
Depuis la découverte du corps de Lyhanna il y a un mois, des victimes de violences sexuelles, des proches et des alliés, se rassemblent tous les lundis à 19 h devant le tribunal judiciaire de Brest (Finistère).
Par Angelina THIEBLEMONT
Je me dois d’être là, pour mon fils
, rapporte Hélène (1), 57 ans, avec émotion. Il y a cinq ans, son fils âgé de 27 ans, et porteur d’un syndrome autistique, était violé dans sa voiture, à Brest (Finistère). Malgré une plainte déposée le lendemain des faits, les suspects, pourtant identifiés sur une vidéo de surveillance, n’ont toujours pas été auditionnés.
Depuis un mois, et le premier rassemblement qui a suivi la mort de Lyhanna, une enfant de 11 ans victime de pédocriminalité retrouvée morte le 4 juin dernier dans le Gers, Hélène se rend tous les lundis à 19 heures devant le tribunal judiciaire de Brest pour demander une meilleure prise en charge des enfants et des personnes vulnérables victimes de violences sexuelles.
« Les victimes sont condamnées à devoir raconter en détail ce qu’elles ont vécu »
Avec mon mari, on est restés ébahis de voir que les agresseurs de notre fils n’étaient pas du tout inquiétés
, se remémore Hélène, qui, cinq après, ne sait toujours pas si un procès aura un jour lieu. À Brest, on compte 5 juges pour 100 000 habitants, face à une moyenne nationale de 11,3. La mère tient dans sa main une pancarte agresseurs défendus, victimes condamnées, c’est la triste réalité
. Elle fait référence à l’expérience de son fils, convoqué chez le juge d’instruction il y a quelques mois. Les victimes sont condamnées à rester cachées, à devoir raconter en détail de ce qu’elles ont vécu, à se répéter et à revivre ce traumatisme »,
constate-t-elle attristée.
« Je me disais que les gens n’étaient pas prêts à entendre parler de ça »
Début juin, le rassemblement en hommage à Lyhanna rassemblait près de 400 personnes à Brest. Lundi 29 juin, elles sont une trentaine, très majoritairement des femmes, à manifester, et elles commencent à s’organiser pour rejoindre le collectif Enfantiste, un mouvement citoyen qui lutte contre toutes les formes de violences faites aux enfants et aux adolescents »,
expliquent ces derniers sur leur site.
Il y a une porte qui s’est ouverte sur les violences sexuelles faites aux enfants et c’est important qu’elle ne se referme pas et qu’on fasse perdurer le mouvement
, explique Morgane Postec, à l’initiative du groupe. Victime d’inceste lorsqu’elle était enfant, la femme de 46 ans ose
militer pour la première fois depuis un mois. Je me disais que les gens étaient pas prêt à entendre parler de ça, qu’ils faisaient encore l’autruche, mais là, je me suis dit que c’était le moment pour se faire entendre
, témoigne-t-elle, la parole se libère, et on aimerait que tous les enfants qui parlent aient cette écoute, qu’on leur dise qu’on les croit
.
En France, toutes les trois minutes, un enfant est victime de viol, d’inceste ou d’agression sexuelle.
Des manifestations sont prévues dans toute la France samedi 4 juillet.
(1) Le prénom a été modifié pour garantir son anonymat.
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