
Réalisé par deux journalistes israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, ce film secoue la société israélienne. Netanyahou veut retirer leur nationalité aux auteurs qui ont décidé de permettre la diffusion la plus large de ce long métrage.
Par Pierre BARBANCEY
Alors que Naza – film constitué des témoignages de plus de vingt soldats israéliens sur la guerre à Gaza, prix du Jury à la Mostra de Venise, qui a reçu une standing ovation de 25 minutes – n’a pas encore été diffusé publiquement, ses deux réalisateurs, les journalistes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, ont annoncé le jeudi 24 septembre qu’il « serait accessible gratuitement en ligne, sans limitation de durée, afin que toute personne puisse le visionner ».
Initialement prévue le 30 septembre, la sortie du film en France pourrait être reculée au 12 ou le 13 octobre. Le film est coproduit par le quotidien britannique The Guardian et le cinéaste Jonathan Glazer, auteur entre autreLa Zone d’intérêt (la vie d’une famille allemande pendant la guerre dont le père dirige le camp de concentration à proximité de leur maison).
Deux projets de loi déposés
Notre consœur et notre confrère sont aujourd’hui menacés par Benyamin Netanyahou qui ne voit dans leur œuvre qu’une « incitation mondiale à l’antisémitisme ». Le chef du gouvernement israélien, poursuivi par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité a prévenu : « Nous les frapperons au portefeuille et nous nous en prendrons également à leur citoyenneté, car ils n’ont pas leur place parmi nous. »
Deux projets de loi ont été déposés dans ce sens. Le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar a parlé, pour le premier, de « révoquer la citoyenneté de quiconque diffame les soldats de Tsahal ». Dans le second, il est question de multiplier « par vingt le montant des dommages et intérêts qu’ils peuvent être condamnés à verser pour diffamation. » C’est dire si l’affaire est prise au sérieux.
Alors que la plupart de ce qui est décrit dans Naza est connu depuis avril 2024, les répercussions au sein de la société israélienne pourraient prendre une tournure nouvelle. Le chef d’état-major, Eyal Zamir, s’est élevé contre le film, le qualifiant de tissu de « calomnies sanguinaires », et a ordonné une enquête juridique pour identifier ses sources au sein de l’armée et des services de renseignement.
« Ce qu’une société entière refuse de discuter »
Dans un post sur X, Yuval Abraham (coréalisateur avec Basel Adra, Hamdan Ballal et Rachel Szor de No Other Land, Oscar du meilleur documentaire en mars 2025) explique que « beaucoup de choses fausses ont été dites à notre sujet et sur le film au cours de la semaine écoulée. Le film est basé sur une enquête journalistique approfondie de trois ans et les détails qu’il contient sont vérifiés et croisés. Il parlera pour lui-même et la vérité finira par s’éclaircir. » Il rappelle que Naza a été conçu « pour susciter un débat public sur les actes du gouvernement à Gaza, le massacre de plus de 73 000 êtres humains, dont la plupart sont des civils, la normalisation de la guerre d’extermination, et l’idée qu’il n’y a pas d’innocents ».
« Vingt-quatre soldats ont fait un pas et ont parlé face à une caméra sur ce qu’une société entière refuse de discuter », poursuit-il. Et le journaliste du magazine + 972 – qui avait déjà révélé l’utilisation de l’Intelligence artificielle pour cibler les Palestiniens de Gaza – de souligner : « Nous nous sommes tournés vers les salles de cinéma en Israël et leur avons proposé le film sans frais, dans l’espoir qu’il soit diffusé dans le pays dès maintenant, en parallèle de sa distribution dans les salles à l’étranger. Sa projection serait une décision courageuse face à une grande violence visant à le cacher. »
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