois considéré le vote comme l’un des derniers outils à leur disposition.

Les conditions d’Eisenkot

S’il veut éviter de nouvelles élections, Gadi Eisenkot, qui a échoué à hisser son parti en tête, devra néanmoins sortir de l’impasse. Il a ainsi récemment posé quatre conditions à une participation arabe : la reconnaissance d’Israël comme État juif et démocratique, l’acceptation des valeurs fondamentales de la Déclaration d’indépendance, l’acquittement d’une obligation de service obligatoire, et la déclaration que le Hamas est une organisation terroriste.

On voit mal comment les laïques et anti-militaristes de la Liste unifiée pourraient accepter la reconnaissance d’un État dit « juif » qui ne comprend le droit à l’autodétermination que pour les seuls citoyens de cette religion. « J’annonce avec stupéfaction et tristesse la mort de la démocratie », avait dit, en 2018, Ahmad Tibi lorsque la loi idoine avait été votée. Les négociations s’annoncent longues et ardues si le président Isaac Herzog chargeait Gadi Eisenkot de former un gouvernement.

Le candidat désigné par le chef de l’État dispose ensuite de 28 jours pour former une coalition, avec une prolongation possible de 14 jours. En cas d’échec, d’autres procédures peuvent être engagées avant une dissolution de la Knesset (le parlement).

Source: https://www.humanite.fr/monde/hadash/israel-pressions-de-la-rue-conditions-dintegration-des-listes-mixtes-et-arabes-ou-en-est-la-coalition-deisenkot-pour-renverser-netanyahou

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