
La diminution du nombre de locuteurs bretons ne freine pas l’activité des maisons d’édition rencontrées au festival du livre de Carhaix (Finistère), samedi 25 octobre 2025, et qui publient en langue bretonne.
Par Anthony RIO.
En janvier 2025, l’institut TMO publiait un sondage selon lequel le nombre de locuteurs bretons a diminué de moitié, entre 2018 et 2024, dans les départements de la Bretagne historique. De quoi inquiéter les maisons d’édition qui publient en langue bretonne ? Celles rencontrées lors du festival du livre de Carhaix (Finistère) ne le sont pas vraiment.
« Si le nombre de locuteurs diminue, le nombre de lecteurs, lui, reste stable, estiment Hervé Latimier, Hervé Huon et Annaig Kervella, des éditions Al Liamm, qui édite notamment une revue culturelle. Souvent, les locuteurs qui, hélas, nous quittent ne savaient pas lire le breton. Dans le même temps, il y a un enseignement développé en langue bretonne. » Notamment auprès d’un jeune public. « Aujourd’hui, on édite des livres de science-fiction, d’heroic fantasy, ce qui ne nous arrivait pas par le passé. »
En revanche, pour ne pas se mettre en difficulté, la maison d’édition est « obligée de faire attention. Les romans, nouvelles et les traductions se vendent bien. Mais on doit réduire les tirages des livres de poésie ou de théâtre. Et on tire petit à petit. Pas mille d’un coup, mais 400, puis on réimprime si besoin. »
« Nous avons moins de tirages par ouvrage »
Cette maison d’édition fait partie de la confédération Kuzul ar Brezonegh qui regroupe onze éditeurs associatifs. Riwanon Kervella en est la présidente : « Les plus anciens locuteurs étaient plutôt dans l’oralité. Les nouveaux locuteurs savent écrire et lire cette langue. Le nombre de lecteurs n’a donc pas diminué. Mais l’offre est plus grande, nous avons donc moins de tirages par ouvrage. En moyenne, on est à 400 exemplaires par titre. En ce moment, il y a trente à quarante nouveautés, pour tous les âges. »
Elle appuie sur « l’importance des clubs de lecture et des écoles qui achètent les livres : c’est une bouffée d’oxygène ». Malgré tout, Riwanon Kervella souligne l’importance « des aides régionales sur l’impression de livres en breton. Sans ça, le prix d’un livre en langue bretonne serait plus cher qu’un livre en langue française ».
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La maison d’édition Keit Vimp Bev ne constate pas, non plus, de baisse de lecteurs. Et pour cause : « notre public, ce sont plutôt des jeunes ou des apprenants », explique Laouen Nicolas.
Gwenael Mazé, de la maison d’édition finistérienne Aber, partage ces observations. « Le pourcentage de personnes qui maîtrisent la langue bretonne et qui lisent des ouvrages en breton me semble plus important que dans le reste de la population. » Quoi qu’il en soit, ces éditeurs assurent que festival du livre de Carhaix reste un évènement incontournable pour leur visibilité.
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