
Suppression de postes à l’ingénierie environnementale, perte de revenus pour l’agence de la transition écologique : malgré une hausse du fonds vert, le dernier budget du mandat d’Emmanuel Macron manque « d’élan » estiment plusieurs ONG.
Par Lorène LAVOCAT
À peine dévoilé, déjà contesté. Le gouvernement a présenté, jeudi 1er octobre, son projet de budget pour 2027. Parmi les priorités affichées, après un été apocalyptique : l’adaptation au changement climatique. Las, la copie de l’exécutif « n’est absolument pas à la hauteur de la situation, estime Sarah Fayolle, de Greenpeace. On reste dans un mépris de ce que les gens ont vécu cet été. »
Du côté du ministère de l’Écologie, on fait valoir un budget stable — à 22,5 milliards d’euros de crédits de paiement —, et une « ambition » nouvelle sur l’adaptation. Mais, pour Anne Bringault, du Réseau Action Climat, « on est très loin du sursaut nécessaire ».
La ministre, Monique Barbut, a annoncé une « hausse » du fonds vert — l’enveloppe destinée aux collectivités locales pour les aider à investir dans la transition — à 1 milliard d’euros. « C’est toujours moitié moins de ce qu’était ce fonds en 2024, affirme Sarah Fayolle. Ça reste très en deçà des besoins pour préparer le pays à la crise climatique. » En 2023, le rapport Mahfouz-Pisani-Ferry avait estimé le besoin d’investissement public supplémentaire jusqu’à 34 milliards d’euros par an.
Autres « leviers » mis en avant par le ministère : 36 millions d’euros supplémentaires pour la forêt, et notamment pour la plantation d’arbres (de résineux ?) après les incendies, le maintien du fonds Barnier à 300 millions d’euros — qui cache un sous-investissement chronique dans la prévention des feux — et le « déploiement de Vigie crue à l’ensemble du territoire », pour améliorer la prévention des inondations. « Dans un contexte budgétaire très contraint, nous proposons donc de préserver notre capacité d’action, a souligné Monique Barbut. Afin de réduire notre dette budgétaire sans laisser croître notre dette environnementale. »
« Logique austéritaire »
Pas de quoi convaincre Anne Bringault : « On a besoin d’un élan, d’un changement de trajectoire, qui ne sont pas du tout là, dit-elle. On nous parle de réduire les dépenses, mais le coût de l’inaction est beaucoup plus élevé que le coût de l’action. » Un constat partagé par la (libérale) Cour des comptes.
Pire, malgré les annonces vertes du gouvernement, l’Ademe — l’Agence de la transition écologique – devrait bien perdre 350 millions d’euros pour ses futures dépenses. Sans compter les 229 suppressions de postes (équivalent temps plein) prévues, notamment au sein du Cerema –- chargé de l’ingénierie environnementale – et de l’Institut national géographique.
« Le coût de l’inaction est beaucoup plus élevé que le coût de l’action »
Ce manque d’ambition en matière climatique s’explique principalement par « le principe de stabilité fiscale » voulu par le gouvernement, comme l’a pudiquement dit Mathieu Lefèvre, le ministre délégué chargé de la Transition écologique. En clair : les macronistes se refusent à augmenter les impôts. Pourtant, explique Sarah Fayolle, « ils auraient pu aller chercher l’argent là où il est » : « Les plus gros pollueurs ne sont quasiment pas mis à contribution. » Les ONG portent depuis longtemps des propositions de taxation des profits de l’industrie fossile et d’impôt sur la fortune (ISF) climatique.
Ce dernier budget de l’ère Macron laisse donc un goût amer aux associations environnementales. « On aura eu deux quinquennats de stop and go sur la transition, analyse Anne Bringault. On a des annonces, ambitieuses, comme le Make Our Planet Great Again, la Convention citoyenne ou la planification écologique… qui sont suivies de reculs et de détricotage. »
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Pour Sarah Fayolle, « c’est assez désolant, en dix ans, de voir que c’est toujours la même logique austéritaire qui pèse sur les services publics, sur une transition écologique et sociale juste, dit-elle. En contrepartie, les acquis fiscaux des plus riches et des multinationales n’ont jamais été remis en cause. »
Après la présentation du gouvernement commence le marathon budgétaire au Parlement. L’Assemblée nationale devrait débuter son examen en commission des Finances à partir du 7 octobre, puis en séance le 13 octobre. « Ce sera un moment de vérité, en amont de la présidentielle, pour exposer l’irresponsabilité écologique de certains partis, pense Sarah Fayolle. Qui se bat réellement pour améliorer la vie des gens ? » Députés et sénateurs auront jusqu’au 17 décembre pour adopter la loi de finances.
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