
Le commissariat de police de Brest a ordonné à trois lycées de Brest (Finistère), concernés par des blocus depuis le début du mouvement lycéen, de lui fournir les trombinoscopes des élèves. Plusieurs syndicats craignent « un fichage de grande ampleur » et annoncent vouloir saisir la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil).
Par Etienne LANNUREL
Des policiers en civil se sont présentés, mercredi 4 novembre 2026, dans les services de vie scolaire des trois établissements de la cité Kerichen, à Brest (Finistère), pour faire valoir une réquisition judiciaire et récupérer les trombinoscopes des classes : c’est ce que rapportent les syndicats CGT Éduc’action 29, FSU 29, Sud Éducation 29 et la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), qui dénoncent, après les gardes à vue et les gaz
, un nouvel acte de répression vis-à-vis des lycéens. Elle monte encore d’un cran.
La police est repartie avec des impressions de toutes les photos disponibles des élèves des lycées Vauban, Lesven et La Pérouse (où en sont scolarisés 4 500), précise Damien Davy, enseignant au lycée Lesven et délégué syndical Sud, qui s’inquiète des conséquences d’une telle démarche sur la relation de confiance que l’on établit avec les parents d’élèves. Les trombinoscopes sont des outils à vocation pédagogique, pas judiciaire et répressive
.
« Est-ce qu’un proviseur est un représentant de la loi ? »
Cela interroge la mission de l’école, ajoute son confrère du lycée Vauban, Jil Benoît, encarté chez Force ouvrière (FO). Est-ce qu’un proviseur est un représentant de la loi ? Doit-on accepter de partager des photos sans consentement, qui plus est lorsqu’elles sont celles de mineurs ?
Le syndicat FO a d’ailleurs aussi réagi par voie de communiqué, dénonçant une volonté de faire la guerre aux lycéens et lycéennes
.
Les deux enseignants supposent que les forces de l’ordre croiseront ces images avec d’éventuelles informations glanées lors des récents blocus de la cité Kerichen. Revendiquant leurs droits à de meilleures conditions d’enseignements, plusieurs élèves ont régulièrement pris part, ces dernières semaines, au blocage des trois établissements et des rues voisines. Des débordements ont parfois été constatés : voiture incendiée, mobiliers urbains vandalisés…
« Un cadre parfaitement légal et légitime »
Au Télégramme , le commissaire de police de Brest, Nicolas Hoarau, a confirmé ces réquisitions et dit agir dans un cadre parfaitement légal et légitime
: Il ne s’agit pas d’aller ficher de jeunes manifestants, mais bien d’essayer d’identifier de potentiels délinquants
. Contacté par nos soins, ce dernier n’a pas souhaité s’exprimer davantage, préférant s’en remettre à une communication à venir du procureur de la République.
Craignant que l’usage détourné
des trombinoscopes puisse générer un fichage d’élèves mineurs et de majeurs d’une grande ampleur
, CGT Educ’action 29, FSU 29, SUD Éducation 29 et la LDH annoncent qu’ils ont l’intention de saisir la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Nous attendons des autorités d’enquête judiciaire qu’elles fournissent des explications précises de leurs agissements
, ajoutent les quatre organisations, qui exigent, enfin, que le rectorat informe les parents d’élèves brestois que les photos de leurs enfants sont maintenant en possession de la police
.
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